Se modérer par rapport à la saison des colloques
Avant de vous inscrire à un colloque, réfléchissez bien si le temps et le coût en valent la peine.
Signe que nous commençons à prendre notre aise avec cette chronique, nous en osons une qui suscitera probablement le plus de réactions contrastées. C’est aussi ça, le monde universitaire!
L’année universitaire est marquée par certains événements, comme la rentrée d’automne, les semaines de lecture ou de relâche, les fins de trimestre… L’éclosion des bourgeons rime avec la saison des colloques qui pointe dansplusieurs champs disciplinaires. En fait, elle s’amorce à l’automne, quand plusieurs appels à contributions sont publiés pour des congrès, colloques et symposiums, au pays ou à l’étranger. Ainsi, les collègues extrapolent ce qui pourrait être dit dans un colloque au moment de la proposition et, quand les réponses positives s’accumulent, le printemps venu, il faut s’atteler à produire la communication ou le texte demandé. Gardons en tête qu’on doit concilier la saison des colloques avec l’évaluation des cours de l’hiver, les projets de recherche qui se poursuivent, en plus des réunions de comités. N’a-t-on pas déjà parlé de surcharge dans nos chroniques?
Dans celle-ci, nous abordons la question des colloques afin de susciter la réflexion à propos de ces événements et de ce qu’ils représentent dans la tâche professorale. En effet, pourquoi participer à un congrès, un colloque ou un symposium? On pense d’emblée aux raisons souvent évoquées : pour tester des idées, pour diffuser des connaissances nouvelles auprès d’un public spécialisé ou encore pour valoriser des travaux de recherche auprès des milieux de pratique. Les colloques peuvent également servir à construire ou entretenir son réseau de collègues. Bien sûr, même s’il ne s’agit pas d’une finalité en soi, l’accumulation de colloques permet aussi d’ajouter des lignes aux curriculums vitae!
Or, si vous avez participé à des comités d’évaluation pour la permanence ou la promotion, ou encore pour l’obtention de subventions de recherche, vous savez pourtant que les lignes du dossier relatant des communications,scientifiques ou professionnelles ont peu de valeur en général. Pourtant, nous avons maintes fois observé, dans différents rôles, d’importants déséquilibres dans les dossiers de collègues, c’est-à-dire une quantité très importante de communications et un nombre beaucoup plus restreint de publications scientifiques (articles avec comité de lecture, chapitres de livres, livres). Nous avons eu la chance de participer à des exercices d’évaluation dans plusieurs domaines dans nos fonctions de doyens. On peut affirmer que, même en dehors de notre domaine (sciences de l’éducation), il est fréquent d’observer un ratio d’un article pour cinq communications dans une année.
Pensons maintenant à tout ce qu’exige une communication dans un colloque. Il faut bien sûr préparer la proposition et la communication, mais il faut aussi prévoir le déplacement qui se compte souvent en jours, surtout si le colloque se déroule à l’étranger, mais également si on œuvre dans une université hors des régions métropolitaines. Il faut alors consacrer plusieurs milliers de dollars tirés de subventions de recherche – des deniers publics – pour passer une semaine en colloque pour une ou deux communications de 20 minutes (parfois moins!) et quelques questions qui tombent souvent à l’eau en raison de la surcharge de la programmation quotidienne. Bien sûr, les colloques en ligne éliminent ces frais et déplacements. Mais sont-ils aussi riches en occasions de réseautage?
À ce point de la chronique, vous aurez sans doute deviné que nous avons un point de vue nuancé, voire critique, quant à l’utilité des colloques. Ne vous en faites pas, nous participons encore à quelques-uns de temps en temps. Néanmoins, nous avons rencontré différentes situations problématiques dans ces événements. Nous supposons que nous ne sommes pas les seuls.
Voici quelques exemples sans prétendre à l’exhaustivité : une communication déplacée ou écourtée (parfois coupée de moitié!); une communication devant une salle à peu près vide; une salle remplie de collègues que nous côtoyons régulièrement; des communications données par une doctorante ou un doctorant qui vient présenter sa problématique de recherche, avec la seule intention manifeste d’ajouter une ligne à son dossier de recherche. Et que dire de l’anecdotique message « Lost in plane » placé sur le paravent qui aurait plutôt dû accueillir une affiche? Ou encore des quelques collègues d’exception qui « magasinent » d’abord la destination, et accessoirement la thématique d’un congrès…
Pour ces raisons, nous invitons à une certaine modération face à la saison des colloques. Certes, certains en valent la peine. Pour cette raison, nous proposons de les choisir avec soin. Quand on y pense, y a-t-il vraiment une obligation de faire autant de communications ? Pourquoi ne pas cibler plus spécifiquement les événements en fonction de ses objectifs professionnels? Par exemple, quel événement permet de mieux développer ou consolider son réseau à un moment précis de sa carrière? Une publication est-elle envisagée à la suite de la communication? Le cas échéant, le rayonnement et l’utilité des travaux n’en seront que bonifiés. Le colloque propose-t-il de compiler les présentations dans un numéro d’une revue avec comité de lecture ? Ce choix serait-il préférable à la publication d’un recueil d’actes du colloque non soumis à une procédure d’évaluation par les pairs sur un site internet peu connu ?
À nos yeux, une participation hyperactive à la saison des colloques pose aussi des questions à d’autres égards. Pensons au développement durable, particulièrement dans le cas des longs déplacements. Ou à la gestion responsable des fonds de recherche, notamment lorsque les frais de déplacement et d’hébergement grugent une partie considérable du budget.
En somme, cette réflexion sur la participation aux colloques s’inscrit dans une volonté de remédier à la surcharge consentie. En effet, chaque année, la saison des colloques s’impose, comme si, aux yeux de certains collèges, il était impensable de faire autrement. Or, ce n’est pas parce que nous avons toujours fait les choses d’une manière qu’il s’agit d’une bonne manière de faire!
Il ne nous vient pas à l’esprit de mettre fin aux colloques. Gardons-les, tout en ayant aussi à l’esprit que leur vocation première était de combler une distance entre des gens (qui étaient à l’époque dans l’impossibilité d’échanger périodiquement), et non de rappeler à quel point cette distance n’existe plus.
Postes vedettes
- Directrice/directeur de la Division de chirurgie orthopédique de l’Université McGill et Directrice/directeur de la Division de chirurgie orthopédique du Centre universitaire de santé McGillUniversité McGill
- Décanat de la Faculté d’éducationUniversité de l'Ontario francais
- Chaires de recherche Impact+ Canada en la guerre de l’information et la gouvernance stratégique du numériqueUniversité du Québec à Trois-Rivières
- Chaires de recherche Impact+ CanadaUniversité du Québec à Rimouski
- Directrice ou directeur de la Division d’urologieUniversité McGill
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