Être anglophone et étudier en français? Pourquoi pas!

Étudier aux cycles supérieurs dans une deuxième langue, c’est effrayant, mais surtout gratifiant.

05 février 2026
Samantha Yuen sur le campus de l’Université de Montréal. Photo courtoisie de Samantha Yuen.

Avez-vous déjà pensé étudier aux cycles supérieurs dans votre deuxième ou même troisième langue? Vous vous demandez sûrement si votre maîtrise de la langue est à la hauteur. C’est exactement le dilemme que j’ai vécu en 2020 lorsque j’ai envisagé de déposer une demande pour des programmes de recherche au Québec.  

Dans cette province, il existe deux systèmes d’éducation parallèles pour l’école primaire et secondaire : un en anglais et un en français. L’éducation se fait systématiquement en français, sauf exception. Dans mon cas, j’ai eu la possibilité d’étudier en anglais en périphérie de Montréal, car mes parents avaient reçu leur éducation en anglais pendant l’occupation de Hong Kong par le Royaume-Uni. Sauf à la maison, où je parlais cantonais, l’anglais est devenu ma principale langue de communication à l’école, dans mes cercles sociaux et ensuite au travail. Même si j’étais fonctionnelle en français, j’ai choisi l’Université Concordia, un établissement anglophone, pour mon baccalauréat en biologie. 

Les cours étaient donnés en anglais, mais j’avais tout de même l’occasion de pratiquer mon français dans un contexte professionnel grâce à mon emploi à temps partiel en service à la clientèle et d’appliquer la langue à mon domaine grâce à mes divers stages en biologie moléculaire. Dans l’un de ces stages, j’ai pris part à un petit symposium de recherche : j’ai alors mesuré l’importance du français pour mon parcours lorsque je me suis vue essayer avec difficulté d’expliquer mon travail au personnel médical sur place. Heureusement, c’est aussi à cette époque que j’ai rencontré mon conjoint actuel. Par l’immersion et la compassion, il m’a aidée à prendre confiance en moi en français. Son soutien m’a donné l’élan pour me mettre au défi de faire des études supérieures dans la langue officielle du Québec.  

J’ai ultimement été acceptée à la maîtrise en bio-informatique à l’Université de Montréal. Là-bas, tout était en français, des ressources scolaires aux cours obligatoires, en passant par les communications administratives. 

La courbe d’apprentissage a été particulièrement abrupte lors des premières semaines. Lorsque la pandémie de COVID-19 a précipité la plupart des cours en ligne, j’ai perdu l’occasion de pratiquer mon français avec mes camarades de classe. Ce fut difficile de développer des liens en français, tant avec le corps professoral qu’avec mes pairs.  

Pour ajouter au défi, les cours me demandaient un effort mental considérable, puisque je devais tout traduire dans ma tête en temps réel, d’autant plus dans les cours touchant aux mathématiques; un domaine que je maîtrisais peu, même dans ma langue maternelle. Plutôt que d’associer des termes en français à des concepts que je connaissais déjà, je devais apprendre non seulement les notions, mais aussi la terminologie.  

La bonne nouvelle, c’est que malgré toutes ces difficultés, j’ai eu la possibilité de remettre mes travaux, de suivre certains cours avancés et d’obtenir des supports visuels en anglais. Tout au long de mon programme, j’ai cherché à enrichir à la fois mon vocabulaire général et technique. Par exemple, j’ai appris à souligner les concepts importants avec des mots comme « pertinent », à expliquer l’origine des choses par « est issue de », à parler de « brin » d’ADN, à « assister » à des conférences et à différencier semester de « trimestre ». Tout cela m’est bien utile maintenant que j’exerce ma profession dans une organisation francophone. 

Comme je travaille dans un laboratoire avec des collègues d’Europe, du Québec, de l’Afrique et du Moyen-Orient, j’ai la chance d’être exposée à une foule d’accents et de variantes linguistiques du français. Immergée dans cette riche diversité, j’ai appris à mettre mon égo de côté et à poser des questions lorsque je ne comprends pas. Cette expérience m’a permis de voir les avantages d’acquérir une bonne compréhension du français écrit et oral en tant que non-francophone dans une université en français, mais aussi de comprendre que je n’étais pas seule : beaucoup d’étudiantes et étudiants internationaux doivent aussi apprendre le français tout en poursuivant des études supérieures.  

Passer d’un baccalauréat en anglais à une maîtrise en français n’aura vraiment pas été de tout repos, mais je suis fière d’avoir pris le risque de m’immerger dans un milieu d’apprentissage francophone. Pour tout de suite, je souhaite rester à Montréal, et je constate que ma maîtrise du français m’aide à créer des liens solides et à produire un travail de qualité supérieure. Si vous envisagez de suivre un programme de cycle supérieur dans une langue étrangère, je vous conseille de vous immerger complètement dans la langue pour la pratiquer le plus possible, que ce soit avec un travail à temps partiel, du bénévolat ou des activités sociales : tous les moyens sont bons. Même si vos interactions dans cette langue ne portent pas nécessairement sur votre domaine d’études ou de travail, vous aurez tout de même l’occasion d’apprendre des termes et expressions du langage courant. Qui sait, vous pourriez même rencontrer des francophones qui feront un jour partie de votre garde rapprochée. 

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