Passer au contenu principal
CONSEILS CARRIÈRE

Confessions d’un accro aux courriels

Habituellement, je conseille à mes étudiants de suivre les trois règles d’or du courriel (clarté, concision et courtoisie).

par DAVID SMITH | 03 NOV 17

Un jour, j’ai rêvé que j’étais debout sur le podium d’un grand amphithéâtre, face à tous mes collègues et mes étudiants. Je me suis lentement approché du microphone et j’ai dit : « Bonjour, je m’appelle David Smith et je suis accro aux courriels ». Des centaines de voix ont répondu à l’unisson : « Bonjour, David ».

Ce rêve représente parfaitement le cauchemar de mon quotidien. Récemment, j’ai cherché à savoir combien de fois par jour je consultais ma boîte de réception sur mon téléphone. J’ai arrêté de compter à 50.

Malheureusement, ma dépendance va beaucoup plus loin. Je pourrais en dire long sur mes nombreux (et parfois cocasses) faux pas électroniques. Comme la fois où j’ai signé un courriel particulièrement important avec la formule « Respectivement, David Smith », ou celle où j’ai accidentellement envoyé un message d’absence automatique en réponse à plus de 2 000 courriels stockés dans mon compte Outlook. Pire encore : j’ai déjà signé un courriel adressé à un directeur de département avec « Je t’aime, David » (un automatisme quand j’écris à ma femme).

Mes étudiants aussi commettent parfois des maladresses. Certains sont trop formels (Très cher professeur Smith), d’autres sont trop familiers (Salut, David! Aurais-tu une seconde pour…) et d’autres, trop elliptiques (Où est votre bureau?). Habituellement, je conseille à mes étudiants de suivre les trois règles d’or du courriel (clarté, concision et courtoisie), d’éviter les excès d’humour, de formalité ou de brusquerie, et de proscrire les jurons et les émojis.

Il n’est pas toujours facile de clore un courriel convenablement. J’ai toujours eu un faible pour les formules traditionnelles comme « merci » ou « sincèrement ». Mais dernièrement, j’ai découvert l’agréable simplicité de ne signer que mon prénom à la fin d’un courriel : « Bonjour Don. Je devrais avoir terminé d’ici vendredi. David. » Quoi que vous fassiez, de grâce, ne soyez pas trop créatif. Il est si facile de ruiner un courriel parfaitement bien rédigé en écrivant « À plus tard mon canard » ou « Longue vie et prospérité ».

Une grande part de mes problèmes est attribuable à ma dyslexie et au fait que le courriel donne lieu à des coquilles gênantes, même chez les rédacteurs les plus avertis. C’est pourquoi je demande parfois à mon père de relire mes courriels importants. Eh oui, je suis un professeur adjoint de 36 ans qui demande à son papa de vérifier sa grammaire. Une autre tactique que j’emploie pour prévenir les erreurs consiste à désactiver le Wi-Fi avant de répondre à mes courriels. Cette méthode m’empêche d’être distrait par les messages entrants et bloque mes courriels dans ma boîte d’envoi. Avant de réactiver le Wi-Fi, je relis mes messages, y découvrant inévitablement des erreurs et trouvant souvent des tournures plus diplomatiques.

Les courriels nuisent indéniablement à mon bien-être et à ma productivité. De nos jours, le secteur des technologies de l’information s’ingénie sans relâche à intégrer les courriels à toutes les sphères de notre vie. Montres intelligentes, Internet à bord des avions, livres électroniques… je dois constamment lutter pour ne pas perdre ma concentration. Et l’enjeu est de taille : les courriels sont un dangereux écueil pour la créativité, qui est l’un des plus précieux atouts dans le milieu universitaire.

Parfois, j’arrive au bureau une heure et demie plus tôt avec l’intention de m’avancer dans la rédaction de mon manuscrit. Je m’installe avec un bon café, une douce musique jazz en arrière-fond, et je sens naître le germe d’une idée. Puis je succombe à l’irrésistible impulsion de consulter ma boîte de réception. Alors, ma créativité laisse place à une insidieuse procrastination tandis que je perds 30 minutes à lire des courriels sans importance. Quand je reporte enfin mon attention sur mon manuscrit, je finis inévitablement par retomber dans le même cycle infernal.

Pour sortir de cette impasse, je m’astreins à une discipline rigoureuse, que j’ai surnommée « la diète du courriel à 50 sous par jour ». Pour prévenir la consultation intempestive de mes courriels, j’ai supprimé de mon téléphone et de ma tablette toutes les applications de messagerie électronique. Ensuite, je mets de côté 10 pièces de 25 sous, soit 50 sous par jour de semaine. Une pièce de 25 sous me permet de consulter mes courriels pendant 25 minutes. Comme je ne peux utiliser que deux pièces par jour, j’ai droit à un maximum de deux séances totalisant 50 minutes (je transfère les pièces de ma poche gauche à ma poche droite pour ne pas oublier). Les pièces inutilisées peuvent être reportées à la fin de semaine, mais si elles sont épuisées, je prends congé de courriels le samedi et le dimanche.

Je suis cette diète depuis maintenant deux mois et je suis fier d’avoir repris le contrôle de mon temps et d’avoir achevé mon livre. Cette méthode ne convient pas nécessairement à tout le monde, mais le concept peut être facilement personnalisé (peut-être êtes-vous plutôt du type cinq pièces de dix sous par jour?). N’hésitez pas à faire preuve d’inventivité pour protéger votre créativité. Et ne laissez pas l’alerte sonore d’un courriel entrant empoisonner votre vie, c’est un accro qui vous le dit.

David Smith est professeur adjoint au département de biologie de l’Université Western.

COMMENTAIRES
Laisser un commentaire
Affaires universitaires modère tous les commentaires reçus en fonction des lignes directrices. Les commentaires approuvés sont généralement affichés un jour ouvrable après leur réception. Certains commentaires particulièrement intéressants pourraient aussi être publiés dans la version papier du magazine, ou ailleurs.

Your email address will not be published. Required fields are marked *

«
--ph--