Des dossiers chauds pour les universités francophones en 2026
L’année 2026 s’annonce mouvementée dans les universités francophones. Plusieurs dossiers chauds accapareront l’attention et l’énergie des rectrices et des recteurs. Certains pourraient devenir carrément existentiels.
Puisque l’actualité se veut plutôt avare de bonnes nouvelles, débutons par de nouveaux programmes fédéraux qui réjouissent les universités. Le gouvernement fédéral a lancé récemment l’Initiative Talent mondial en recherche Impact+ Canada, assortie d’un financement de 1,7 milliard de dollars sur douze ans. Elle comprend les Chaires de recherche Impact+ Canada, qui visent à attirer des chercheuses et des chercheurs d’expérience, et le programme Leaders émergents Impact+ Canada, qui concerne le recrutement de chercheuses et de chercheurs en début de carrière.
LIRE AUSSI : Le programme fédéral pour l’attraction des talents internationaux expliqué
« C’est un moment historique et déterminant pour l’avenir des universités canadiennes, estime Marie-Eve Sylvestre, rectrice de l’Université d’Ottawa. Ces programmes envoient le message qu’investir dans la recherche et l’innovation est la clé pour affronter les enjeux qui confrontent le Canada. »
Cette bonne nouvelle arrive enrobée dans un solide défi. En effet, le gouvernement canadien souhaite que la majorité des chaires soient attribuées dès la première échéance du dépôt des candidatures, à la fin mars. « C’est serré pour recruter, mais des chercheurs cognent à nos portes depuis plusieurs mois, notamment en raison de l’attitude du gouvernement américain envers les universités et la science. »
« Des chercheurs cognent à nos portes depuis plusieurs mois, notamment en raison de l’attitude du gouvernement américain envers les universités et la science »
Les universités notent en outre la volonté du gouvernement fédéral d’investir dans la défense. Cela pourrait augmenter le financement de projets de recherche dont les résultats peuvent servir à des fins civiles et militaires. « Cela créera des occasions pour les universités, mais aussi des débats sur la science ouverte et la liberté académique », souligne Daniel Jutras, recteur de l’Université de Montréal. Les exigences de sécurité de tels projets pourraient en effet obliger des chercheuses et des chercheurs à renoncer à publier leurs résultats.
Moins de personnes étudiantes étrangères
La volonté du gouvernement canadien d’attirer des chercheuses et des chercheurs internationaux n’a pas infléchi son intention de restreindre le nombre de personnes étudiantes étrangères. Depuis 2024, il a considérablement réduit l’octroi de permis d’études. Selon Apply Board, les demandes d’inscription de ces personnes étudiantes de janvier à avril 2025 ont chuté de 39 % dans les programmes de baccalauréat canadiens et de 32 % aux cycles supérieurs par rapport à l’hiver 2024.
Au Québec, le gouvernement provincial a diminué la quantité de certificats d’acceptation du Québec (nécessaire pour obtenir un permis d’étude du fédéral) octroyés à cette population. Il a également aboli le Programme de l’expérience québécoise (PEQ), une voie rapide vers la résidence permanente empruntée par un grand nombre de personnes étudiantes étrangères.
LIRE AUSSI : Fin du PEQ : « Cette incertitude nous brise »
Tout cela provoque depuis deux ans un recul majeur des demandes d’inscription et des inscriptions d’étudiantes et étudiants étrangers dans les établissements québécois. Les statistiques du Bureau de coopération interuniversitaire (BCI) affichent un déclin de 12,1 % à l’automne 2025 comparativement à l’automne précédent. Cette baisse est particulièrement prononcée au 2e cycle (-21,2 %), mais demeure significative au 1er cycle (-9,7 %).
« C’est un enjeu financier, mais aussi identitaire, affirme M. Jutras. Pour rester des universités de classe mondiale, nous devons recruter les meilleurs talents. Or, les politiques actuelles entachent la réputation du Canada comme destination pour les étudiants étrangers. »
L’éternel défi du financement
Une élection fédérale pourrait marquer l’année 2026, puisque le gouvernement libéral est minoritaire au Parlement. Par ailleurs, une seule province, le Québec, vivra une élection. Elle est prévue le 5 octobre. « Nous devrons nous assurer que les différentes formations politiques comprennent les besoins des universités », souligne Christian Blanchette, recteur de l’Université du Québec à Trois-Rivières et président du BCI.
