Les habitudes de vie pour renforcer la santé mentale étudiante sur nos campus
Bouger, dormir et décrocher des écrans sont des leviers concrets, encore sous-utilisés, pour soutenir la santé mentale des personnes étudiantes.
Bouger régulièrement, dormir suffisamment et savoir décrocher des écrans. Ces gestes simples, souvent relégués au second plan dans la vie étudiante, jouent pourtant un rôle central dans la santé mentale. Sur nos campus, où la pression académique, l’hyperconnexion et la sédentarité font désormais partie du quotidien, les habitudes de vie constituent des leviers concrets, accessibles et trop souvent sous-estimés.
Au cours des dernières décennies, la santé mentale des personnes étudiantes au Canada s’est en effet nettement détériorée, au point d’en faire un véritable enjeu de santé publique. À titre d’exemple, la récente enquête québécoise réalisée par l’Observatoire sur la santé mentale étudiante en enseignement supérieur (OSMÉES) indique que plus de 50 % des personnes étudiantes présentent des symptômes anxieux ou dépressifs modérés à sévères. Ces constats sont préoccupants et appellent à une réflexion collective, notamment au sein de nos campus.
Dans ce contexte, il apparaît essentiel de multiplier les pistes de solution pour soutenir la santé mentale étudiante. Si l’accès aux services psychologiques demeure crucial, il ne peut constituer l’unique réponse. L’adoption de saines habitudes de vie représente une avenue complémentaire et prometteuse. En effet, ces habitudes contribuent non seulement à cultiver une bonne santé physique, mais jouent également un rôle important pour la santé mentale.
Habitudes de vie : des déterminants clés de la santé mentale
L’activité physique, même à faible intensité, est associée à de nombreux bienfaits : libération d’endorphines, régulation de l’humeur, diminution des symptômes de stress et d’anxiété, amélioration de la concentration et de l’estime de soi. Pour les personnes étudiantes, bouger régulièrement peut également offrir une pause face aux exigences académiques et favoriser un sentiment d’équilibre.
Le sommeil constitue également un pilier fondamental de la santé mentale. Une durée insuffisante ou des horaires irréguliers sont associés à une hausse des symptômes anxieux ou dépressifs, à une moins bonne régulation émotionnelle et à des difficultés cognitives. Or, le sommeil est souvent négligé durant les études supérieures en raison de la charge académique.
Enfin, le temps passé devant les écrans à des fins de loisir exerce lui aussi une influence notable sur la santé mentale. Une utilisation excessive est notamment associée à une plus faible estime de soi, à des comparaisons sociales défavorables et à une augmentation des symptômes d’anxiété et de dépression.
Un écart persistant entre recommandations et réalité étudiante
Les Directives canadiennes en matière de mouvement sur 24 heures proposent trois grandes balises en matière de comportements favorables à la santé chez les 18-64 ans :
- pratiquer un minimum de 150 minutes d’activités physiques aérobies d’intensité modérée à élevée par semaine;
- dormir de sept à neuf heures par nuit, idéalement à des heures régulières;
- limiter le temps d’écran de loisir à trois heures par jour.
Or, de nombreuses personnes étudiantes en enseignement supérieur peinent à suivre ces recommandations. Les données de l’OSMÉES montrent que plus de la moitié (58,1%) présentent un faible niveau d’activité physique, qu’une proportion importante (40,7%) dort moins de sept heures par nuit et que près de la moitié (46,4%) dépasse les 21 heures hebdomadaires de temps d’écran de loisir.
Ces comportements ne sont pas anodins. Les travaux menés par l’axe thématique Habitudes de vie de l’OSMÉES révèlent que les personnes étudiantes qui respectent davantage ces directives sont moins nombreuses à présenter des symptômes anxieux ou dépressifs.

Un défi collectif : soutenir les comportements favorables à la santé mentale
Ces constats soulèvent une question importante : comment encourager l’adoption de ces habitudes essentielles pour la santé mentale étudiante? Cette responsabilité ne peut reposer uniquement sur les individus. Les choix quotidiens en matière d’activité physique, de sommeil ou d’utilisation des écrans s’inscrivent dans un contexte plus large, influencé par des facteurs environnementaux et institutionnels. Une vision écosystémique s’impose dans laquelle les établissements d’enseignement supérieur jouent un rôle déterminant.
