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La littératie numérique au cœur d’un projet interuniversitaire pour combattre la discrimination

Des chercheurs du Québec et de l’Alberta mènent diverses initiatives pour aider les communautés marginalisées au cours des trois prochaines années.

par SPARROW MCGOWAN | 21 AVRIL 22

Un nouveau projet réunit des chercheurs de trois universités et des partenaires communautaires locaux afin de promouvoir la littératie numérique et d’autonomiser les groupes marginalisés.

L’initiative Pédagogie sociale innovante pour redonner du pouvoir aux communautés autochtones et réduire les biais associés au genre et à la race (PSI) est portée par des équipes de Montréal, Saguenay et Edmonton. D’une durée de trois ans, elle est chapeautée par le Project Someone, basé à l’Université Concordia, qui a pour mission de sensibiliser la population à la haine en ligne, de créer des espaces pour les dialogues pluralistes et de trouver des stratégies pour combattre la discrimination.

Professeur en pratiques inclusives en arts visuels à l’Université Concordia et cotitulaire de la Chaire UNESCO en prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violents, Vivek Venkatesh a cofondé le Project Someone et dirige l’initiative PSI. En gros, l’objectif de ce nouveau projet est de documenter et d’accroître la résilience des communautés face à la discrimination. M. Venkatesh précise toutefois que ce sont les communautés qui doivent guider le projet. L’initiative « vise à nous rapprocher des communautés autochtones et de personnes de couleur, d’apprendre d’elles et d’appliquer leur savoir et leurs modes de connaissances », explique-t-il.

Des chercheurs des universités Concordia, de l’Alberta et du Québec à Chicoutimi (UQAC) collaborent avec des organismes communautaires de leurs villes respectives pour documenter les projets et les pratiques qui ont trait à la lutte contre la discrimination. Ils organiseront également un cours en ligne ouvert à tous (CLOT) chaque année, réaliseront des documentaires et du contenu multimédia, créeront des ateliers interactifs avec les communautés locales et rédigeront des notes d’orientation sur la résilience, la discrimination et des questions connexes.

Écouter au lieu de parler

Financée par Emploi et Développement social Canada, l’initiative PSI cible cinq des objectifs de développement durable (ODD) de l’Organisation des Nations Unies, soit une éducation de qualité, la réduction des inégalités, l’égalité entre les sexes, la création de partenariats et l’établissement d’institutions fortes qui font la promotion de la paix et de la justice. Plus spécifiquement, souligne M. Venkatesh, l’initiative compte « mesurer précisément comment nous pouvons atteindre ces objectifs dans un contexte communautaire ». Selon lui, « ce n’est pas assez de dire, comme je l’ai fait, “voyez comme l’éducation de qualité nous tient à cœur : nous avons bâti tant d’écoles et acheté tant d’ordinateurs pour les classes”. Tout ça, c’est bien, mais je crois qu’au Canada, nous pouvons en faire beaucoup plus en créant des récits, en les exposant au public et en sollicitant des commentaires ».

Organisé par l’équipe montréalaise, le premier CLOT, intitulé « De la haine à l’espoir », s’est tenu du 1er novembre au 10 décembre dernier et traitait de la lutte contre les discours haineux en ligne. On y a notamment parlé de la dynamique de la haine, des stratégies pour renforcer la résilience à la haine et des pratiques exemplaires d’utilisation des médias sociaux pour la défense des droits. En plus du contenu asynchrone du cours, M. Venkatesh a tenu des discussions sur Zoom avec Nicole Lugosi-Schimpf, professeure adjointe à la Faculté d’études autochtones de l’Université de l’Alberta et membre de l’équipe d’Edmonton. « Nous y allions à fond, se rappelle-t-il. Nous étions parfois en désaccord, mais voulions incarner la diversité d’opinions que nous privilégions. Surtout, nous voulions montrer que cela pouvait se faire de manière civilisée. »

L’invitation à la pluralité des voix et des opinions imprègne les nombreuses activités de l’initiative. « On veut écouter au lieu de parler », affirme Mathieu Cook, professeur au Département des sciences sociales et humaines de l’UQAC et membre de l’équipe de Saguenay, qui a par ailleurs lancé son premier atelier au début avril. Cette équipe aide des jeunes des communautés des Premières Nations à développer leurs talents de cinéaste pour qu’ils puissent réaliser des courts métrages sur leurs expériences avec la discrimination et le racisme, indique M. Cook, qui est également cotitulaire de la Chaire UNESCO en transmission culturelle chez les Premiers Peuples comme dynamique de mieux-être et d’empowerment. Il explique que ce ne sont pas des ateliers traditionnels : leur structure d’enseignement est plus collaborative que hiérarchique. « On écoute et essaie d’ouvrir la porte pour que leur parole soit porteuse de changement. »

Autonomie plutôt que victimation

Selon Mme Lugosi-Schimpf, l’approche communautaire est essentielle à la réussite de l’initiative. « Ce serait terrible que ce genre de conversations soient restreintes au seul espace universitaire, soutient-elle. Elles doivent absolument avoir lieu dans les communautés afin que leurs membres soient autonomisés et qu’ils nous disent ce qu’ils veulent, les changements qu’ils désirent voir et comment ils luttent contre les divers systèmes d’oppression. Au lieu de juste parler de ces enjeux comme s’ils sont des victimes perpétuelles, il faut avoir une réelle conversation avec eux, leur redonner du pouvoir et les reconnaître comme des experts, qu’ils soient des universitaires ou non. »

À Edmonton, cette expertise émane notamment d’une compagnie de théâtre : le Third Space Playback Theatre travaille avec des personnes autochtones, noires et de couleur pour créer et diriger des ateliers interactifs. L’équipe d’Edmonton prévoit également tenir avec la Nation métisse de l’Alberta un atelier communautaire plus tard au printemps.

M. Cook explique que si l’initiative PSI a « une structure quelque peu décentralisée », sa cohésion repose sur des objectifs communs. « Nous servons une cause, soit le changement social », ajoute-t-il. Celui-ci a espoir que l’initiative se poursuivra au-delà des trois ans prévus.
« Nous développons une méthodologie pour nos ateliers et notre recherche. Je crois sincèrement qu’il y a un avenir pour ce que nous faisons. »

M. Cook souhaite surtout que l’initiative ait un effet positif sur les gens qui y participent.
« J’espère que notre travail avec eux les aidera à s’exprimer et contribuera au changement social. »

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