L’entrepreneuriat redessine-t-il la formation en génie ?
Comment les écoles de génie élargissent leur mission sans renoncer au socle technique.
Entre pression économique, aspirations étudiantes et liberté académique, l’entrepreneuriat s’impose dans les écoles de génie. Kathy Baig, présidente et directrice générale de l’École de technologie supérieur (ÉTS) de Montréal, revient sur cette évolution, sur le rôle du Centech et sur les transformations à venir, notamment avec l’intelligence artificielle générative.
Affaires universitaires : Quand on parle d’entrepreneuriat dans une école de génie, redéfinit-on ce qu’est un ingénieur?
Kathy Baig : Le cœur de la formation reste la compétence technique. Cela demeurera central. Mais les ingénieurs occupent aujourd’hui des fonctions variées, en gestion, en entrepreneuriat ou en leadership. Il y a donc une évolution vers l’intégration de compétences en gestion, en relations interpersonnelles et en vision stratégique. Former des ingénieurs capables d’entreprendre fait partie de cette mouvance.
Une étude menée en 2022 par l’Ordre des ingénieurs du Québec montrait que 15 % des ingénieurs étaient entrepreneurs, et plus de 50 % des étudiants sondés manifestaient un intérêt pour cette voie. Il existe une stratégie gouvernementale en entrepreneuriat, dans un contexte où le nombre d’entrepreneurs diminue au Canada. Mais à l’ÉTS, ce n’est pas une pression externe qui dicte nos choix. C’est cohérent avec notre ADN et avec les besoins du marché.
L’entrepreneuriat demeure un parcours parmi d’autres. Nous formons aussi des experts techniques et des gestionnaires. À l’ÉTS, les étudiants peuvent suivre différents parcours, sportifs, associatifs ou entrepreneuriaux. L’objectif est de répondre à un éventail d’intérêts.
Le Centech s’inscrit dans cette logique. Cet incubateur de deep tech, lié à l’ÉTS mais ouvert à des projets externes, propose deux programmes, Accélération et Propulsion. Les équipes doivent présenter un projet déjà avancé. Elles sont ensuite encadrées, formées et entourées d’experts pour faire croître leur entreprise. Toutes ne poursuivent pas l’aventure, mais l’objectif est d’accélérer ou de propulser le développement entrepreneurial.
AU : Comment concilier entrepreneuriat, recherche et liberté académique?
KB : La liberté académique est fondamentale. Les professeurs sont libres de choisir leurs axes de recherche. L’institution peut définir certaines priorités ou investir dans des domaines jugés stratégiques, mais la gouvernance universitaire protège l’indépendance des chercheurs.
Cela dit, nos lettres patentes indiquent que l’université doit contribuer au développement du savoir et à l’impact économique du Québec. Environ 70 % de notre recherche est réalisée en partenariat avec l’industrie. Les deux dimensions sont donc étroitement liées.
Concernant les développements récents aux États-Unis, il existe des préoccupations sur la liberté académique. Certains chercheurs ont été touchés. Toutefois, la part de notre financement provenant des États-Unis demeure relativement faible. Globalement, nos axes de recherche n’ont pas été influencés de façon significative. Par exemple, notre Institut AdapT, consacré à la résilience des infrastructures face aux changements climatiques, poursuit sa trajectoire prévue.
AU : Les étudiants et le Québec disposent-ils des leviers nécessaires pour transformer la recherche en entreprises?
KB : Il y a encore des choses à faire. Nous avons constaté que nous pouvions renforcer notre propre pipeline d’ingénieurs entrepreneurs. C’est pourquoi nous avons créé un Bureau de l’entrepreneuriat afin d’offrir un soutien interne aux étudiants souhaitant lancer une entreprise.
Nous réfléchissons également à un parcours étudiant entrepreneur, qui pourrait reconnaître des stages en start-up ou dans sa propre entreprise. Nous avons observé ce qui se fait ailleurs, notamment des stages exploratoires en start-up pour des étudiants qui souhaitent découvrir ce milieu. L’objectif est de stimuler davantage l’intérêt et le développement d’entreprises issues du génie.
AU : Comment imaginez-vous l’école de génie dans 20 ans?
Kathy Baig : L’entrepreneuriat y restera très présent. L’intelligence artificielle générative transformera la profession, comme d’autres outils l’ont fait auparavant. Nous utilisons déjà depuis longtemps des logiciels de conception assistée. L’IA modifiera nos pratiques, mais le travail d’ingénieur demeure complexe, multidisciplinaire et profondément humain.
Postes vedettes
- Médecine - Professeure adjointe ou professeur adjoint (sciences pharmaceutiques)Université d'Ottawa
- Chaire de recherche Impact+ Canada en résilience démocratique et communautaire en contexte éducatifUniversité de Montréal
- Sociologie - Professeure adjointe ou professeur adjointUniversité Laurentienne
- Direction, Service des ressources humainesUniversité Saint-Paul
- Vice-rectrice, vice-recteur aux ressources humaines et à l’administrationUniversité du Québec à Rimouski
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