Le financement arrive bien sûr en tête de liste. Le budget présenté en mars dernier par le gouvernement du Québec prévoit un gel de financement et une réduction des dépenses de 0,7 % pour les universités. Cela s’ajoute aux pertes engendrées par la baisse du nombre de personnes étudiantes étrangères, que le BCI chiffrent à environ 200 millions de dollars en 2024-2025 et 2025-2026.
« Le budget ne finance même pas les hausses des coûts de système qui découlent des ententes salariales déjà négociées, ce qui est une surprise », déplore M. Blanchette. Plusieurs universités ont annoncé des compressions, mais prévoient tout de même des déficits pour l’année en cours.
À l’échelle canadienne, le financement provincial des établissements postsecondaires a diminué dans huit provinces canadiennes entre 2020-2021 et 2025-2026, comme le montre un recensement des budgets provinciaux par Higher Education Strategy Associates. Les réductions les plus importantes ont été réalisées en Alberta et en Saskatchewan, mais l’Ontario et le Québec ont aussi connu des baisses significatives. Des établissements francophones en milieu minoritaire en ont fait les frais, tel le Campus Saint-Jean, qui a failli être sacrifié par l’Université de l’Alberta.
« Les finances préoccupent tous les recteurs et toutes les rectrices actuellement, assure Mme Sylvestre. En Ontario, nous espérons qu’une nouvelle formule de financement puisse nous permettre de recommencer à investir. » L’Université d’Ottawa affiche toujours un déficit dans son fonds d’opération et peine à financer des projets stratégiques ou l’augmentation de son nombre de professeurs.
Préserver la mission
Pour Stéphane Pallage, recteur de l’Université du Québec à Montréal, l’année 2026 devra servir à surmonter des défis qui pourraient devenir existentiels pour les universités. « Les attaques contre l’autonomie universitaire et la liberté académique se poursuivent aux États-Unis et dans d’autres pays, et le Canada n’y est pas immunisé », prévient-il.
Il rappelle que les courants de pensée populistes et anti-sciences qui alimentent ces attaques contre les universités existent aussi chez nous. Stéphane Pallage et Christian Blanchette font d’ailleurs partie des signataires d’une lettre ouverte qui suggère que le Québec devienne un rempart contre les dérives autoritaires envers les universités américaines en réaffirmant qu’il est un lieu unique où une loi sur la liberté et l’autonomie universitaire soutient la libre pensée.
LIRE AUSSI : Constitution du Québec : quand les universités deviennent un test démocratique
Mais le Québec lui-même pourrait prendre une mauvaise direction. M. Pallage s’inquiète que le projet de loi 1 actuellement à l’étude à l’Assemblée nationale propose d’interdire aux établissements universitaires de contester certaines lois à partir de leurs fonds de fonctionnement. Cela fragiliserait, selon lui, la défense de l’autonomie universitaire et de la liberté académique. Le Réseau des universités du Québec demande que ce projet de loi controversé protège explicitement ces principes.
« Les recteurs et les rectrices des universités doivent dénoncer toute tentative de rogner l’autonomie de leurs établissements et de la liberté académique », conclut M. Pallage.
Postes vedettes
- Anthropologie des infrastructures - Professeure ou professeurUniversité Laval
- Directrice ou directeur de la Division d’urologieUniversité McGill
- Management - Professeure ou professeurUniversité du Québec à Rimouski
- Chaires de recherche Impact+ CanadaUniversité du Québec à Rimouski (UQAR)
- Directrice/directeur de la Division de chirurgie orthopédique de l’Université McGill et Directrice/directeur de la Division de chirurgie orthopédique du Centre universitaire de santé McGillUniversité McGill
Laisser un commentaire
Affaires universitaires fait la modération de tous les commentaires en appliquant les principes suivants. Lorsqu’ils sont approuvés, les commentaires sont généralement publiés dans un délai d’un jour ouvrable. Les commentaires particulièrement instructifs pourraient être publiés également dans une édition papier ou ailleurs.