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Rendre le patrimoine scientifique visible

Les archives de l’Acfas inscrites au Registre de la Mémoire du monde du Canada.

par CATHERINE COUTURIER | 23 JUIN 22

Créé en 1992 par l’UNESCO, le Registre international du Programme Mémoire du monde vise à sensibiliser les gens à l’importance du patrimoine documentaire comme « mémoire » de l’humanité. En 2018, la Commission canadienne pour l’UNESCO (CCUNESCO) créait son pan canadien : le Registre de la Mémoire du monde.

Désormais, les archives de l’Acas s’inscrivent dans le Registre de la Mémoire du monde du Canada, aux côtés du Fonds d’archives du Séminaire de Québec, des archives des Augustines et des Archives photographiques Notman, et autres fonds d’importance. L’annonce a été faite le 15 juin dernier.

Les astres s’alignent

« On avait plusieurs signaux que c’était mûr pour nous », raconte Sophie Montreuil, directrice générale de l’Acfas. À l’aube de ses 100 ans, l’organisme est aussi récemment devenu partenaire officiel de l’UNESCO.

Alors que l’Acfas décide de déposer son dossier pour inclure ses documents imprimés au Registre, la CCUNESCO lui suggère de déposer également ses archives. S’entamera alors une collaboration avec l’Université du Québec à Montréal (UQAM) – qui héberge le fonds d’archive de l’organisme – afin d’accélérer la numérisation de ses archives. « Un des critères de sélection importants pour le comité de sélection du Registre était que les documents soient accessibles sur place, et idéalement à distance », précise Mme Montreuil. Il faut savoir que les archives de l’Acfas sont divisées en deux : les documents d’archives uniques, qu’on retrouve à l’UQAM, et les documents imprimés (livres, annales et programmes de congrès, etc.), déposés à la Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). Pour les documents confiés à la BAnQ, l’Acfas a amorcé le travail pour numériser et compléter les collections en 2016.

Une réflexion sur le patrimoine scientifique

Le dossier a été accepté en mars dernier, mais l’Acfas a préféré attendre un peu pour dévoiler la nouvelle lors d’un événement sur le patrimoine scientifique, en partenariat avec l’UQAM, la BAnQ, Bibliothèque et Archives nationales Canada. Si les chercheurs se concentrent sur la publication, l’entre-deux (témoignant des décisions, des méthodologies et des réflexions) est-il conservé? « Pour moi, c’est une grande question. Quelles seront les traces laissées, qui permettront d’étudier comment se faisait la recherche? », s’interroge Mme Montreuil. L’objectif de l’événement, auquel Jean-François Gauvin, professeur au Département des sciences historiques de l’Université Laval, a participé, était d’entamer une réflexion que l’Acfas souhaite nourrir.

Qu’est-ce que le patrimoine scientifique? « C’est la question que je me pose », répond M. Gauvin qui s’intéresse à l’histoire des sciences et dirige le programme de muséologie à l’Université Laval. On pense d’emblée aux objets et instruments collectionnés par les musées, mais le professeur estime que le patrimoine scientifique est plus large. En plus d’inclure les documents et les objets, la loi québécoise sur le patrimoine culturel adoptée en 2012 et amendée 2021 comprend également le patrimoine immatériel. « Quand on lit la définition, on parle de savoir-faire et de pratiques; ça peut s’appliquer aux laboratoires de science, où on retrouve des savoirs tacites », explique-t-il. Conserver ce patrimoine et le rendre accessible au public est le devoir des institutions. « Il faut y investir, sinon c’est tout un domaine des connaissances qui va en souffrir », poursuit-il.

Une vitrine pour l’avancement du savoir

Le Registre mondial offre ainsi une vitrine pour faire découvrir les archives de l’Acfas. « L’inscription permet de rendre publique l’existence d’un fonds très riche. Ce fonds est pertinent pour toute personne qui s’intéresse à l’avancement du savoir en français », résume Mme Montreuil. Pour les chercheurs, c’est une belle occasion d’accéder à un corpus accessible en majorité à distance d’une organisation importante pour la science depuis presque 100 ans. « Les chercheurs peuvent se servir des archives pour créer des données, et étudier l’évolution de la science », estime M. Gauvin.

Les archives de l’Acfas ouvrent une fenêtre sur l’évolution des disciplines, la présence des femmes ainsi que les thématiques populaires, et documentent non seulement l’histoire de l’organisme, mais aussi de la science en français. « Il n’y a pas de doute que comme regroupement scientifique, l’Acfas est fondamentale dans le développement de la science au Québec », croit M. Gauvin; d’où la pertinence de cette mise en vitrine.

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