De jeunes entreprises étudiantes luttent contre la pollution
Ayant participé au prestigieux concours du prix Hult, des équipes universitaires canadiennes ont fondé des entreprises transformant des algues en plastique et purifiant l’eau au moyen de la chimie quantique.
Fraîchement diplômé de l’Université Saint Mary’s, Sheheryar Khan connaît une année 2025 fort occupée. En plus de ses travaux scolaires et de ses responsabilités de major de promotion, le jeune scientifique originaire de Dubaï a démarré à Halifax une entreprise transformant des algues en emballages de plastique biodégradable destinés à l’industrie alimentaire.
Suivant les conseils de la personne qui le mentorait au Centre d’entrepreneuriat Arthur L. Irving de l’Université Saint Mary’s, M. Khan, maintenant titulaire d’un baccalauréat ès sciences avec diplôme en génie, a misé sur ses travaux de recherche de premier cycle en laboratoire pour lancer son entreprise d’emballages écologiques, Alaagi, à la fin de 2024. Il a consacré l’année 2025 au raffinement de son processus de transformation des algues marines, et à la participation à des concours de présentations d’affaires pour obtenir des fonds de démarrage.
Les premières présentations de M. Khan ont été plus ou moins réussies : son attitude réservée et son discours récité à la vitesse de l’éclair avec un fort accent ont entraîné des problèmes de communication. Lors d’une séance, l’auditoire a cru qu’il présentait des macaronis dans un sac de plastique, alors qu’il montrait un prototype de sac de polyéthylène rempli d’un échantillon alimentaire.
Mais la persévérance de M. Khan a porté ses fruits quand il a participé à la ronde préliminaire de la compétition internationale du prix Hult ; rappelant l’émission Dans l’œil du dragon, ce concours annuel verse un million de dollars américains à une entreprise étudiante axée sur l’entrepreneuriat social. Après avoir remporté le titre canadien au printemps dernier, M. Khan et sa petite équipe de l’Université ont décroché une place à la demi-finale internationale du programme d’accélérateur mondial du prix Hult. Le trio, formé de Tyler MacLean, de Vaishali Sachdeva et de M. Khan, a participé en août, aux côtés de 27 autres équipes étudiantes de partout dans le monde, à une formation entrepreneuriale intensive d’un mois en Angleterre ; cette retraite avait lieu à la majestueuse Ashridge House, un domaine vieux de 200 ans situé au nord-ouest de Londres, qui accueille le programme de formation des cadres de l’École de commerce international Hult. (Son vaste terrain de 5 000 acres a d’ailleurs servi de décor à plusieurs scènes des films de Harry Potter.)
Un programme estival d’accélérateur donnant lieu à des occasions d’affaires
Depuis 2010, l’organisme Hult se sert de son concours pour inciter les entrepreneuses et entrepreneurs étudiants à tenter de régler des problèmes mondiaux par l’intermédiaire de leur entreprise à but lucratif. Parmi les principaux intérêts de l’organisme, notons l’éducation, l’approvisionnement en eau, la sécurité alimentaire, la création d’emplois et les industries gaspillant beaucoup de ressources, comme la mode.
Travaillant auprès de grands noms de l’entrepreneuriat international, de consultantes et consultants, de membres du personnel de Hult et de leurs adversaires dans la compétition, plus d’une vingtaine d’équipes participantes ont chaque été quatre semaines pour peaufiner leur plan et leur présentation d’affaires en prévision de la ronde éliminatoire finale. À la fin, seules huit équipes s’affrontent pour remporter le prix d’un million de dollars. Chaque équipe finaliste dispose de quatre minutes pour convaincre un panel de quelques juges que son projet concorde avec les objectifs de développement durable de l’organisme, et que son plan d’affaires et de gestion du personnel lui permettra de connaître du succès. L’équipe doit essentiellement présenter la valeur sociale de son entreprise et expliquer en quoi les fonds de démarrage fournis par Hult la feront passer au niveau supérieur. Le concours est relancé chaque année en septembre, après l’annonce de l’équipe gagnante.
À Londres cet automne, le projet de technologie de transformation des algues de M. Khan, Alaagi, ne s’est pas rendu à la dernière ronde du concours, qu’ont remporté deux étudiants de Singapour pour leur projet Stick ’Em, qui favorise l’apprentissage des STIAM.
