Intelligence artificielle : les universités en quête de balises

Universités et gouvernement québécois tentent d’encadrer l’IA, mais la technologie avance plus vite que les balises proposées.

27 août 2025
Photo par : LA PRESSE CANADIANNE/Mathieu Belanger

Énoncés de principes, guides pratiques, cadres de référence : les initiatives visant à orienter l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) se multiplient à l’approche de la rentrée universitaire. Les établissements cherchent leurs marques pour former leurs communautés étudiantes à l’ère de cette technologie devenue incontournable, et sont fortement encouragés à s’approprier des réflexions éthiques et sociétales face aux enjeux posés par l’IA.  

Le réseau de l’Université du Québec (UQ) a publié au début de l’été un énoncé de principes et de grandes lignes directrices sur l’utilisation responsable de l’IA générative dans les activités de formation et de recherche. À la mi-août, le ministère de de l’Enseignement supérieur du Québec a dévoilé à son tour deux documents de référence complets pour guider l’ensemble du réseau de l’enseignement supérieur dans l’intégration et l’utilisation de l’IA.   

Ces démarches s’ajoutent à ce que proposent déjà certaines universités, comme l’Université du Québec à Montréal (UQAM), qui dispose d’un portail de ressources en ligne traitant des enjeux et des possibilités pédagogiques offertes par les systèmes d’intelligence artificielle.  

« Des réflexions étaient déjà entamées dans plusieurs établissements du réseau, certains étaient très avancés, d’autres un peu moins », remarque Céline Poncelin de Raucourt, vice-présidente à l’enseignement, à l’accessibilité et aux francophonies à l’UQ. Ce réseau panquébécois a défini cinq principes – responsabilité humaine, transparence, intégrité, usage éclairé, sécurité et confidentialité – qui s’inspirent des valeurs fondatrices du milieu universitaire.  

Isabelle Delisle, directrice scientifique de l’INRS et participante au groupe de travail de l’UQ, rappelle la particularité de ce document :  il s’applique à la fois aux volets de l’enseignement et de la pédagogie, mais aussi de la recherche, alors que les travaux des instances nationales menées en parallèle par le ministère de de l’Enseignement supérieur du Québec se concentrent sur l’usage de l’IA en enseignement.  

« Les deux démarches se rejoignent sur l’essentiel : l’importance d’assurer une saine intégration de l’IA dans l’enseignement supérieur en cohérence avec les valeurs universitaires de liberté, de responsabilité et d’intégrité », conclut Mme Poncelin de Raucourt.  

Le temps long face à la vitesse de l’IA 

Ces démarches reposent sur une vaste concertation entre différents acteurs du milieu de l’enseignement supérieur. Mais la machine institutionnelle est lente alors que cette technologie continue à se développer à un rythme rapide. Le groupe de travail de l’UQ a débuté ses travaux à l’automne 2024. Quelques mois plus tôt, Pascale Déry, ministre de l’Enseignement supérieur du Québec, annonçait la mise en place d’une instance de concertation nationale sur l’IA en enseignement supérieur chargée de développer une vision commune et définir des principes directeurs de base. « L’IA se développant à une vitesse fulgurante, il faut donner des directives générales de haut niveau, sinon cela nécessite des mises à jour constantes », observe Mme Poncelin de Raucourt 

Pour Réjean Roy, directeur de la formation et de la mobilisation des connaissances au consortium de recherche IVADO, cette arrivée brutale a pris tout le monde de court. : « On fait tous du rattrapage depuis le début, on s’est retrouvé confrontés à une technologie qu’on n’avait pas demandée ». Il a coordonné la publication, à quelques jours de la rentrée, d’un guide pratique provincial de « repères et bonnes pratiques » de l’IA. Une initiative préliminaire qui trace les contours d’une réflexion plus développée à mener en éducation. « Le gouvernement aura à prendre des décisions, à définir des orientations, aura parfois à revoir le cadre réglementaire, à changer des programmes, en créer de nouveau, anticipe-t-il. [Son rôle] sera de montrer la voie, parfois d’accompagner activement, même juridiquement », anticipe M. Roy en citant des lois européennes plus élaborées dans ce domaine.  
 

Les réseaux étudiants dans le brouillard 

Pour les associations étudiantes, ces documents constituent un départ… mais pas une solution. « Il va falloir que les universités amènent les facultés et les professeurs à développer leur réflexion et à donner à leurs étudiants des modes d’utilisation plus clairs », réclame Yasmeen Lazaar, porte-parole de la Fédération des associations de campus de l’Université de Montréal (FAÉCUM).  

Même questionnement au sein de l’Union étudiante du Québec (UEQ) qui regroupe 14 associations étudiantes universitaires au Québec. Sa présidente, Flora Dommanget, doute de l’applicabilité des principes dévoilés si près de la rentrée, alors que le document provincial était attendu avant l’été avec un plan d’action encore inexistant. « C’est bien beau d’avoir un cadre de référence, un guide de pratiques, mais sans aide pour le mettre en application, où cet argent va-t-il venir ? », soulève aussi la présidente de l’UEQ, qui redoute un alourdissement de la facture étudiante.  

La FAÉCUM et l’UEQ souhaitent toutes deux que les associations étudiantes soient mieux consultées afin que la réalité de leurs membres soit prise en considération. 

Malgré les incertitudes, M. Roy refuse de considérer l’IA comme un danger. Il y voit au contraire « une opportunité immense » pour l’enseignement supérieur, à condition de miser sur des projets pilotes et de laisser une réelle autonomie aux établissements. 

Ce qui demande aussi de ne pas perdre de vue l’essentiel sur le chemin de la réflexion : « À la fin, ce qu’on veut, c’est favoriser le développement des étudiants comme des travailleurs. Favoriser leur épanouissement professionnel et humain. C’était notre objectif collectif avant l’arrivée de l’IA. Ça ne devrait pas changer. » 

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