À la Laurentienne, la grève rouvre les plaies de la restructuration

L’Association des professeures et professeurs de Laurentienne est en grève, après un vote de grève à 98 % en novembre et le rejet d’une offre de l’administration le 18 janvier. Un ralliement a eu lieu le 19 janvier.

19 janvier 2026
Le président de l’Association des professeures et professeurs de l’Université Laurentienne (APPUL), Fabrice Colin, lors d’une marche et d’un rassemblement sur le campus le 19 janvier, premier jour de la grève des professeures et professeurs de l’Université Laurentienne. Crédit photo : Heidi Ulrichsen / Sudbury.com.

Quatre ans après avoir frôlé la disparition sous le régime de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC), l’Université Laurentienne replonge dans une crise. Cette fois, ce sont ses professeures et professeurs qui ont décidé de cesser le travail, estimant avoir déjà payé le prix du redressement financier de l’institution.  

« L’Université reste ouverte et disposée à poursuivre les négociations si l’APPUL reprend les discussions», annonçait la direction de l’établissement par voie de communiqué le 18 janvier. 

Du côté syndical, la détermination est entière. Le président de l’Association des professeures et professeurs de l’Université Laurentienne (APPUL), Fabrice Colin, rappelait avant la dernière ronde de médiation que « les sacrifices qui ont été faits, aussi bien sur le plan salarial que sur celui de la charge de travail, doivent être reconnus ». 

Pour le corps professoral, les bibliothécaires et les conseillers et conseillères pédagogiques, la dernière convention collective a été « plus ou moins imposée, puisque l’alternative c’était la fermeture de l’institution », dans le contexte de la LACC, dit-il. A l’époque, 110 postes d’enseignement avaient été supprimés. 

Le personnel non licencié a vécu une réduction salariale de 5 % la première année, suivie d’un gel de salaires et d’augmentations limitées à 1 % pour chacune des trois années suivantes. À cela s’est ajoutée la perte d’allocations professionnelles et une hausse de la charge de travail à 15 crédits. « Le régime de retraite a été décimé », ajoute M. Colin. 

Ce sont les grands chevaux de bataille du syndicat dans la négociation en cours. « Il faut des gains significatifs. Autrement, les membres n ’accepteront rien. » 

De son côté, l’Université soutient que « les augmentations salariales proposées dépassent les normes du secteur » et que son offre « comprend des améliorations pour les membres de l’APPUL dans des domaines clés ».  

Jointe par Affaires universitaires, elle a affirmé que la direction « est actuellement mobilisée sur les négociations », tout en réitérant que l’Université vise une entente équitable pour les membres de l’APPUL « tout en protégeant la viabilité financière à long terme de la Laurentienne. » 

Avant la médiation, l’administration disait vouloir préserver la viabilité financière à long terme de l’établissement. Le syndicat rétorque que la situation s’est stabilisée, notamment grâce à la vente d’actifs immobiliers. Le 18 janvier, l’Université réitérait néanmoins que, « dans un contexte économique difficile pour les universités, l’administration et le Conseil doivent veiller à ce qu’une nouvelle convention collective ne compromette pas les efforts considérables déployés ces dernières années ». « Notre priorité absolue est d’assurer la solidité de l’Université Laurentienne pour l’avenir », a-t-elle ajouté. 

Un Régime de retraite embourbé dans l’Entente de prêt de sortie 

Les membres actuels et retraités de l’APPUL ont recouvert 3 millions de dollars le 17 décembre dernier. Ce règlement « découle de l’utilisation abusive et de l’épuisement présumés des fonds du Régime d’avantages sociaux des retraité-e-s par l’Université Laurentienne au cours de la période précédant les procédures en vertu de la LACC, » indique le site Web de l’APPUL

Le syndicat souhaite d’ailleurs que leur régime de retraite ne soit plus administré par  l’Université, mais plutôt par un tiers, « ce qui devient la norme dans le secteur en Ontario », fait valoir le président syndical.  

Or, en raison de l’Entente de prêt de sortie qui a suivi la LACC, cette question ne peut pas être posée sur la table des négociations. Cette Entente, qui lie l’Université jusqu’en 2038, n’a plus sa raison d’être, estime le président de l’APPUL, qui affirme que la situation financière s’est stabilisée.  

« [L’Entente] représente plus une entrave finalement aux opérations normales de l’université qu’un filet de sécurité », fait valoir M. Colin. « Nous avons besoin que les tribunaux et le gouvernement se tiennent à l’écart de la table de négociation afin que les pourparlers puissent se dérouler de manière transparente, responsable et de bonne foi », fait valoir le syndicat dans une campagne en cours

Le 17 novembre dernier, l’APPUL a déposé une contestation en vertu de la Charte canadienne des droits et libertés l’Entente représentant une entrave au droit de négociation.

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