Insécurité alimentaire au sein de la population étudiante : les universités en mode action-réaction

Les universités québécoises mettent en place diverses mesures pour aider leur population étudiante face à l’inflation et à la crise du logement Mais est-ce suffisant ?

02 décembre 2025
Photo par : Filippo Bacci

Mandatée par l’Union étudiante du Québec (UEQ), la firme de sondages Léger a publié, en décembre 2024, un rapport sur l’insécurité alimentaire au sein de la population étudiante québécoise en milieu d’enseignement supérieur. Parmi les principaux constats : 33 % des personnes répondantes disent avoir connu une forme d’insuffisance alimentaire au cours de l’année précédente en raison d’un manque d’argent.  

Les groupes les plus touchés? Les personnes immigrantes, celles qui habitent en milieu urbain et celles qui vivent seules ou en colocation. Ces dernières affirment parfois ne pas avoir les moyens de manger des repas équilibrés, devoir réduire leurs portions ou sauter des repas, craindre de manquer de nourriture ou avoir faim sans pouvoir manger. 

L’insécurité alimentaire a un impact sur la santé physique (p. ex. : perte de poids, manque de concentration ou d’énergie) ou mentale (p. ex. : faible estime de soi, anxiété, détresse psychologique, dépression) d’environ une personne étudiante sur quatre. Elle a également nui à la réussite académique dans 23 % des cas.  

Une aide alimentaire plus que nécessaire 

Ces dernières années, les universités n’ont pas eu d’autres choix que de multiplier les initiatives afin de venir en aide à leur population étudiante qui peine à manger adéquatement faute de moyens. Toujours selon le sondage Léger, ce sont 17 % des étudiants et étudiantes qui ont eu recours à une forme d’aide alimentaire sur leur campus au cours de l’année précédente. 

« Depuis la pandémie, on a bonifié notre offre d’aide alimentaire. Est-ce parce que le besoin est plus pressant ou parce qu’on a reconnu le besoin durant la pandémie et qu’on a décidé de s’y pencher davantage? Je ne peux pas le dire, mais on est préoccupé par l’insécurité alimentaire de nos étudiantes et étudiants », rapporte François Gélineau, vice-recteur aux affaires internationales et au développement durable à l’Université Laval (ULaval). 

Comme beaucoup d’universités au Québec, ULaval a installé des frigos et des garde-manger communautaires sur son campus, ce qui permet aux services alimentaires de l’établissement et aux membres de la communauté universitaire d’y déposer leurs surplus alimentaires afin que les gens dans le besoin puissent se les procurer gratuitement. « C’est une association étudiante qui en a d’abord fait la demande et on a trouvé l’idée tellement bonne qu’on l’a épaulée pour faire une offre plus complète », mentionne M. Gélineau en parlant de la douzaine de frigos collectifs que l’on trouve maintenant sur le campus. 

Certains établissements, comme l’Université Concordia et l’Université du Québec en Outaouais (UQO), fournissent des repas gratuits ou à très petits prix préparés par des bénévoles. Plusieurs ont également mis sur pied un service de banque alimentaire – souvent en partenariat avec un organisme d’aide alimentaire de leur région – afin de distribuer des paniers de nourriture chaque semaine, comme c’est le cas à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), à l’École de technologie supérieure (ETS) et à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) notamment. 

Et puisque l’insécurité alimentaire est souvent causée par une situation financière précaire, la plupart des établissements universitaires ont créé des fonds d’urgence pour fournir des bons d’épicerie ou des bons de repas échangeables dans les services de restauration du campus, ou encore une aide financière directe. Durant la dernière année scolaire à ULaval, par exemple, 1,2 million de dollars de soutien financier ont été offerts à 527 personnes étudiantes, ainsi que 21 300 $ en cartes d’épicerie. 

Pas uniquement une question d’argent 

Selon un dossier de recherche de l’Observatoire sur la réussite en enseignement supérieur (ORES), l’insécurité alimentaire ne découle pas uniquement d’un manque de moyens financiers. Elle peut aussi résulter d’un manque de connaissances pour faire des choix éclairés en matière d’aliments sains et nutritifs, d’un manque de compétences pour les cuisiner ou de la difficulté à gérer un budget. 

L’Université McGill a décidé de s’attaquer à ces aspects il y a trois ans, entre autres en modifiant le plan alimentaire obligatoire pour sa population étudiante en résidence. Le service de type « declining balance », soit un forfait à solde dégressif, a été remplacé par un buffet à volonté. « Les étudiantes et étudiants payent d’avance un montant X et n’ont plus à se soucier de gérer un budget. Ils peuvent manger tout ce qu’ils veulent et venir autant de fois qu’ils le souhaitent pendant la journée », explique Mathieu Laperle, directeur principal du service de logement étudiant et d’hôtellerie de l’université. 

M. Laperle assure qu’il y a d’autres initiatives qui seront bientôt mises en place à McGill, dont la création d’un laboratoire de cuisine pour l’an prochain, si tout va bien. « Les étudiantes et étudiants apprendront entre autres à cuisiner et à faire des achats intelligents à l’épicerie », précise M. Laperle, qui ajoute : « Cela répondra à un besoin parce que plusieurs jeunes qui partent de chez leurs parents pour étudier manquent d’autonomie. » 

Un projet, plusieurs retombées 

L’UQAC a pour sa part bonifié son offre d’aide alimentaire par une initiative novatrice en 2018 : une forêt nourricière a été plantée sur le terrain de l’université. « L’idée était de transformer un terrain gazonné en lieu alimentaire et d’en étudier les bienfaits sociaux et écologiques », souligne Jean-François Boucher, professeur en éco-conseil au département des sciences fondamentales de l’UQAC. 

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Aujourd’hui, la forêt couvre environ 900 mètres carrés et se compose de plus de 1 200 végétaux comestibles (fines herbes, fleurs comestibles, arbustes de petits fruits, arbres fruitiers, etc.). « Même si la récolte est somme toute modeste, la forêt nourricière contribue à contrer l’insécurité alimentaire de nos étudiantes et étudiants de façon directe en leur fournissant des fruits, des légumes et des herbes », soutient M. Boucher. 

Or, selon le professeur en éco-conseil, c’est surtout le rôle indirect de la forêt nourricière qui est important. « Elle permet d’éduquer les étudiantes et étudiants sur les plantes autour de nous qui peuvent servir de nourriture quand on sait quand les cueillir et comment les apprêter », dit-il. Pour ce faire, les végétaux de la forêt nourricière ont été identifiés à l’aide d’étiquettes éducatives. Celles-ci sont équipées d’un code QR donnant accès à de l’information supplémentaire sur l’espèce, son entretien, sa récolte, sa conservation ainsi que les façons de la consommer. 

Une aide encore insuffisante 

Malgré ces initiatives, plus de la moitié des personnes sondées jugent qu’il n’existe pas suffisamment de ressources pour aider la population étudiante à faire face à l’insécurité alimentaire. 

Les universités interrogées évoquent à ce propos plusieurs défis, comme les subventions et les dons souvent insuffisants pour répondre à la demande, le recrutement laborieux des bénévoles ainsi que la difficulté d’assurer la pérennité des projets mis en place. « On reste à l’écoute des besoins et on s’ajuste. Notre objectif est d’en faire plus et de le faire mieux », assure M. Gélineau. 

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