Mais l’expérience a donné à M. Khan la confiance nécessaire pour chercher, une fois de retour au pays, du financement, une clientèle et du personnel. À ce jour, il a signé avec des entreprises des lettres d’intention qui pourraient donner lieu à des ventes totalisant 12 millions de dollars, et mis sur pied des projets pilotes auprès de Sobeys et de High Liner Foods. Et toujours en 2025, il a participé à une autre compétition internationale, qu’il a remportée.
En octobre, Alaagi s’est en effet associée à une jeune entreprise de l’Université Saint Mary’s, Square Roots, pour remporter la Coupe du monde Enactus 2025 en Thaïlande au nom de l’Université. Enactus est un organisme mondial à but non lucratif qui aide les étudiantes et étudiants à renforcer leurs compétences de leadership et d’entrepreneuriat social.
Alaagi a par ailleurs été admise au programme Emera ideaBUILD de l’Université Dalhousie. D’une durée de 10 mois, ce programme offre aux fondatrices et fondateurs une subvention de 10 000 $ pour le prototypage, une formation intensive de 12 semaines, et un accompagnement par des conseillères et conseillers de l’industrie, qui les aident à valider et à construire le premier prototype fonctionnel de leur produit.
Hult prête à étendre sa présence au Canada
Kate Ramirez, gestionnaire du prix Hult pour l’Amérique du Nord, a dit à Affaires universitaires vouloir « étendre considérablement notre présence au Canada […] En 2024, 14 campus canadiens ont participé au concours. » Si certaines universités participantes confient à des clubs l’organisation des compétitions, la participation des établissements nouvellement inscrits dépend souvent d’une seule personne, comme une professeure ou un professeur (souvent d’une école de commerce), voire une coordonnatrice ou un coordonnateur étudiant, qui travaille avec Mme Ramirez pour lancer une ronde préliminaire à l’université.
L’équipe d’Alaagi n’était pas la seule équipe canadienne à s’illustrer dans un concours du prix Hult.
En 2024, Xatoms de l’Université de Toronto a figuré parmi les six finalistes au prix Hult. Appliquant les principes de la physique quantique, Xatoms se sert de photocatalyseurs qui réagissent à la lumière pour purifier l’eau très polluée.
Bien avant sa participation au concours du prix Hult, la présidente-directrice générale de Xatoms, Diana Virgovicova, originaire de la Slovaquie, avait été reconnue sur la scène internationale pour son travail novateur. À 17 ans, elle remportait le prix Stockholm Junior Water pour ses premiers travaux sur les photocatalyseurs, lesquels proposaient une méthode pour décomposer les polluants organiques, comme les bactéries, les pesticides et les herbicides. Plus tard, une bourse Lester B. Pearson l’a attirée au Canada ; elle travaille maintenant dans un laboratoire de Mississauga en Ontario avec ses collègues Kerem Ismail Oglou, chef de la technologie, et Shirley Zhong, chef de l’exploitation de Xatoms.
Si la présentation de quatre minutes de Xatoms ne lui a pas valu le prix d’un million de dollars de Hult, l’expérience de l’accélérateur lui a permis de tisser des liens avec des investisseuses et investisseurs et une clientèle potentielle. À l’heure actuelle, l’équipe a attiré trois millions de dollars en financement pour la commercialisation de ses résultats de recherche, déposé huit demandes de brevet et mis sur pied trois projets pilotes de purification de l’eau au Texas, en Afrique du Sud et au Kenya.
Le fondateur de Hult, Bertil Hult, un milliardaire suédois qui doit sa fortune à ses écoles de langue et de formation novatrices, a présenté sa philosophie cette année, à l’occasion du 15e anniversaire du prix Hult. « L’entrepreneuriat social se distingue des autres modèles », explique-t-il dans une vidéo sur Instagram. « Son objectif est de contribuer au bien commun, d’aider les gens […] Ce n’est pas juste de faire de l’argent. Il vise à bâtir un monde meilleur. »
Postes vedettes
- Chaires de recherche Impact+ Canada en musique et intelligence artificielle (professeur au rang d’agrégé ou titulaire)Université de Montréal
- Criminologie - Professeure ou professeur (intervention auprès des familles et des proches de personnes criminalisées)Université Laval
- Science infirmière - Chargée ou chargé d'enseignement (durée de 3 ans)Université de Moncton
- https://www.affairesuniversitaires.ca/trouver-un-emploi/?job_id=70388Université de Sherbrooke
- Génie - Professeure ou professeur (écoconception de systèmes mécaniques)École de technologie supérieure
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