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Éducation postsecondaire en francophonie canadienne : muter pour mieux s’enraciner

La pérennité de l’offre en éducation postsecondaire en contexte francophone minoritaire passe par la collaboration.

par PASCALE CASTONGUAY | 19 AVRIL 22

La collaboration, le financement et le recrutement étaient les mots d’ordre du Sommet des États généraux sur le postsecondaire en contexte francophone minoritaire tenu les 24 et 25 mars derniers. L’objectif de cet événement était d’identifier des actions concrètes qui, à terme, permettraient d’améliorer ces trois volets et d’ainsi contribuer à la pérennité de l’éducation postsecondaire francophone à l’extérieur du Québec.

Lancés en avril 2021 et organisés conjointement par l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne et la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), les États généraux visaient à « faire le point sur la situation de l’éducation postsecondaire en contexte francophone minoritaire aux pays afin de trouver des solutions cohérentes, systémiques et durables pour assurer la pérennité de ce secteur », comme l’expliquent les deux organismes dans un document destiné aux quelque 200 personnes inscrites pour prendre part à cette dernière étape du processus de consultation.

D’après les suggestions formulées au cours du Sommet, la collaboration dont dépend l’avenir de l’éducation postsecondaire en français en contexte minoritaire pourrait prendre diverses formes. Que ce soit l’université pancanadienne francophone à laquelle rêve Peter Hominuk, directeur général de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, ou la création de programmes hybrides ou interuniversitaires évoquée lors des 11 consultations de la démarche, une constante se dégage : la nécessité de collaborer pour proposer une offre de programme à la fois exhaustive et complémentaire.

Un aperçu visuel du pourcentage de la population francophone par province. Cette carte exclut les personnes s’identifiant comme Français.e.s.

« Il serait important d’établir les forces respectives de chacun de nos établissements et d’instaurer un solide partenariat collaboratif pour innover et recruter à l’échelle nationale. Plutôt que d’être en compétition, nous devons viser une stratégie plus collaborative », souligne Marguerite Tölgyesi, présidente de la Fédération de la jeunesse canadienne-française et rapporteuse des États généraux pour le secteur jeunesse.

Même s’ils sont conscients que c’est peut-être plus facile à dire qu’à faire, les intervenants refusent de s’avouer vaincus. « On est capables de signer des ententes avec des pays outre-mer, mais on n’est pas capables de s’entendre entre provinces au Canada », blague M. Hominuk alors qu’il était question des défis reliés à la reconnaissance des crédits entre les établissements universitaires. Ce dernier croit d’ailleurs qu’il serait bénéfique d’explorer la possibilité d’élaborer un régime de certification nationale.

Financement

Ces échanges se déroulaient sur fond d’un refrain que les participants ne connaissent que trop bien, soit l’importance de pouvoir compter sur un financement fiable. Étant donné les difficultés financières avec lesquelles ont dû jongler de nombreux établissements au cours des dernières années, c’est sans surprise que cette pièce du puzzle ait été sur toutes les lèvres.

« Dans les dernières années, nos collèges et nos universités ont fait face à des défis importants. Notre gouvernement reconnaît que les établissements postsecondaires en milieu minoritaire ont besoin de soutien et nous sommes engagés à les appuyer, affirme Ginette Petitpas Taylor, ministre des Langues officielles du Canada. Le premier ministre m’a d’ailleurs expressément confié [le mandat] d’augmenter le financement des établissements postsecondaires des communautés de langues officielles en situation minoritaire. Pour moi, c’est une priorité. »

Pour plusieurs, ces paroles auront eu le subtil effet de rappeler que le gouvernement fédéral a annoncé un investissement de 121,3 millions de dollars sur trois ans dans le budget 2021-2022. Un investissement que le premier ministre Justin Trudeau avait lui-même promis de rendre permanent lors de la campagne électorale de 2021.

Soulignons qu’en date du 30 mars dernier, aucune annonce officielle n’avait encore été faite concernant l’attribution de ces fonds, mais cela ne saurait tarder. « Patrimoine canadien a approuvé 23 demandes provenant collectivement de neuf provinces et territoires pour permettre la réalisation de projets visant à offrir une éducation postsecondaire de qualité dans la langue de la minorité au Canada », confirme David Larose, responsable des relations avec les médias de Patrimoine Canadien, dans un courriel.

Si ce financement additionnel provenant du gouvernement fédéral a été bien reçu par le milieu, pour Raymond Théberge, commissaire aux langues officielles du Canada et ancien recteur de l’Université de Moncton, il ne représente qu’une partie de la solution. « Ce genre de financement a typiquement certaines lacunes. Ce n’est pas une vision à long terme, ce n’est pas une solution prévisible ou permanente qui va contrer un sous-financement opérationnel et structurel chronique. C’est important de recevoir ce financement, mais il faut le mettre dans un cadre beaucoup plus large, soit un financement stable et prévisible. »

Pour M. Théberge, la trajectoire à suivre pour enrayer la compétition entre les établissements d’enseignement passe forcément par un nouveau modèle de financement. « Le système de financement entraîne la compétition. » Une réflexion qui trouve écho chez Alain Dupuis, directeur général de la FCFA : « Le secteur vit une crise en ce moment. On a une obligation de collaboration, on a une obligation de réussite, on a l’obligation aussi de faire les choses différemment. On ne peut plus être en compétition. »

Recrutement

Désormais indissociable de l’équation financière des établissements d’enseignement supérieur au pays, le recrutement d’étudiants à l’international a aussi fait partie de la discussion. Ayant fait couler beaucoup d’encre au cours des derniers mois, le taux particulièrement élevé de refus de permis d’études pour les étudiants étrangers francophones n’a pu qu’être déploré une fois de plus. « On a vu qu’il existe un problème avec le traitement des demandes qui proviennent de l’international, particulièrement d’Afrique subsaharienne. Il y a une contradiction entre le fait d’exiger que le candidat ou la candidate démontre qu’il ou elle va retourner dans son pays à la fin de ses études et les objectifs du Canada en matière d’immigration francophone. Cette contradiction doit être résolue », plaide Serge Quinty, directeur des communications de la FCFA et rapporteur pour le secteur communautaire.

L’immense volume d’information recueillie ne fait aucun doute, les enjeux à prendre en considération sont nombreux. Un rapport comprenant des recommandations et un plan stratégique sera rendu public à l’automne prochain.

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