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À mon avis

Le casse-tête de la rentrée universitaire au Québec

Pour s’assurer de la santé de nos établissements d’enseignement et, prioritairement, de ceux qui les fréquentent, nous devons faire front commun pour attaquer les défis organisationnels, pédagogiques et technologiques de la rentrée universitaire de l’automne.

par ANNE-MICHÈLE DELOBBE, OLIVIER LEMIEUX ET MÉLANIE TREMBLAY | 18 JUIN 20

À l’image des autres secteurs de la société, le milieu universitaire traverse une période qui le force à s’adapter et à innover, afin de poursuivre ses activités de formation tout en assurant leur qualité. Alors que certaines universités québécoises ont terminé le trimestre d’hiver 2020 en mode enseignement à distance, d’autres ont plutôt mis fin au trimestre au moment où le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur annonçait la fermeture des établissements scolaires, le 13 mars 2020. Les administrations universitaires – à qui revenait la prise de décision – ont dû répondre rapidement aux différentes préoccupations – notamment technologiques et pédagogiques – du personnel enseignant, du personnel de soutien et des étudiants. Ainsi, différentes stratégies ont été déployées depuis le début de la crise, notamment en vue d’offrir les activités de formation prévues à l’été 2020. Comme pour les autres ordres d’enseignement, la rentrée universitaire automnale représente un casse-tête comportant plusieurs pièces.

Ce texte présente quelques défis et pistes d’action liés au contexte d’enseignement à distance en milieu universitaire. Il embrasse différentes perspectives, soit celle de l’étudiant et celle de la ressource professorale.

Un beau casse-tête ?

Tout porte à croire que la rentrée automnale se réalisera à distance pour la plupart des programmes universitaires.

Québec a annoncé que les universités devraient accueillir un minimum de 30 pour cent de leurs étudiants sur leurs campus en septembre. Les étudiants susceptibles de fréquenter les campus universitaires sont ceux pour qui la formation nécessite un accès direct à des ressources principalement, voire uniquement disponibles entre les murs de l’université, comme du matériel de laboratoire ou des outils technologiques dispendieux. Ainsi, pour nombre d’activités de formation, il sera difficile de justifier le caractère essentiel de la formation en présentiel.

On s’accordera pour affirmer que la présente situation occasionne de nombreux changements tant chez les professeurs, les chargés de cours et les employés de soutien que chez les étudiants. Dans le contexte de crise, les rôles de chacun sont appelés à se transformer. D’une part, le personnel enseignant doit planifier ses activités dans un contexte imprévisible et adapter ses cours selon de nouvelles modalités, et d’autre part, les étudiants doivent faire preuve d’une grande autonomie et se préparer à prendre en charge leurs apprentissages dans ce même contexte.

D’un point de vue étudiant

Certains étudiants vivront plus facilement que d’autres ce passage à l’enseignement à distance et se plairont dans la souplesse que leur offre cette modalité. D’autres auront besoin d’un encadrement plus serré ou, encore, d’un plus grand soutien pour développer des habiletés souvent inhérentes à l’enseignement à distance, comme la compétence numérique ou des habiletés avancées en lecture, écriture et recherche.

La salle de cours représente bien plus qu’un lieu physique où se conjuguent l’apprentissage de savoirs et de savoirs-agir. Elle est un lieu d’échange et de socialisation permettant aux professeurs ou chargés de cours d’engager des discussions et de reproduire des manières de faire propres à la carrière professionnelle visée. Par ailleurs, pour plusieurs étudiants, la simple fréquentation physique de la classe leur permet de se soumettre à un horaire structuré consacré aux apprentissages, d’échanger avec leurs pairs, les chargés de cours et les professeurs dans un contexte parfois formel et d’autres fois informel, ainsi que de vérifier, de façon interactive – c’est-à-dire en temps réel – leurs apprentissages.

D’un point de vue des ressources professorales

À ce chapitre, le perfectionnement de la compétence numérique représente un défi. Cette compétence est néanmoins nécessaire pour que les professeurs s’acquittent de leurs tâches impliquant la triade enseignement-apprentissage-évaluation. Il est souhaitable que la formation à distance mette l’accent sur une utilisation efficace d’outils numériques qui favoriseront des apprentissages en profondeur. Il s’agit alors de développer des environnements d’apprentissage qui faciliteront le travail de planification des étudiants, la diffusion et l’appropriation des contenus d’apprentissage. À cet effet, la combinaison des modalités d’enseignement synchrone et asynchrone peut encourager, voire diversifier, la participation des étudiants et contribuer à une offre de rétroaction de qualité.

Ne soyons toutefois pas naïfs, peu d’entre nous sauront utiliser aussi judicieusement le numérique considérant le temps restreint ainsi que les ressources matérielles, financières et humaines disponibles. Il ne fait aucun doute que la quantité et qualité des ressources disponibles sera à géométrie variable selon les établissements d’enseignement.

Dans certaines universités, des comités sur la pédagogie universitaire sont déjà bien implantés. Ils constituent des ressources importantes à consulter pour attaquer le défi de la formation à distance. D’autres initiatives sont aussi mises en place par les milieux pour accompagner et soutenir les ressources professorales, comme le groupe d’entraide le Nœud ou le programme de formation sur l’enseignement à distance financé par le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur et offert par la TELUQ.

 Si la capacité d’adaptation de tout un chacun sera rudement mise à l’épreuve durant les prochains mois, la collaboration entre les différents acteurs, comme les étudiants, les professeurs et les administrateurs universitaires, sera plus que jamais nécessaire durant cette période. Il apparaît essentiel de planifier dès maintenant les mesures qui seront mises en place pour que nous fassions front commun pour la réussite. Il en va de la bonne santé de nos universités et, par le fait même, de la bonne santé de notre société.

Anne-Michèle Delobbe, Olivier Lemieux et Mélanie Tremblay sont professeurs en sciences de l’éducation à l’Université du Québec à Rimouski – campus de Lévis.

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