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Après-pandémie : l’université tiendra compte de la convergence des enjeux de santé, de technologie et de société

L’expert en santé publique et prochain recteur de l’Université de Waterloo, Vivek Goel, explique d’où vient le trop-plein d’information sur la COVID-19 et ce qu’il entrevoit pour le milieu universitaire dans l’après-pandémie.

par LAURA BEAULNE-STUEBING | 11 MAR 21

S’il est une personne que l’on souhaite compter dans ses rangs pendant une pandémie mondiale, c’est bien Vivek Goel. Chercheur de premier plan en santé publique et défenseur d’une politique sanitaire basée sur des données probantes, le Dr Goel a fondé Santé publique Ontario, organisation gouvernementale indépendante créée en réponse à l’épidémie de SRAS de 2003, avant d’en devenir le PDG de 2008 à 2014. L’an dernier, lorsque l’état de pandémie a été déclaré, le Dr Goel a quitté son poste de vice-recteur à la recherche et à l’innovation à l’Université de Toronto. Il est alors devenu conseiller spécial du recteur et de la provost afin d’aider l’établissement dans sa planification pour lutter contre la COVID-19. Le Dr Goel siège aussi au Groupe de travail sur l’immunité face à la COVID-19 du gouvernement fédéral et est conseiller scientifique auprès du réseau de recherche CanCOVID.

Il deviendra recteur et vice-chancelier de l’Université de Waterloo le 1er juillet. Pendant la conférence annuelle d’Universités Canada (éditrice d’Affaires universitaires) à l’intention des directeurs des communications et des responsables des relations gouvernementales des universités, le Dr Goel a prononcé une allocution, le 17 février, sur la réponse du Canada à la pandémie et les leçons que le personnel universitaire chargé des communications pouvait en tirer. Il a alors souligné que le gouvernement fédéral avait investi environ 2 milliards de dollars dans la recherche sur la COVID-19 au cours des six premiers mois de la pandémie – soit à peu près le budget annuel des Instituts de recherche en santé du Canada – sans grande coordination entre les organismes subventionnaires. « Il s’en est suivi une multitude de publications, qui, selon la blague en vogue, se sont répandues aussi vite que le virus », a-t-il indiqué.

L’abondance de travaux de recherche a accru la couverture médiatique des prépublications (présentation des résultats préliminaires n’ayant pas encore fait l’objet d’une évaluation par les pairs), d’où le « trop-plein d’information » qui a créé une certaine confusion chez le public. Le Dr Goel a tenté de faire la part des choses dans son balado intitulé What’s next? COVID-19 pandemic, lancé par l’Université de Toronto à la fin de mars 2020 et diffusé jusqu’en décembre.

Après son allocution, le Dr Goel s’est entretenu avec Affaires universitaires sur son balado, et sur sa vision de l’université dans l’après-pandémie et ce qui l’a poussé à réorienter sa carrière vers l’administration universitaire. La transcription de cet entretien a été révisée et condensée pour plus de clarté.

Affaires universitaires : D’où vous est venue l’idée du balado? Comment avez-vous mis les choses en place si rapidement?

Vivek Goel : À partir de mars [2020], lorsque le premier confinement a été déclaré, la provost m’a demandé de faire des comptes rendus réguliers aux doyens et aux chefs de département. J’ai donc commencé à effectuer ces survols de cinq à dix minutes au début des réunions [et à] répondre aux questions. David Estok, vice-recteur aux communications, jugeait qu’il fallait rendre ces comptes rendus accessibles aux gens. Puis, ma présence était sollicitée à toutes sortes de rencontres universitaires. J’ai alors demandé s’il y avait moyen de toucher un plus large public sans avoir à répéter 25 fois la même chose.

Notre équipe des communications a été absolument formidable. Elle a installé un enregistreur sur mon téléphone et m’a expliqué comment [l’utiliser]. Nous avons ensuite écouté un certain nombre de balados et sommes arrivés à la conclusion que les courtes capsules d’information étaient le format le plus recherché par les auditeurs. Les sujets allaient être choisis selon les questions que je recevrais pendant la semaine des doyens ou de l’équipe d’intervention en cas d’incident. Puis, les auditeurs ont aussi commencé à envoyer des questions.

