Université de Sudbury : renaissance ou relance à risque?
Grâce à un financement du gouvernement de l’Ontario et à un partenariat avec l’Université d’Ottawa, les cours reprennent à l’Université de Sudbury.
Pour la première fois en plus de quatre ans, l’Université de Sudbury accueille des étudiantes et des étudiants, le 3 septembre. Ses activités pédagogiques avaient été suspendues à la suite de la dissolution de la fédération de l’Université Laurentienne, en 2021.
L’Université de Sudbury, devenue laïque et francophone plutôt que bilingue, demeure indépendante malgré un partenariat avec l’Université d’Ottawa qui encadre désormais sa programmation.
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Le protocole de partenariat a été signé en mars 2024. Le 7 juillet dernier, le ministère des Collèges et Universités de l’Ontario a annoncé une enveloppe de 10,8 millions de dollars sur trois ans pour financer la relance. La somme sera versée à l’Université d’Ottawa plutôt que directement à l’Université de Sudbury.
Le recteur de l’Université de Sudbury, Serge Miville, explique que le nouveau modèle n’a rien à voir avec celui qui inféodait l’établissement à l’Université Laurentienne : « L’ancienne relation fédérative venait notamment avec des frais administratifs de 15 % sur tous les fonds destinés à l’Université de Sudbury », dit-il. L’entente prévoit plutôt une récupération des coûts, négociée par les deux parties.
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Le partenariat repose sur la reprise de la charpente de cours de l’Université d’Ottawa, soit la cote, le titre et le libellé. Les cours et les programmes sont sous la gouverne du Sénat académique de l’Université de Sudbury, tandis que le personnel d’enseignement est embauché par l’établissement, précise le recteur.

« En ce moment, ce qui est important au niveau stratégique [c’est d’être] capable de créer des programmes de manière autonome sans demander la permission, comme [cela fut le cas] pendant 65 ans de l’histoire de l’Université de Sudbury. »
Serge Miville

Un nouveau modèle?
L’établissement sudburois aurait-il pu relancer son offre de programmes sans partenariat? Pas selon son recteur : une première demande de subvention déposée au gouvernement provincial a été rejetée le 30 juin 2023. « [Ils] ont dit que le “stand alone” ne les intéresse pas en ce moment. Donc, [il fallait] produire une alternative qui permettait un financement. »
Mais, lors de son annonce en mars 2024, le partenariat avec une institution bilingue avait fait bondir la collectivité, échaudée par la décision de l’Université Laurentienne de se placer sous la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies, en février 2021.
« Le modèle [fédératif], je ne pense pas que c’est approprié pour l’Ontario français, commente M. Miville. Mais ce qu’on est en train de faire permet d’espérer qu’on pourra résoudre les enjeux. » Il décrit ce partenariat comme un nouveau modèle de coopération misant sur l’optimisation des ressources offertes dans le secteur.
D’ailleurs, un autre partenariat est déjà en place pour le développement de modules en ligne avec le Collège La Cité. Il entraîne une économie d’échelle, soutient le recteur. « Je ne vois pas en ce moment d’intérêt à ne pas faire des partenariats quand on ne sacrifie pas l’autonomie institutionnelle. »
Fabien Hébert, président de l’Assemblée de la Francophonie de l’Ontario (AFO), organisme porte-parole de l’Ontario français, y voit aussi une solution aux défis du postsecondaire francophone.
Il espère que le modèle proposé par l’Université de Sudbury pourra redéfinir l’éducation en français dans la province, « un peu comme l’Université de Hearst l’a fait avec le modèle en bloc. » Il a d’ailleurs présidé son conseil d’administration de 2021 à 2024.
Il est donc optimiste, « tant et aussi longtemps que l’Université d’Ottawa continue à bien prendre soin de la communauté francophone ».
À sa façon
La conception de programmes à partir des cours de l’Université d’Ottawa va permettre à l’Université de Sudbury de répondre aux attentes de la communauté franco-ontarienne.
L’établissement espère courtiser une population qui veut rester près de chez elle ou qui préfère de plus petites villes. « On est en train d’offrir quelque chose que les gros joueurs ne sont pas capables d’offrir. Et c’est ça qui est intéressant pour ces jeunes-là », croit M. Miville.
« La communauté francophone a le droit d’avoir accès à l’éducation en français de qualité près de chez [elle] », soutient M. Hébert. « C’est très favorable pour l’étudiant, pour l’économie, pour la famille qui soutient l’étudiant. »
L’Université de Sudbury fait le pari de s’associer à l’établissement qui attire 85 % de la population étudiante universitaire de l’Ontario français. Les diplômes seront d’ailleurs émis conjointement par l’Université d’Ottawa et l’Université de Sudbury.

