Réinventer le chercheur que je suis

De l’Asie du Sud à Montréal, un doctorat devenu une école de résilience et d’engagement.

07 novembre 2025
Le parcours aux cycles supérieurs d’Azfar Adib lui a appris la valeur de l’engagement communautaire. Crédits photo : Courtoisie d’Azfar Adib.

Si les études aux cycles supérieurs ouvrent une porte vers la spécialisation, mon propre parcours s’étend bien au-delà des études : c’en est un de résilience, de réinvention et de réapprentissage. 

Mes expériences m’ont montré qu’un parcours peut être fait d’une multitude de commencements, tous ancrés dans le service, la curiosité et la détermination à laisser une empreinte positive. Surtout, j’ai compris que les études supérieures – surtout au niveau doctoral – offrent une chance exceptionnelle d’affiner ses compétences professionnelles tout en développant une vision où prime la contribution au bien public. 

2019-2021 : jeter les bases 

À mon arrivée à Montréal, à l’automne 2019, j’étais loin de me douter que les années à venir seraient aussi transformatrices. Après près d’une décennie à bâtir une carrière en télécommunications en Asie du Sud, j’ai choisi de reprendre le chemin des études tout de suite après avoir immigré au Canada : une décision qui m’inspirait à la fois de l’excitation et de l’incertitude. Quand j’ai entamé mon doctorat en génie électrique et informatique à l’Université Concordia, je me faisais une joie de plonger dans un nouvel environnement intellectuel. Je devais aussi m’acclimater à une nouvelle culture scolaire, maîtriser des compétences techniques pointues et m’intégrer à une communauté étudiante diversifiée. 

Or, au bout de quelques mois, le monde a brusquement changé quand la pandémie de COVID-19 a balayé la planète. L’isolement causé par les confinements a entraîné des défis importants, autant sur le plan universitaire que personnel. À mesure que les campus fermaient leurs portes et que les interactions investissaient le Web, Montréal perdait de sa vivacité. Comme bien des personnes venues de l’étranger, j’ai été confronté à la solitude, enfermé dans mon petit studio, préparant mon examen de synthèse tout en me demandant de quoi demain serait fait. 

Néanmoins, ces difficultés ont été le moteur d’un nouvel objectif. Pendant mon parcours universitaire, j’ai découvert des activités de bénévolat à distance, comme la réalisation de vidéos narratives pour les enfants en appui aux parents pendant les confinements. Tout juste avant la pandémie, j’avais fait la rencontre d’une personne qui militait en faveur du bien-être numérique et de la sécurité en ligne des enfants. Nos conversations m’ont amené à envisager mes compétences techniques sous un nouvel œil, dans une perspective d’engagement social. Convaincu de l’importance de cette question, j’ai participé à des rassemblements pour réclamer de meilleures protections en ligne, surtout en ce qui concerne les services avec restriction d’âge. 

Au moment de choisir la direction que prendrait ma dissertation de recherche, je me suis demandé comment le domaine du génie électrique et informatique pourrait contribuer à résoudre d’actuels défis sociétaux. Après une interminable réflexion dans une période marquée par l’incertitude, j’ai proposé de créer un système de vérification anonyme de l’âge qui reposerait sur les lectures d’électrocardiogramme (ECG). Ce projet inédit visait à mettre au point des méthodes pour estimer des tranches d’âge à l’aide de capteurs portables et de l’intelligence artificielle, dans le but de rendre le Web plus sécuritaire pour les enfants tout en protégeant la confidentialité des données d’utilisation. 

2021-2023 : élargir ma contribution à la communauté 

À mesure qu’ont été allégées les restrictions, les rues de Montréal sont revenues à la vie. Moi qui n’avais pas connu le Montréal d’avant la pandémie, j’ai rapidement été conquis par sa vitalité. Revigoré, j’ai élargi mes réseaux, intégré des associations de quartier et des groupes de bénévolat en génie et trouvé de nouveaux passe-temps, comme le jardinage et les promenades à vélo. 

Mes travaux ont acquis beaucoup de visibilité. J’ai publié de nombreux articles à l’occasion de conférences internationales, j’ai soumis mon projet de thèse, et j’ai commencé à donner régulièrement des présentations lors d’événements universitaires et publics au Canada : un travail largement reconnu. En 2023, j’ai été nommé chercheur engagé par l’Université Concordia, une initiative qui consiste à nommer chaque année 10 doctorantes et doctorantes pour diffuser leurs travaux auprès du public. La même année, j’ai été invité par le Sénat du Canada, qui m’a rendu hommage pour mes contributions à la sécurité en ligne : un moment mémorable. 

J’ai aussi eu beaucoup de plaisir à assumer les fonctions d’auxiliaire d’enseignement et de professeur à temps partiel pour les cours de leadership et de rédaction technique à mon université. Ces rôles ont été l’occasion d’interagir avec de jeunes esprits enthousiastes, un contact qui s’est révélé stimulant. Comme auxiliaire d’enseignement pour le cours de premier cycle en rédaction technique, j’ai souvent dépassé mes responsabilités : j’ai encouragé les étudiantes et étudiants à transformer leurs travaux pour le cours en publications, relaté l’expérience dans un article universitaire, créé un site Web pour présenter des travaux étudiants de grande qualité, et organisé un concours avec des juges de divers secteurs externes pour récompenser les idées novatrices. 

2023-2025 : soutenir la sécurité en ligne 

La suite de mon parcours a pris la forme d’une prise de parole politique. Mes articles d’opinion dans les journaux, articles dans des magazines politiques et publications dans des revues universitaires portaient sur les efforts déployés au Canada en matière d’identité numérique, la nécessité d’adopter une politique de vérification de l’âge qui serait étayée par des données probantes, et les stratégies permettant de sécuriser les espaces numériques. J’ai été l’organisateur et le participant de différents panels réunissant des législatrices et législateurs, des militantes et militants sociaux, des éducatrices et éducateurs et des technologues pour sensibiliser la population à ces questions. Récemment, une maison d’édition m’a proposé d’écrire un livre sur mes expériences au confluent du génie, de l’éthique et de l’engagement communautaire. 

Séance de sensibilisation à la sécurité en ligne avec des enfants dans un camp d’été à Montréal, en août 2023. Crédits photo : Courtoisie d’Azfar Adib.

Parallèlement, j’ai poursuivi mes activités auprès des camps d’été, des programmes parascolaires et des initiatives de marché communautaires pour la littératie de l’intelligence artificielle et la sécurité numérique. Ces expériences ont renforcé ma conviction que plus les travaux de recherche répondent aux besoins de communautés diversifiées, plus ils sont porteurs. 

En rétrospective, mon parcours de nouvel arrivant, bénévole et ambassadeur politique se résume à bien plus qu’une série de jalons : ce fut une expérience de vie transformatrice.

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