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POINT DE VUE DE L'ADMINISTRATEUR

S’engager à long terme en matière d’éducation des Autochtones

Pour durer, les changements doivent s’intégrer aux structures administratives et éducatives.

par SHEILA COTE-MEEK | 06 NOV 18

En juin 2015, la Commission de vérité et réconciliation (CVR) a publié ses 94 appels à l’action. Il y a un an, j’ai écrit un article sur le rôle que les administrateurs universitaires peuvent et doivent jouer en matière de réconciliation. J’aimerais à présent ajouter quelques réflexions sur les moyens dont disposent les universités pour ancrer solidement les changements proposés par la CVR dans le système d’éducation.

De nombreuses universités canadiennes ont répondu aux appels à l’action. Certaines ont réaffirmé leur engagement envers l’éducation des Autochtones, alors que d’autres ont formé des comités pour se pencher sur les recommandations de la CVR. Dans mon établissement, nous nous sommes assurés auprès de notre conseil sur l’éducation des Autochtones que nos orientations stratégiques étaient conformes à ces recommandations, et avons récemment formé un groupe de travail.

Parmi les principales initiatives lancées par les universités pour favoriser la vérité et la réconciliation, mentionnons la hausse du nombre de professeurs, d’étudiants et de dirigeants autochtones sur les campus, l’inclusion de l’histoire, du savoir et de la culture autochtones dans les programmes d’études, l’intégration des points de vue autochtones en éthique de la recherche et la création d’espaces adaptés aux besoins sociaux, culturels et éducatifs des Autochtones. De nombreux établissements ont même déjà commencé à concrétiser leurs plans.

J’ai toutefois pu constater toute la fragilité de cette transformation. La véritable réconciliation ne se fait pas en surface. Pour durer, les changements doivent s’intégrer aux structures administratives et éducatives. Par exemple, j’ai récemment entendu dire qu’un changement au sein de la haute direction d’une université entraîne également un changement d’orientation.

Cela n’a rien d’inhabituel, les hauts dirigeants ont souvent leur propre vision de ce qu’ils souhaitent accomplir et de la façon dont ils comptent s’y prendre. Je suis toutefois déconcertée par l’absence fréquente de piliers solides qui permettraient de consolider les changements promis en éducation des Autochtones. Je pense que les initiatives autochtones dans les universités demeurent à risque, entre autres en cas de réduction du financement.

J’invite les hauts dirigeants à bien réfléchir aux changements qu’ils apportent et à se poser des questions essentielles sur la pérennité de ces changements. Comment les stratégies en matière d’éducation des Autochtones peuvent-elles survivre aux changements de direction? Des politiques sont-elles en place pour soutenir les changements au fil du temps? Des modifications structurelles ont-elles été apportées au système? Comment veillera-t-on à retenir les nouveaux professeurs?

Je recommande l’adoption de politiques solides accompagnée d’un engagement à long terme en matière d’éducation des Autochtones. Voici quelques exemples pour les programmes départementaux, les affaires étudiantes et la haute direction :

  • S’engager à intégrer l’histoire, la culture, les langues et les savoirs autochtones dans les programmes d’études et les politiques du sénat, en établissant une base solide et en obtenant le soutien des professeurs.
  • Assurer une représentation autochtone au sein du conseil d’administration et du sénat universitaire pour améliorer l’accès aux organes décisionnels.
  • Intégrer les conseils autochtones à la structure de gouvernance de l’université plutôt que de leur confier un rôle exclusivement consultatif. Des liens officiels doivent aussi être établis entre ces conseils, le conseil d’administration et le sénat universitaire pour assurer une représentation réciproque.
  • Négocier des initiatives de rétention officielles avec les associations de professeurs et l’administration pour appuyer les professeurs autochtones et assurer leur réussite.
  • Revoir les protocoles d’éthique en recherche pour s’assurer qu’ils n’entraînent pas de difficultés indues pour les professeurs et les étudiants autochtones qui font de la recherche.
  • En plus des nombreux espaces culturels déjà présents dans les universités, prévoir des espaces qui rendent physiquement compte de la présence autochtone au moyen de panneaux en langue autochtone. Les espaces doivent aussi être nommés dans la langue autochtone de l’endroit. Il est aussi important d’installer des panneaux sur les campus soulignant et reconnaissant la présence des peuples autochtones.

Ce ne sont que quelques moyens d’assurer la pérennité des changements structurels dans les universités. Je demeure déterminée à apporter des changements transformateurs qui dureront sept générations, soit bien plus longtemps que l’espérance de vie de tous ceux qui travaillent actuellement dans le système.

À PROPOS SHEILA COTE-MEEK
Sheila Cote-Meek
Sheila Cote-Meek est vice-rectrice adjointe à l’enseignement et aux programmes autochtones à l’Université Laurentienne. Sa chronique paraîtra tous les deux numéros.
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