AU : Dans l’annonce de votre nomination à l’Université de Waterloo, on vous cite : « À Waterloo, je perçois déjà ce que sera une université dans l’après-pandémie. » Qu’entendez-vous exactement par « université dans l’après-pandémie »?

M. Goel : La pandémie a accéléré de nombreuses tendances qui s’esquissaient déjà, comme l’utilisation de Zoom ou de Teams pour certaines activités, le travail à domicile, l’enseignement à distance. Des chercheurs ont également pris un nouveau virage en s’investissant dans un travail pertinent de politique publique qu’ils n’auraient peut-être jamais entrepris auparavant. Parallèlement, le système de santé et la façon de prodiguer les soins ont eux aussi connu une petite révolution. Et le domaine social n’est pas en reste : les changements se sont intensifiés comme en témoignent le mouvement Black Lives Matter ou la vague de contestation contre les effets de la mondialisation. Pour les universités, tous ces éléments démontrent qu’il y aura un avant et un après février 2020.

Les formes virtuelles d’apprentissage s’imposeront probablement de façon durable dans le paysage pédagogique. Je suis fermement convaincu de la valeur de l’enseignement en personne, mais est-il pour autant réellement indispensable de remplir un auditorium d’étudiants pour qu’ils assistent à un cours? Certaines des activités ne pourraient-elles pas se dérouler virtuellement pour faciliter les choses aux étudiants et privilégier les expériences en petit groupe et en personne? Selon moi, l’université dans l’après-pandémie, ce sera la synthèse de toutes les tendances qui avaient déjà commencé à germer et qui ont aujourd’hui pris de l’ampleur.

Dans son rapport, Theresa Tam, administratrice en chef de la santé publique du Canada, évoque le cycle d’expansion et de ralentissement de la santé publique : en cas de coup dur comme le SRAS ou le virus Ebola, des fonds sont débloqués, puis ce financement prend fin au bout de quelques années. Pourtant, on ne suit pas cette logique pour les casernes de pompiers. L’absence d’incendie n’entraîne pas la fin des fonds accordés aux pompiers. Je pense qu’il y a là un élément culturel. [Il faut] veiller à ce que tous nos programmes d’études intègrent un socle de connaissances scientifiques et médiatiques. Comment pouvons-nous, en tant qu’établissements, nous assurer que les diplômés aient une compréhension globale de ces enjeux? Chaque étudiant, quel que soit son programme ou sa discipline, devrait véritablement défendre cette idée. Ce n’est qu’à ce prix que nous obtiendrons le changement culturel et le soutien à long terme dont le secteur de la santé publique a besoin. Je crains sinon que nous soyons condamnés à répéter le cycle de l’après-SRAS.

D’après moi, dans l’après-pandémie, l’université tiendra compte de la convergence des enjeux de santé, de technologie et de société.

AU : Pourquoi avoir intégré le domaine de la santé publique?

M. Goel : Comme beaucoup, je me suis lancé en médecine par désir de venir en aide aux malades. J’ai travaillé comme médecin en soins primaires et je me suis rendu compte que […] beaucoup de mes patients ne seraient pas venus me voir [s’ils avaient pu profiter] d’interventions, de programmes ou même de connaissances sur l’alimentation saine.

Lorsqu’on travaille en santé publique, c’est la collectivité, la province, voire le pays, dans son ensemble qu’on a pour patient. Et plutôt que de prendre en charge sa maladie, on s’emploie à le garder en forme. J’aime à penser que mon engagement dans l’administration universitaire obéit à une logique comparable. En tant que professeur ou chercheur, on enseigne à quelques étudiants ou on travaille sur un projet de recherche en particulier. Mais comme dirigeant universitaire, on peut faire bouger les choses pour des milliers d’étudiants et des centaines de chercheurs. Aujourd’hui, ce qui me plaît, c’est de travailler à redynamiser l’écosystème des recommandations scientifiques, en m’employant avec les sous-ministres à créer des liens entre chercheurs et représentants gouvernementaux. Ainsi, les travaux des uns nourrissent les politiques des autres.

Même si j’ai pris plaisir à faire de la recherche, à voir des patients et à enseigner à des étudiants, [mon] credo est désormais d’agir à l’échelle de la population tout entière afin d’atteindre plus de gens et d’améliorer les systèmes et les processus.

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