La collégialité, un pilier du fonctionnement universitaire à apprivoiser

La collégialité universitaire, fondée sur l’autogestion entre pairs, est un idéal exigeant où s’entremêlent pouvoir, équité et apprentissage collectif.

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Les professeures et professeurs d’université cohabitent avec leurs collègues dans un système de cogestion assez unique : la collégialité. Contrairement à la grande majorité des emplois où une relation hiérarchique régule les relations de travail, il n’y a pas, dans l’exercice normal de leurs fonctions, un patron des professeurs d’université. Ils s’autogèrent, le plus souvent en assemblée départementale. Pour le meilleur et pour le pire. Y trouver sa place comme recrue professorale demande plus qu’une simple adaptation. 

En effet, plusieurs sujets cruciaux suscitent des débats entre les membres du corps professoral. On peut d’emblée penser à la répartition annuelle des tâches ou des plans de travail. Dans ce contexte, il faut à la fois rendre des comptes, porter attention à ce que font ses collègues et, dans certains cas, revêtir le chapeau de patron « collectif » pour remettre en question la proposition d’un membre de l’assemblée. Certaines décisions discutées sont lourdes de conséquences, pour soi, pour autrui, pour la collectivité. Pensons au processus d’évaluation (notamment pour l’obtention de la permanence) et de promotion des professeurs tout le long de la carrière. La collégialité y occupe une place prépondérante, car ce sont principalement les professeurs qui doivent s’évaluer entre eux afin de recommander une décision qui aura invariablement un impact, plus souvent positif mais parfois négatif, sur la carrière d’un collègue. 

Ainsi, un défi indéniable de la gestion collégiale consiste à prendre sa place dans la mise en œuvre effective d’une autorité légitime pour le groupe. Dans le meilleur des mondes, les unités administratives fonctionnent selon une collégialité fluide, en faisant en sorte d’intégrer les recrues dans le groupe et de considérer leur opinion. Dans ce contexte, les activités professorales sont alors sous « surveillance » acceptée et acceptable. Toutefois, l’autorité et le pouvoir prennent des significations diversifiées selon le contexte et l’état des relations entre les collègues avec qui on doit vivre au quotidien. S’ajoute au défi de l’autogestion le fait que, règle générale, les professeurs sont peu préparés à jouer ce rôle ni tous consentants à l’assumer.  

En effet, lors d’une situation qui appelle une action, les assemblées départementales ne réagissent pas de la même manière. Intransigeance, laxisme, rigueur, équité, flexibilité, intégrité constituent de manière parfois surprenante autant d’épithètes caractérisant l’action ou les décisions qui en découlent. La palette de réactions possibles s’élargit ou se rétrécit en fonction de divers facteurs. Par exemple, une assemblée composée majoritairement de membres expérimentés ne réagira probablement pas comme une assemblée qui compte soudainement un bon nombre de recrues en contexte de renouvellement momentané du corps professoral.  

En fait, ce mode de gestion, fort prometteur sur papier, perd beaucoup de son lustre si l’assemblée ne se reconnaît pas la légitimité, la responsabilité et l’imputabilité d’agir. Quelle que soit la question à traiter, il est souhaitable que chacun des membres de l’assemblée se sente légitimé de donner son opinion et que cette dernière soit considérée dans la décision… ce qui est évidemment plus simple à écrire qu’à faire ! Par exemple, des recrues peuvent proposer une vision différente des collègues en place qui ont longtemps toléré des tâches assez légères en recherche tant que l’enseignement satisfait les attentes. Les recrues pourraient avoir différents points de vue à propos de ce qui est acceptable et exiger davantage de la part de leurs collègues. L’inverse se produit également : les collègues expérimentés oublient parfois l’écart de vingt ou vingt-cinq ans qui sépare leur parcours de celui des nouveaux arrivants, dont les réalités diffèrent. 

En somme, un certain temps d’appropriation des enjeux et des modes de fonctionnement s’impose. Toutefois, autour de la table, chaque professeure ou professeur détient un statut égal. Par conséquent, chacun mérite une voix dans les décisions. 

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