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Le Canada lance sa propre version de la charte Athena SWAN

Le nouveau programme pilote Dimensions visant à faire progresser l’équité, la diversité et l’inclusion dans les établissements postsecondaires canadiens sera lancé le 3 juin.

par ANQI SHEN | 22 MAI 19

Ce qui n’était au départ qu’une simple mention dans le budget fédéral de l’année dernière est maintenant réalité grâce au lancement de la version canadienne de la charte Athena SWAN. La ministre fédérale des Sciences et du Sport, Kirsty Duncan, s’est rendue à l’Université Wilfrid Laurier le 9 mai dernier afin de dévoiler le programme pilote Dimensions, qui vise à promouvoir l’équité, la diversité et l’inclusion (EDI) dans les universités, les collèges et les écoles polytechniques.

« [Les principes d’EDI] font partie de mes priorités depuis mon entrée en fonction. Les chercheurs et les étudiants doivent passer avant le reste, et je tiens à remercier les universités et les établissements d’avoir relevé le défi », a expliqué la ministre Duncan en entrevue, ajoutant que le nouveau programme pilote, qu’elle décrit comme « très ambitieux », se doit d’être « le plus inclusif possible ».

La première charte Athena SWAN a été créée en 2005 au Royaume-Uni par le groupe de promotion de l’enseignement supérieur Advance HE. Elle a depuis été adoptée en Irlande, en Australie et plus récemment aux États-Unis sous la forme d’un projet pilote. Le programme original était constitué d’une charte que les universités étaient invitées à ratifier, pour ensuite demander du financement en vue d’obtenir une mention bronze, argent ou or, en fonction de leur capacité à aider les femmes à accéder aux plus hauts rangs universitaires dans les domaines des sciences, de la technologie, du génie et des mathématiques.

La charte Dimensions est l’interprétation la plus large du programme jusqu’à maintenant. Elle englobe toutes les disciplines universitaires, en plus d’être conçue pour les quatre groupes désignés dans la Loi sur l’équité en matière d’emploi (à savoir les femmes, les peuples autochtones, les personnes handicapées et les membres des minorités visibles), ainsi que les membres de la communauté LGBTQ2+. Depuis l’annonce de la ministre, 18 universités ont signé la charte.

La participation au programme pilote Dimensions est volontaire et n’est pas liée au financement de la recherche pour le moment. Les lignes directrices de mise en candidature n’ont pas encore été publiées, mais le gouvernement invite les établissements à soumettre leurs lettres d’intention à compter du 3 juin. Ceux qui participeront au programme pilote devront se soumettre à un processus d’autoévaluation et de collecte de données, en tenant compte des caractéristiques uniques de leur campus. On ne sait pas encore combien d’établissements seront sélectionnés.

Depuis l’été dernier, plusieurs séries de consultations, tenues directement par la ministre ou dans le cadre d’ateliers organisés par le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie sur les campus de partout au Canada, ont orienté la conception de la charte et du programme. « À ma connaissance, plus de 1 000 personnes, administrateurs, professeurs, chercheurs et étudiants ont participé aux consultations. Quel bonheur de découvrir leurs idées, leurs histoires, leur travail et leur avis sur ce que nous devons faire de plus! », a souligné Mme Duncan.

Depuis quelques années, plusieurs initiatives d’EDI ont été mises en place dans le système d’éducation postsecondaire canadien. En octobre 2017, les établissements membres d’Universités Canada ont adopté un ensemble de principes d’EDI qui visent entre autres à mettre en commun les pratiques exemplaires, à renforcer les capacités et à améliorer la collecte et la diffusion des données. Par ailleurs, toutes les universités ont dû soumettre des plans d’action favorisant l’équité dans le programme des chaires de recherche du Canada avant 2018 afin de remédier à la sous-représentation des quatre groupes désignés parmi les titulaires.

Selon Wendy Therrien, directrice, Relations extérieures et recherche à Universités Canada, l’organisation se réjouit de la réponse positive du gouvernement aux commentaires reçus pendant les consultations pancanadiennes. « Nous savons entre autres que les initiatives de promotion de l’EDI varient d’un campus à l’autre. Ce qui est efficace à un endroit ne l’est peut-être pas ailleurs, mais peut quand même être source d’inspiration. En procédant avec un programme pilote axé sur l’apprentissage, nous saurons ce qui fonctionne ou non, et comment le programme peut être adapté. »

En plus du programme Dimensions, le gouvernement fédéral a annoncé les gagnants des subventions de renforcement de la capacité des établissements en matière d’EDI. D’une valeur de 5,3 millions de dollars, ces subventions sont dans un premier temps destinées à aider les établissements de petite taille à promouvoir l’EDI sur leurs campus.

L’Université Wilfrid Laurier compte utiliser sa subvention de 380 000 $ pour embaucher un conseiller principal en EDI, ainsi que deux professeurs et un adjoint à la recherche qui, selon Pamela Cant, vice-rectrice adjointe aux ressources humaines et à l’équité de l’établissement, formeront un réseau d’échange de pratiques qui veillera à éviter que les efforts des divers groupes en matière d’EDI se fassent en vase clos. « Nous sommes vraiment emballés par les occasions qui nous attendent. Je crois que beaucoup de possibilités intéressantes s’offriront à nous dans les prochaines années. »

« Le plan d’action du Programme des chaires de recherche du Canada a été un excellent point de départ pour améliorer les processus d’embauche d’universitaires. Nous y voyons une occasion d’évaluer la façon dont tous les postes seront pourvus à l’avenir », a ajouté Mme Cant.

L’Université Wilfrid Laurier s’intéresse aussi à ce qui définit l’excellence en recherche. « Je crois que, dans le passé, cette définition était plutôt restrictive. Il serait souhaitable que, en adoptant des méthodes inclusives d’évaluation de la recherche, différents types de recherche soient valorisés, [y compris] la recherche autochtone et communautaire. »

Les processus d’embauche et les préjugés inconscients jouent aussi un rôle clé poursuit Mme Cant. Par exemple, « nous avons évalué en profondeur la convention collective et collaboré avec le syndicat pour formuler des recommandations afin d’améliorer l’inclusion dans les méthodes d’embauche des professeurs ».

Parshati Patel est une astrophysicienne à l’Université Western. Photo de Dr. Patel & Henry Leparskas à Western.

Parshati Patel, astrophysicienne à l’Université Western et cofondatrice du groupe Women of Colour In STEAMM, appuie la nouvelle charte Athena SWAN canadienne. « Les nombreux désavantages avec lesquels nous avions toutes dû composer font partie des raisons qui nous ont menées à former ce groupe. Je crois que [cette initiative] a beaucoup fait parler, et pas seulement au sein des minorités. Les Blancs, qui sont assez privilégiés pour être conscients de la situation, se font aussi entendre. »

Pour sa part, la ministre Duncan espère que le programme apportera des « changements en profondeur ». « Il était déjà question, de la place des femmes en sciences avant même que je commence mes études de premier cycle, et le sujet est toujours d’actualité alors que les enfants de mes amis amorcent leurs études universitaires, explique-t-elle. Il faut saisir cette occasion d’accomplir de grandes choses ensemble. »

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