Le programme fédéral pour l’attraction des talents internationaux expliqué
Le programme financera l’arrivée au Canada de cent titulaires de chaires de recherche de calibre international, accompagnés de leurs équipes.
Le gouvernement canadien vient de lancer une ambitieuse initiative pour attirer au pays les chercheurs et chercheuses de calibre international. Baptisée l’Initiative Talent mondial en recherche Impact+ Canada, cette stratégie s’appuie sur un financement total de 1,7 milliard de dollars sur douze ans. Son objectif : recruter 100 nouvelles chaires de recherche de haut niveau ainsi que des centaines de jeunes chercheurs, doctorants et postdoctorants provenant de l’étranger.
Dévoilée par la ministre de l’Industrie, Mélanie Joly, l’initiative soutiendra les universités dans leur quête des meilleurs talents mondiaux, en visant particulièrement des chercheuses et chercheurs de renom basés à l’international, y compris des scientifiques canadiens expatriés, dont les travaux contribuent à relever des défis nationaux et globaux.
Le programme phare, Chaires de recherche Impact+ Canada, bénéficiera à lui seul d’un milliard de dollars sur douze ans pour aider les universités à recruter 100 titulaires de chaires de recherche. Ces dernières recevront un financement annuel de 500 000 ou un million de dollars, pendant huit ans, avec la possibilité d’obtenir une prolongation de quatre ans à 50 % du montant initial.
Lors de la conférence de presse à Montréal, la ministre a insisté sur la volonté d’attirer « les mille meilleurs chercheurs et chercheuses du monde », assurant que le Canada disposera du « plus grand budget au monde » pour y parvenir.
« Il est temps de rentrer à la maison »
Cette initiative s’inscrit dans un contexte où certains pays, notamment les États-Unis, réduisent le financement de la recherche fondamentale et mettent la liberté académique sous pression. Sans mentionner directement l’administration Trump, Mme Joly a dénoncé ces tendances, soulignant que le Canada choisit au contraire de « redoubler d’efforts ». Elle a lancé un appel clair aux scientifiques canadiens établis à l’étranger : « Il est temps de rentrer à la maison. »
Les fonds seront distribués par les trois agences fédérales de financement de la recherche : le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie (CRSNG), les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) et le Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH). Le CRSNG gérera la plus grande part du financement, jusqu’à 530 millions, suivi par les IRSC avec 340 millions, et le CRSH avec 198,5 millions.
Au total, 82 universités seront éligibles pour recruter des titulaires de ces chaires Impact+, à condition d’avoir un financement annuel moyen d’au moins 100 000 dollars provenant des agences fédérales. Chaque université pourra demander un montant maximal annuel qui variera selon sa taille, avec des plafonds allant jusqu’à 35 millions pour l’Université de Toronto, et 25 millions pour McGill et l’Université de la Colombie-Britannique. La plupart des autres établissements auront des limites comprises entre 2 et 3 millions.
Les premières demandes devront être déposées d’ici mars 2026, avec une deuxième vague prévue en juin 2026.
Une initiative pour les leaders émergents
Parallèlement, une initiative complémentaire vise à attirer les chercheuses et chercheurs en début de carrière. Le programme Leaders émergents Impact+ Canada, doté de 120 millions sur douze ans, permettra aux universités de financer, à hauteur de 100 000 dollars par année pendant six ans, l’embauche de jeunes personnes dans les mêmes domaines prioritaires que les titulaires des chaires. Ces talents pourront demander une prolongation de six ans si leurs travaux se révèlent « transformationnels, translationnels et attractifs pour des partenaires », et qu’ils ont progressé dans leur carrière.
Un autre volet prévoit 133,6 millions de dollars sur trois ans pour soutenir l’accueil de personnes doctorantes et postdoctorantes internationales, par le biais de bourses annuelles de 40 000 dollars pour 600 doctorats, et de 70 000 dollars pour 400 postdoctorats. Ces bourses visent à attirer des talents qui œuvrent dans les domaines prioritaires définis par le gouvernement.
Le processus prévoit que les universités, qui détiennent des subventions actives des conseils, pourront nommer et recruter des personnes candidates, y compris des citoyennes et citoyens canadiens établis à l’étranger. Les universités soumettront ensuite ces candidatures aux agences de financement pour validation. Le lancement des nominations est prévu pour début 2026, avec une seconde phase au printemps.
Enfin, le gouvernement investira 400 millions de dollars supplémentaires pour soutenir les infrastructures de recherche nécessaires à l’intégration des nouveaux chercheurs. Le Fonds d’infrastructure de recherche Impact+ Canada couvrira les coûts d’équipement, d’exploitation et de maintenance, avec un plafond pouvant atteindre 6 millions par projet.
Cette enveloppe, gérée par la Fondation canadienne pour l’innovation, vise à offrir aux nouvelles équipes les outils et installations indispensables pour mener à bien leurs travaux.
L’accueil de ce programme par le milieu universitaire est très positif. Gabriel Miller, président d’Universités Canada (éditrice d’Affaires universitaires), souligne que « les universités sont prêtes à collaborer avec Ottawa pour transformer ces promesses en impacts durables à travers le pays ». Robert Asselin, chef du U15, groupe des 15 grandes universités de recherche canadiennes, insiste sur le message d’ouverture du Canada : « Nos universités défendent la liberté académique, l’excellence scientifique et investissent dans la réussite de la communauté de recherche. »
Postes vedettes
- Criminologie - Professeure ou professeur (intervention auprès des familles et des proches de personnes criminalisées)Université Laval
- Chaires de recherche Impact+ Canada en musique et intelligence artificielle (professeur au rang d’agrégé ou titulaire)Université de Montréal
- Génie - Professeure ou professeur (écoconception de systèmes mécaniques)École de technologie supérieure
- Anthropologie des infrastructures - Professeure ou professeurUniversité Laval
- Chaire de recherche Impact+ Canada en physique - Professeure titulaire ou professeur titulaire (physique de la matière condensée)Fondation canadienne pour l'innovation
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