Étudiants en médecine : la pilule de la loi 2 passe mal

Le retour en classe est forcé, mais la grogne demeure chez les futurs médecins, pris entre un calendrier bousculé et une loi jugée punitive par le milieu.

01 décembre 2025
Photo par : iStock.com/PeopleImages

La grève est finie dans les universités mais le bras de fer avec le gouvernement Legault se poursuit pour contester la loi 2. Après six semaines de moyens de pression des médecins enseignants qui ont suspendu leurs cours, l’adoption sous bâillon de cette loi controversée, le 25 octobre, a imposé un retour en classes par ses lourdes pénalités dissuasives. Alors que la bataille des fédérations de médecins continue devant les tribunaux, les étudiants affectés par la grève tentent de rattraper le retard tant bien que mal. Sans décolérer contre le gouvernement.  

Étudiant en troisième année de médecine, Nicolas Dostie est aussi président de l’AÉÉMUM, l’Association des étudiantes et étudiants en médecine de l’Université de Montréal (UdeM). Il explique que le retour à la normale a été imposé par l’article 165, qu’il connait par cœur. Les amendes sont lourdes en cas d’infraction. L’AÉÉMUM s’expose à payer jusqu’à 500 000 $ par jour. « On serait en faillite », calcule amèrement son président, dénonçant une façon de brimer la liberté d’expression des insatisfaits. 

Des quatre facultés en médecine de la province, celle de l’’UdeM a enregistré le plus fort appui des étudiantes et étudiants en faveur d’un mandat de grève (70,4 %). Une demande récente de sursis auprès de la Cour supérieure n’a pas réussi à faire renverser l’illégalité de la grève. « C’est décevant car ça nous empêche de mettre de la pression politique », commente à son tour Ryan Kara, président exécutif de la Medical Student’s Society de l’Université McGill. Il considère toutefois la possibilité de porter l’affaire en appel. Et porte un carré bleu en signe de protestation. 

Malgré les impacts académiques d’un tel conflit sur le cursus des aspirants médecins, une compréhension prévaut entre le personnel enseignant et la communauté étudiante. « On a continué à supporter les médecins tout au long des moyens de pression parce qu’on trouvait qu’ils défendaient notre future profession et notre futur système de santé », fait valoir M. Dostie. À l’Université de Sherbrooke (UdeS), quelques médecins ont choisi de ne pas faire grève, « généralement parce qu’ils avaient des activités de recherche et qu’ils devaient s’occuper de leur personnel », précise Fernand-Pierre Gendron, président de l’APPFMUS, l’Association des professeures et professeurs de la Faculté de médecine de l’UdeS. 

Le casse-tête du rattrapage 

La grève aura affecté différemment les étudiantes et étudiants, soit 4500 inscrits en premier cycle au sein des quatre facultés québécoises. 

Rappelons qu’il y a d’abord eu le débrayage de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), lancé le 15 septembre pour 6 semaines. Puis celui de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec, qui a duré 10 jours à compter du 16 octobre. « Les externes ont été les plus touchés, soit les 3e et 4e année, analyse M. Kara. C’était six semaines à la maison, six semaines à ne rien faire ». Il explique que la cohorte de cette année terminera à la mi-mai plutôt qu’en avril et recommencera sa résidence quatre semaines plus tard.  

La cohorte de l’année prochaine sera elle aussi affectée : « Nous manquerons des cours à options qui sont très importants à l’externat, car ils décident de notre spécialité », déplore M. Kara. Les premières années auront été moins affectées, les cours pouvant être pré-enregistrés et repassés d’une année sur l’autre. 
« Le personnel des Facultés travaille fort pour limiter les impacts du conflit et pour qu’au final, il y ait le moins de retard et de stages invalidés », assure Geneviève O’Meara, porte-parole de l’UdeM. Tel cours habituellement donné par un spécialiste, par exemple, a été remplacé par des vidéos tournées pendant la pandémie. 

Les moyens de rattrapage sont complexes et dépendent des années : suivre des cours pendant les vacances, ou décaler l’horaire pour finir plus tard dans l’année sans que ça entrave la résidence. « Les étudiants ont perdu beaucoup de temps de vacances mais ils pourraient tous graduer à l’UdeM s’ils ne coulent pas leur examen final, c’est quand même une bonne nouvelle », selon le président de l’AÉÉMUM. 

Des conséquences à large spectre 

Outre le rognage du temps de repos dans un cursus très exigeant, d’autres effets se font déjà ressentir en milieu clinique. «À la mi-novembre, on attend de nous un certain niveau que nous n’avons pas nécessairement et ça se remarque » relève M. Kara, lui-même en stage clinique en milieu rural, dans l’Outaouais.  Après six semaines sans cours, les étudiantes et étudiants arrivent en stage « plus lents et moins efficaces », constate-t-il. Et plusieurs de ses camarades se disent « extrêmement stressés », incertains d’être encore aussi compétitifs qu’ils l’auraient souhaité.

Enfin, la colère de la profession se cristallise autour de la nouvelle obligation de traiter plus de patients plus rapidement, et ce sans tenir compte du temps d’apprentissage avec un stagiaire médecin. « Si un médecin doit passer 5 à 10 minutes avec un patient, on a du mal à voir où l’enseignement rentre dans tout ça », s’indigne M. Kara. Sans surprise, le recrutement des médecins professeurs en pré-doctoral en pâtit. « Il y avait toujours des volontaires les années passées à Sherbrooke, mais là, c’est vraiment plus difficile », observe le président de l’APPFMUS.  

Futur médecin, Ryan Kara envisage mal l’avenir de sa profession : « À l’heure actuelle, on nous apprend à écouter et à laisser parler le patient. Mais si la consultation dure 5 minutes, le patient n’a plus le temps de parler, on doit le couper pour lui poser 4 questions ». Un scénario dystopique que toutes et tous veulent éviter. « À la fin de la journée, la médecine c’est une profession humaine », rappelle Nicolas Dostie, comme une évidence oubliée.  

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