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La collaboration et la collectivité sont la clé des efforts de réconciliation des universités

Les participants au 5e Forum sur la réconciliation ont traité de l’importance de reconnaître les erreurs du passé, de resserrer les liens avec la collectivité et de désapprendre.

par LAURA BEAULNE-STUEBING | 31 OCT 19

Comme l’ont entendu à plusieurs reprises les participants au 5e Forum sur la réconciliation, les efforts des universités doivent s’appuyer sur des échanges fructueux entre Autochtones et non-Autochtones. Le Forum annuel s’est déroulé les 9 et 10 octobre à l’Université Algoma, qui occupe les locaux de l’ancien pensionnat autochtone Shingwauk à Sault Ste. Marie, en Ontario. Il a été organisé conjointement par l’Université Algoma, l’institut Shingwauk Kinoomaage Gamig, l’Université du Cap Breton, l’Université Nipissing et l’Université du Nord de la Colombie-Britannique. Pour cicatriser les blessures causées par les pensionnats autochtones au Canada, les conférenciers ont grandement souligné la nécessité d’aller au-delà du recrutement de professeurs et d’étudiants autochtones. Les dirigeants universitaires doivent créer des ponts entre leurs établissements et les collectivités autochtones, et apprendre de leurs erreurs.

Il s’agissait du message central de l’atelier de l’Université de la vallée du Fraser. Cet établissement de la Colombie-Britannique a pris contact avec la collectivité Stó:lō pour créer un conseil communautaire autochtone à la fin des années 1990. De l’aveu même des administrateurs de l’Université, cette démarche a connu des ratés. « Nous sommes partis du principe qu’il fallait intégrer les étudiants autochtones à l’Université, et non qu’il nous fallait plutôt entreprendre une transformation radicale, en tant qu’établissement d’enseignement canadien ayant joué un rôle dans le colonialisme et la violence passée contre les élèves autochtones, a indiqué Eric Davis, conseiller spécial auprès du recteur de l’Université de la vallée du Fraser. Nous n’avions pas compris que, pour qu’il y ait réconciliation et intégration de la culture autochtone, les personnes qui travaillent dans les universités et qui les dirigent devaient abandonner ce qu’elles avaient appris sur la nature et le rôle de ces établissements. » La transformation significative s’est produite au fil de nombreuses activités et démarches, qui ont amené les membres de l’administration supérieure et du personnel à « grandir émotionnellement », ajoute M. Davis.

L’Université a ainsi publié le rapport Indigenizing the Academy, qui résume les consultations auprès de la collectivité et les travaux de recherche réalisés par Mark Point, éducateur et conseiller de la nation Stó:lō. Dans le rapport, il était recommandé que l’Université intègre du contenu autochtone à ses programmes, sollicite les conseils des Autochtones et écoute véritablement la collectivité Stó:lō « plutôt que de s’attendre à ce que ce soit la collectivité qui s’adapte aux décisions de l’Université, a déclaré Shirley Hardman, conseillère principale en affaires autochtones de l’Université de la vallée du Fraser. L’établissement devait entreprendre ce virage ».

En 2012, l’Université a aménagé un nouveau lieu de rassemblement inspiré des maisons longues Stó:lō, sur son campus de Chilliwack. Elle avait d’abord consulté des dirigeants autochtones pour s’assurer que cet endroit respecterait fidèlement les pratiques culturelles Stó:lō. L’établissement a aussi offert des cours sur les enseignements et les cérémonies Stó:lō, organisés par des professeurs, mais donnés par des dirigeants autochtones. Une journée d’apprentissage sur le campus a été consacrée aux pensionnats autochtones, parallèlement aux activités de la Commission de vérité et réconciliation à Vancouver. Lors de cette journée, des survivants ont été invités à raconter leur récit. L’Université a également remplacé son conseil communautaire autochtone par un comité sur l’intégration de la culture autochtone, qui relève du sénat.

Comme le souligne Peter Geller, vice-provost et vice-recteur à l’enseignement de l’Université de la vallée du Fraser, il s’agit du premier comité du sénat, et encore seul du genre, qui compte des membres issus de l’extérieur de l’Université. Selon M. Geller, l’Université agit de même sur le plan scolaire. « Elle s’ouvre à la collectivité, dans l’espoir que celle-ci collabore davantage avec l’Université. » Malgré tout le chemin parcouru pour raffermir les liens avec la collectivité autochtone, sur les terres de laquelle se situent les immeubles de l’Université, M. Geller estime qu’il reste beaucoup à faire. « Nous devons être honnêtes et reconnaître la résistance de certains, qui se demandent pourquoi nous avons créé un comité permanent et recruté des membres hors de l’Université. […] Pourquoi tout ce travail? Beaucoup appuient toutefois notre démarche. »

De son côté, pour assurer une collaboration fructueuse, l’Université du Cap Breton a consulté des dirigeants communautaires, des aînés et des jeunes, qui l’ont aidée à déterminer l’orientation à prendre concernant la question autochtone et à élaborer ses programmes dans cette optique. Lors d’un atelier en parallèle avec les consultations, Stephen Augustine, vice-recteur adjoint, affaires autochtones et collège Unama’ki, a parlé des programmes de l’Université et des cérémonies de remise de diplômes sur la réserve, ainsi que de la participation des parents, des grands-parents et du chef mi’kmaq aux cérémonies. « Les étudiants en retirent beaucoup, affirme M. Augustine, qui croit qu’il faut sortir l’éducation de son cadre habituel. La collectivité doit faire partie intégrante de l’université, et vice versa. »

Plus de 250 participants d’établissements postsecondaires, de collectivités autochtones et du milieu de l’enseignement supérieur ont assisté au Forum cette année. Treize ateliers ont été présentés en simultané par des universités de partout au pays. Le programme de la rencontre comprenait aussi un grand nombre de tables rondes, d’exposés et de réunions. L’Université Laval et le réseau de l’Université du Québec seront les hôtes du Forum en 2020.

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