Pressions financières : les universités réclament une réponse fédérale

Un rapport presse Ottawa d’agir pour préserver talents, recherche et capacité d’innovation.

22 avril 2026
Graphique de Edward Thomas Swan, avec la contribution de Maya Schultz

Un rapport publié le 22 avril 2026 par Universités Canada (éditrice d’Affaires universitaires) et l’Association canadienne du personnel administratif universitaire (ACPAU) dresse un constat préoccupant sur la situation financière des établissements postsecondaires publics au pays et appelle le gouvernement fédéral à intervenir pour stabiliser le secteur. 

Le document, intitulé Bâtir des universités résilientes : assurer la viabilité financière, décrit un système fragilisé par un sous-financement persistant, la hausse des coûts d’exploitation, le vieillissement des infrastructures et une incertitude accrue sur le plan des politiques publiques. 

« Ces pressions sont désormais bien réelles, a indiqué Nathalie Laporte, directrice générale de l’ACPAU. Elles ont déjà de vastes répercussions sur la capacité du système, que ce soit sur le plan de la formation de la main-d’œuvre, de la recherche ou des infrastructures. Il faut maintenant adopter une approche mieux coordonnée entre les gouvernements et les établissements afin d’alléger les pressions financières, de renouveler les infrastructures, d’améliorer la planification à long terme et de créer les conditions propices à l’innovation et à l’adaptation. Sans changement de cap, on risque de miner l’une des plus grandes richesses du Canada. »  

Mme Laporte ajoute que ces pressions ne sont « plus abstraites » pour les personnes qui travaillent dans le secteur, évoquant des ressources étirées, des groupes plus nombreux, des fermetures de programmes et un affaiblissement de la capacité de recherche. 

L’un de ces leviers concerne la fiscalité. Le rapport recommande que le gouvernement fédéral accorde aux universités un remboursement intégral de la TPS/TVH, afin de l’aligner sur celui dont bénéficient les municipalités. Une telle mesure représenterait environ 240 millions de dollars d’économies annuelles pour le secteur.  

« Lorsque ces établissements sont sous pression, est-il vraiment logique qu’ils utilisent les droits de scolarité et les subventions publiques pour payer des taxes de vente au gouvernement fédéral ? Je ne crois pas », a déclaré M. Miller.  

La deuxième recommandation majeure du rapport appelle les ministères fédéraux à adopter une approche nationale mieux coordonnée en matière de talents, de compétences et d’immigration, afin d’arrimer les politiques publiques aux priorités économiques et régionales et de lever les obstacles qui freinent l’arrivée de talents au Canada. Les auteurs insistent sur les risques d’un manque de coordination entre les acteurs du secteur, particulièrement dans la foulée des récentes politiques fédérales en immigration, dont le plafonnement du nombre de visas pour étudiantes et étudiants internationaux instauré en 2024.  

Un récent rapport de la vérificatrice générale sur les modifications apportées au Programme des étudiants internationaux a notamment relevé qu’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada n’avait pas pris en compte les besoins des provinces de plus petite taille lors de la mise en œuvre de cette politique nationale, malgré son mandat et les efforts de ces provinces pour attirer et retenir des étudiantes et étudiants étrangers afin de compenser le vieillissement de leur population.  

« Nous ne pouvons pas avoir des gouvernements fédéral et provinciaux qui poursuivent des politiques contradictoires quant aux régions que nous voulons attirer ou aux talents dont nous avons besoin, a déclaré M. Miller. Il faut aligner les investissements en recherche, les stratégies de promotion à l’international et les politiques d’immigration afin d’envoyer un message clair au monde que nous voulons attirer les meilleurs talents. »  

Enfin, les auteurs appellent à la mise en place de mécanismes de protection fédéraux pour les universités en situation de crise financière, qui pourraient autrement être contraintes de cesser leurs activités ou de dépendre d’un sauvetage provincial complexe et coûteux.  

La législation fédérale, notamment le projet de loi C-59 adopté en juin 2024, a modifié la Loi sur la faillite et l’insolvabilité ainsi que la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies afin d’exclure les établissements postsecondaires publics de ces recours. L’Université Laurentienne, en Ontario, avait été la première université publique au Canada à recourir à cette loi en 2021 pour suspendre les réclamations de ses créanciers tout en réduisant ses coûts, fermant des programmes et réorganisant ses finances.  

Universités Canada et l’ACPAU estiment que les dirigeants du secteur doivent désormais plaider en faveur d’un « filet de sécurité » pour protéger les étudiantes et étudiants, la recherche et les collectivités. Celui-ci pourrait prendre la forme d’une solution propre au secteur ou d’un mécanisme de restructuration ordonnée, transparente et supervisée par les tribunaux, conciliant responsabilité publique et autonomie institutionnelle.  

Mme Laporte indique que le rapport, actuellement discuté par les acteurs du secteur lors de l’assemblée annuelle d’Universités Canada à Vancouver, servira de point de départ à « l’action coordonnée qui doit suivre ».  

Des risques à plus long terme 

Au-delà des pressions immédiates, le rapport met en lumière des risques structurels susceptibles de fragiliser davantage le secteur.  

Les tendances démographiques, notamment la croissance de la population jeune et le vieillissement de la main-d’œuvre, exerceront une pression accrue sur les universités, qui devront se développer tout en maintenant la qualité de leur offre. Selon Statistique Canada, le pays pourrait compter entre 218 000 et 488 000 étudiantes et étudiants universitaires supplémentaires d’ici 2040.  

Parallèlement, le vieillissement de la population devrait accentuer les pénuries de main-d’œuvre. Entre 2022 et 2031, près de 8 millions de postes pourraient être à pourvoir au Canada, principalement en raison des départs à la retraite, et les deux tiers exigeront une formation postsecondaire ou une expérience en gestion. Les impacts devraient être particulièrement marqués dans les régions rurales et dans les provinces à population vieillissante, comme Terre-Neuve-et-Labrador, la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick.  

Le rapport souligne également les risques pour les collectivités canadiennes qui dépendent des universités comme employeurs, moteurs de recherche et pôles de formation. De nouvelles compressions pourraient entraîner des pertes d’emplois et des répercussions économiques négatives à l’échelle locale.  

Plusieurs acteurs du milieu, dont le Bureau de coopération interuniversitaire du Québec, rappellent que la capacité d’innovation et de productivité du pays repose sur des universités financièrement viables, capables de former les talents et de soutenir la recherche à long terme.  

Malgré ces défis, Gabriel Miller se dit optimiste quant à la possibilité d’une action concertée entre les gouvernements et les acteurs du secteur pour répondre aux enjeux à venir.  

« Nous croyons que le gouvernement fédéral veut faire partie de la solution et nous voyons en le premier ministre quelqu’un qui comprend l’importance des universités et leur contribution à la société et à l’économie canadiennes », a-t-il déclaré.  

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