« C’est ce qu’il nous fallait » : Une sénatrice du Nunavut applaudit l’annonce de l’Université de l’Inuit Nunangat  

L’université inuite, qui sera située à Arviat et obtiendra un financement additionnel de 50 millions de dollars, devrait ouvrir ses portes en 2030.

Natan Obed, président de l’Inuit Tapiriit Kanatami, serre la main du maire d’Arviat, Joe Savikataaq. (Photo gracieusement fournie par l’Inuit Tapiriit Kanatami).

Lorsque la sénatrice Nancy Karetak-Lindell a appris que la première université inuite du Canada serait installée dans sa ville natale d’Arviat, au Nunavut, c’est une joie bien personnelle qui s’est emparée d’elle. 

« Je suis incroyablement fière de notre communauté et très contente d’être ici pour l’annonce. C’est un symbole fort d’avoir choisi cet endroit pour ériger une université qui vise à mettre la culture et le savoir inuits au centre de son approche. C’est ce qu’il nous fallait », se réjouit Mme Karetak-Lindell, qui a été députée du Nunavut pendant 11 ans avant d’être nommée au Sénat. 

C’est Natan Obed, président de l’Inuit Tapiriit Kanatami (ITK), l’organisation nationale représentant les 60 000 Inuit du pays, qui en a fait l’annonce le 11 février dernier.  

« Pour la première fois de notre histoire moderne, nous pouvons enfin aspirer à ce que nos enfants fréquentent l’université sur notre territoire », explique M. Obed.  

L’annonce du lieu du futur campus a été accompagnée d’une promesse de financement de 50 millions de dollars pour la construction de l’établissement, gracieuseté de la Nunavut Tunngavik Incorporated (NTI), l’organisme chargé du respect de l’Accord sur les revendications territoriales du Nunavut de 1993 ayant officiellement intégré le Nunavut au Canada en 1999. La NTI avait déjà contribué au projet d’université à hauteur de 2 millions de dollars. 

« C’est un grand jour pour le peuple inuit, pour l’Inuit Nunangat [les terres ancestrales], pour le Nunavut et aussi pour le Canada, estime Paul Irngaut, président de la NTI. L’éducation postsecondaire est l’une des voies les plus sûres vers l’autodétermination, une gouvernance assumée et des communautés prospères. »  

Un financement fédéral qui se fait encore attendre 

M. Irngaut ajoute que la nouvelle université est l’un des établissements dans lesquels la NTI a choisi d’investir à nouveau : 50 millions de dollars seront injectés dans le logement étudiant, et 35 millions de dollars dans les programmes d’études.  

Elle devrait voir le jour en 2030, avec une première cohorte d’une centaine d’étudiantes et d’étudiants. M. Obed estime que la facture pour mettre sur pied l’établissement s’élèvera à 200 millions de dollars. L’ITK a demandé au gouvernement fédéral un financement de 50 millions de dollars. Si le budget fédéral de 2025 promet un soutien au projet, aucun montant n’y est toutefois précisé. 

La Fondation Mastercard, avec une contribution de 50 millions de dollars, la Fondation Rideau Hall et la Fondation McConnell font partie des autres donateurs. 

Les infrastructures et l’inuktitut comme motifs pour le choix d’Arviat 

M. Obed raconte qu’il a fallu près d’un an pour choisir l’emplacement du campus principal. Avec 51 communautés en lice, c’est Arviat qui est ressortie gagnante. Située sur la rive ouest de la baie d’Hudson, à environ 200 km au nord de Churchill, au Manitoba, la petite ville compte 3 000 habitantes et habitants, ce qui en fait la troisième communauté en importance du Nunavut, suffisamment grande pour accueillir les infrastructures nécessaires. 

Arviat a aussi été choisie pour sa tradition de soutien à l’éducation inuite. 

« Mes parents auraient facilement pu enseigner à l’Université de l’Inuit Nunangat, croit la sénatrice Karetak-Lindell. Ma mère, Rhoda Karetak, a été l’une des quatre Aînés initialement recrutés par le gouvernement du Nunavut pour travailler au ministère de l’Éducation dans l’optique de créer des cursus qui reflètent nos valeurs et notre savoir unique, et surtout, qui placent les connaissances traditionnelles inuites sur le même pied d’égalité que les autres domaines. »  

Elle ajoute que l’inuktitut est toujours très répandu à Arviat, ce qui constitue un facteur important pour perpétuer la langue et la culture inuites.  

Les campus satellites encore à déterminer 

Maintenant que le lieu du campus principal a été choisi, une nouvelle ronde de candidatures a été lancée, cette fois pour déterminer où seront établis les campus satellites, dans le but d’offrir un accès aux études postsecondaires dans chaque région de l’Inuit Nunangat : la région désignée des Inuvialuits (Territoires du Nord-Ouest), le Nunavut, le Nunavik (Nord du Québec) et le Nunatsiavut (Labrador). 

L’université offrira de nouvelles possibilités aux prochaines générations, les étudiantes et étudiants inuits n’ayant pour l’instant d’autre choix que de quitter leur foyer pour poursuivre des études postsecondaires. 

« L’idée d’élever mes futurs enfants au Nunavut me rend sereine, maintenant que je sais qu’elles ou ils n’auront pas à se déraciner pour poursuivre leurs études », déclare Maria Rose, une étudiante de première année au Collège Nunavut Sivuniksavut, à Ottawa. 

Gwen Natsiq, présidente du Conseil national pour la jeunesse inuite (National Inuit Youth Council), explique que le fait de devoir partir loin dissuade beaucoup de personnes de la communauté inuite à fréquenter l’université. 

« L’aspect communautaire est central à nos vies. Lorsqu’on nous retire de ces espaces, on vit un grand dépaysement, comme si notre place était ailleurs. Et c’est une lutte qui commence dès notre naissance, déplore Mme Natsiq. J’ai vu beaucoup de jeunes déménager au sud pour les études, puis revenir parce que c’était trop éprouvant. » 

La langue et la culture inuites au cœur de l’enseignement  

L’Université de l’Inuit Nunangat se concentrera sur l’innovation en matière de protection de l’environnement, la souveraineté et l’indépendance économique, ainsi que la linguistique et la littérature inuktitutes. Son attention portée à l’autodétermination du peuple inuit et au développement de la culture inuite offrira l’occasion de reprendre le dessus sur l’histoire coloniale et l’effacement culturel, croit la sénatrice Karetak-Lindell. 

« C’est injuste qu’on nous ait dit que notre langue, notre culture et notre savoir ne valaient pas la peine d’être transmis à nos enfants. Nous nous devons maintenant de rectifier le tir. » 

Elle espère que la nouvelle université incitera la jeunesse inuite à célébrer sa culture et à préserver son histoire. 

« Je souhaite que les jeunes de la communauté inuite réalisent que notre mode de vie, notre langue et notre culture sont à la hauteur de n’importe quelle autre culture dans le monde. Crions haut et fort qui nous sommes. » 

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