Bouger, mieux dormir et modérer les écrans : des habitudes à encourager sur nos campus
Les campus d’enseignement supérieur disposent de leviers concrets pour promouvoir les saines habitudes de vie et, par ricochet, la santé mentale des personnes étudiantes. Par exemple :
- améliorer l’accessibilité aux plateaux sportifs gratuits ou à faible coût;
- élargir les heures d’ouverture et diversifier l’offre d’activités physiques;
- encourager le transport actif par l’intégration de stations de vélos en libre-service et l’aménagement de « sentiers » agréables et sécuritaires reliant les différents bâtiments;
- offrir des ateliers de sensibilisation sur l’importance d’un sommeil de qualité, ainsi que sur les bonnes pratiques de gestion du sommeil;
- créer des espaces calmes dédiés à la détente sans écran;
- organiser des initiatives favorisant une utilisation plus consciente des écrans (journées ou activités sans écran, pauses actives, activités extérieures).
Plus largement, intégrer la promotion des habitudes de vie dans les politiques institutionnelles permet de reconnaître officiellement leur rôle dans la santé globale. Ces actions gagneraient à être développées en collaboration avec les personnes étudiantes, afin de s’assurer qu’elles répondent à leurs besoins et à leurs réalités.
Le personnel enseignant peut également contribuer significativement par de petits gestes simples intégrés dans leurs activités pédagogiques tels que :
- encourager les personnes étudiantes à sortir de la classe durant les pauses pour briser la sédentarité;
- proposer des activités pédagogiques nécessitant de laisser les écrans de côté ou de se déplacer;
- utiliser les classes extérieures ou les locaux spécialisés lorsque disponibles;
- prévoir des remises de travaux à des heures raisonnables (ex. : 17h plutôt que minuit).
Enfin, les associations étudiantes jouent un rôle essentiel, grâce à leur proximité et à leur influence unique auprès des personnes étudiantes. Elles peuvent notamment :
- organiser des campagnes thématiques sur les habitudes de vie (semaine du sommeil, activité physique gratuite, défi déconnexion, etc.);
- proposer des initiatives qui favorisent des environnements sains (zone détente, zone active);
- créer des clubs pour diversifier l’offre d’activités physiques et sociales (marche, vélo, randonnée, etc.);
- participer à la co-construction des politiques en santé mentale et habitudes de vie.
Les habitudes de vie un investissement porteur et durable
Les habitudes de vie représentent des leviers importants et modifiables pour favoriser la santé mentale étudiante. Miser sur l’activité physique, le sommeil et une utilisation équilibrée des écrans, c’est investir dans la santé globale des personnes étudiantes.
Pour que ces habitudes puissent s’ancrer durablement, il importe toutefois de dépasser une approche centrée sur la responsabilité individuelle. Les établissements d’enseignement supérieur, de concert avec les décideurs, le personnel enseignant et les communautés étudiantes, jouent un rôle clé dans la création d’environnements propices à une santé mentale étudiante favorable.
Pour aller plus loin
La Station SME propose plusieurs informations et des outils sur le thème des habitudes de vie.
- Pour la population étudiante, de nombreux outils en formats variés sont proposées pour soutenir la réflexion et le développement des habitudes de vie.
- Pour le personnel des établissements, on y retrouve également des outils, des exemples de pratiques, des données de recherches pour inspirer les actions de sensibilisation à la santé mentale et aux saines habitudes de vie.
Cet article s’inscrit dans le cadre d’une série d’articles mensuels sur la santé mentale étudiante en enseignement supérieur portée par l’Observatoire sur la santé mentale étudiante en enseignement supérieur (OSMÉES) et l’Initiative sur la santé mentale étudiante en enseignement supérieur (ISMÉ).
Postes vedettes
- Directrice ou directeur de la Division d’urologieUniversité McGill
- Décanat de la Faculté d’éducationUniversité de l'Ontario francais
- Chaires de recherche Impact+ Canada en la guerre de l’information et la gouvernance stratégique du numériqueUniversité du Québec à Trois-Rivières
Laisser un commentaire
Affaires universitaires fait la modération de tous les commentaires en appliquant les principes suivants. Lorsqu’ils sont approuvés, les commentaires sont généralement publiés dans un délai d’un jour ouvrable. Les commentaires particulièrement instructifs pourraient être publiés également dans une édition papier ou ailleurs.