« La fonction ontologique d’une université en milieu minoritaire diffère profondément de celle de l’institution majoritaire. »
Serge Miville

Convaincre la communauté et assurer le financement
L’avenir de l’Université de Sudbury se jouera notamment en prouvant sa pertinence « par des ambitions, des inscriptions et de l’intérêt », selon le recteur. « C’est impérieux de faire la démonstration qu’un système universitaire de langue française fonctionne et attire – les étudiants ontariens, notamment. Et ça, c’est le grand enjeu du secteur universitaire francophone en Ontario. »
M. Hébert, pour sa part, croit que cela passe par le financement, enjeu qui pèse lourd sur les institutions francophones.
Il cite les défis qu’ont dû relever l’Université de Hearst et l’Université d’Ottawa, notamment en raison des nouveaux critères d’admission pour les étudiantes et étudiants internationaux — que l’Université de Sudbury ne peut pas encore accueillir, faute de désignation. « Cela a provoqué beaucoup de turbulences dans le monde universitaire, surtout au sein des institutions francophones. »
À chacun ses priorités. M. Miville et l’équipe de l’Université de Sudbury se concentrent sur l’accueil de la première cohorte, même si aucun autre financement n’est prévu pour l’établissement au-delà de l’enveloppe de 10,8 millions de dollars.
Combien de temps une université peut-elle dépendre d’un autre établissement? « En ce moment, ce qui est important, affirme M. Miville, c’est qu’on est capable de créer des programmes de manière autonome sans demander la permission, comme ça a été le cas pendant 65 ans dans l’histoire de l’Université de Sudbury. »
L’AFO continuera de défendre l’importance du financement. « Il faut qu’on soit capable d’assurer la réussite et que nos institutions soient bien financées », dit son président.
Un retour : une fédération dissoute
Le Collège Sacré-Cœur, devenu l’Université de Sudbury, a été fondé en 1913 par les Jésuites. L’établissement a été fédéré à la Laurentienne en 1960, comme les universités Thornloe et Huntington. En 2021, en se plaçant sous la Loi sur l’arrangement avec les créanciers des compagnies, l’Université Laurentienne annonçait cependant la dissolution de cette fédération qu’elle jugeait trop coûteuse.
Privée alors d’accès à des fonds provinciaux et à ses programmes, l’Université de Sudbury a mis son personnel à pied et a annoncé son intention de devenir laïque et de laisser tomber son caractère bilingue.
Un appui financier ponctuel du fédéral, notamment pour concevoir un plan d’affaires, ainsi que le fonds de réserve ont permis de garder en poste le personnel cadre.

L’obligation légale d’offrir des cours en français
L’Université de Sudbury est désignée sous la Loi sur les services en français depuis janvier 2020. Cela signifie que l’établissement est tenu d’offrir une programmation en français qui mène au baccalauréat ès arts, ce qu’elle n’a pas pu faire depuis le printemps 2021.
Postes vedettes
- Criminologie - Professeure ou professeur (intervention auprès des familles et des proches de personnes criminalisées)Université Laval
- Études culturelles - Professeure ou professeurInstitut national de la recherche scientifique (INRS)
- Science infirmière - Chargée ou chargé d'enseignement (durée de 3 ans)Université de Moncton
- Génie - Professeure ou professeur (écoconception de systèmes mécaniques)École de technologie supérieure
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