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Conseils carrière

Les médias sociaux au service de la recherche

Il devient de plus en plus courant pour les chercheurs d’avoir une présence numérique développée et efficace.

par ANDRÉANNE APABLAZA | 19 NOV 20

À l’ère de la désinformation, quelle est la place des chercheurs dans le quotidien des internautes naviguant sur les médias sociaux? Un nombre grandissant d’utilisateurs considèrent ces plateformes comme une source d’information ou un outil de travail. Dans le cadre des Journées de la relève en recherche de l’Acfas qui ont eu lieu en ligne en octobre, un atelier a été offert aux participants afin de mieux comprendre l’utilité des médias sociaux en recherche. Julien Chapdelaine, conseiller stratégique aux médias sociaux pour les Fonds de recherche du Québec (FRQ) et animateur de l’atelier, recommande aux chercheurs souhaitant développer leur présence numérique – ou celle de leur organisme – d’établir des paramètres clairs.

Pour bâtir votre communauté intelligemment, le conseiller stratégique suggère d’abord de déterminer ce que vous souhaitez accomplir et comment vous comptez communiquer votre savoir. Il propose aux chercheurs de tenter de répondre aux questions suivantes, afin de bien établir leur ligne éditoriale et leur image numérique : quels sont vos objectifs sur les médias sociaux? Quel est votre public? Quelle est votre niche ou votre spécialisation? Quel ton voulez-vous employer et dans quelle langue? À quelle fréquence comptez-vous publier et dans quel format (articles, photos, vidéos)?

À chaque réseau son utilité

Même si la majorité d’entre elles sont décrites comme étant « sociales », les différentes plateformes utilisées pour diffuser de l’information comportent des caractéristiques distinctes qui pourraient orienter la stratégie numérique adoptée.

Facebook est le plus imposant réseau et la plus grande source d’information, explique M. Chapdelaine. Selon les données qu’il présente, le site compte près de 2 500 millions d’utilisateurs chaque mois. Axé sur les échanges et la communauté, Facebook est également le réseau le moins spécialisé qui s’adresse à un plus large public. Pour illustrer une bonne façon de se servir de Facebook, M. Chapdelaine prend l’exemple d’un des comptes qu’il gère lui-même, celui du scientifique en chef du Québec, Rémi Quirion. Sur cette page, les publications quotidiennes s’adressent au grand public et servent souvent à décortiquer l’actualité scientifique.

Twitter est la plateforme priorisée pour la diffusion rapide et percutante d’information, utilisée par beaucoup de journalistes et de politiciens, rapporte le conseiller stratégique. Plusieurs communautés spécifiques, comme celle de la recherche, y sont également actives, souvent grâce à des mots-clics, ce qui permet de suivre les débats de dernière heure et d’y ajouter ses opinions. L’exemple donné par M. Chapdelaine est le compte de Vincent Larivière, professeur à l’Université de Montréal et directeur scientifique d’Érudit. Celui-ci partage ses réflexions dans son domaine avec ses 2 600 abonnés. Sa capacité à rassembler une communauté intéressée par son contenu lui vaut un certain statut d’« influenceur » dans son domaine selon M. Chapdelaine.

Ce dernier explique que la plateforme Instagram, très populaire auprès des 13 à 35 ans, mise sur les photos et les vidéos de haute qualité. Si beaucoup de jeunes « influenceurs » s’y sont fait connaître et utilisent la plateforme à des fins de publicité, quelques universitaires ont su percer dans cet environnement. C’est le cas de Samantha Yammine une doctorante en génétique à l’Université de Toronto. Elle utilise la plateforme pour vulgariser des notions scientifiques et les partager avec ses 77 000 abonnés, parfois sous forme de texte accompagné d’une photo, parfois sous forme de vidéo. Elle maîtrise également l’art de la « story » –  les vidéos disparaissant après 24 heures  – une fonctionnalité d’Instagram parfois davantage consultée que les publications permanentes.

Le site de réseautage professionnel LinkedIn se veut la plateforme la plus recherchée qui permet de transmettre un message ciblé. Puisque le concept repose sur la création de contacts professionnels, il est plus difficile de suivre des tendances, de créer des mouvements et ainsi de se faire connaître. Néanmoins, certains chercheurs réussissent à tirer profit du site pour leurs travaux. C’est le cas de la chercheuse postdoctorale Marianne Falardeau qui utilise LinkedIn pour valoriser ses expériences et ses recherches sur le Nord auprès de près de 500 contacts.

Toutes sortes de vidéos se retrouvent sur YouTube : vidéoclips, tutoriels, blogues, compilations de vidéos d’animaux, etc. Même si cette plateforme semble être saturée de différents contenus, YouTube peut présenter d’intéressantes possibilités pour les chercheurs prêts à se lancer dans l’univers de la vidéo et du montage. Selon M. Chapdelaine, elle possède un important potentiel de visibilité et de découvrabilité. Il présente l’exemple de la chaîne L’Histoire nous le dira créée par Laurent Turcot, professeur à l’Université du Québec à Trois-Rivières. À ses 150 000 abonnés, l’historien offre des vidéos, habituellement d’une durée variant de 8 à 20 minutes, et portant sur des événements historiques ou des concepts expliqués par l’histoire. Ses vidéos combinent les formats du vlog et du documentaire.

Finalement, le dernier, mais non le moindre : TikTok. Utilisée majoritairement par les jeunes de 13 à 24 ans, la plateforme offre de courtes vidéos de quelques secondes souvent artistiques ou humoristiques selon M. Chapdelaine. Malgré le manque d’interaction et de contenu écrit, TikTok a le potentiel de rejoindre beaucoup plus de personnes plus rapidement, ajoute-t-il. L’Organisation mondiale de la Santé est un exemple de réussite : depuis le début de la pandémie, le compte s’est démarqué par ses vidéos informatives visionnées des millions de fois.

@who

Three factors can help you make safe choices when you’re in the area of widespread #covid19 transmission ⬆️

♬ original sound – World Health Organization (WHO)

Le conseiller stratégique souligne que chaque plateforme doit avoir un type de contenu et un langage différents. Il prend l’exemple de ce qu’il gère lui-même : le compte Facebook du scientifique en chef du Québec s’adresse au grand public alors que celui des Fonds de recherche du Québec (FRQ) s’adresse plutôt aux universitaires et aux chercheurs. Le compte Twitter de Rémi Quirion et la page LinkedIn des FRQ visent quant à eux la communauté scientifique et le milieu de la recherche.

M. Chapdelaine conclut qu’une stratégie bien établie, ciblée sur la plateforme choisie, est de mise pour bâtir son identité numérique, qui devient progressivement un atout important aux yeux des employeurs.

COMMENTAIRES
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  1. Julien Chapdelaine / 21 November 2020 at 17:30

    Merci pour cet article si exhaustif!