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Exemption des droits de scolarité pour les personnes ayant été placées en famille d’accueil

Un programme relancé par l’Université Laurentienne s’inscrit parmi d’autres du genre à l’échelle du pays.

par JESSICA NATALE WOOLLARD | 29 OCT 19

L’université laurentienne offre à nouveau la possibilité aux personnes qui ont vécu en famille d’accueil en Ontario pendant leur jeunesse de fréquenter l’établissement sans devoir acquitter de droits de scolarité. L’établissement prend à sa charge les droits de scolarité des étudiants au premier cycle qui ont été placés pendant au moins un an en famille d’accueil par une société d’aide à l’enfance ontarienne. L’exemption s’adresse aux personnes qu’on appelait à l’époque pupilles de l’État, et non pas à celles qui n’ont été que temporairement placées en famille d’accueil.

Lancé en 2012, le programme d’exemption des frais de scolarité de l’Université Laurentienne en a fait le premier établissement postsecondaire ontarien à abolir les droits pour les étudiants et les anciens ayant été placés en famille d’accueil par une société ontarienne d’aide à l’enfance. Ce programme est toutefois vite devenu redondant quand le gouvernement ontarien a choisi de financer les droits de scolarité de ces personnes – ce qu’il a fait de 2013 à 2018 avant que l’actuel gouvernement provincial n’apporte en janvier 2019 d’importants changements au Régime d’aide financière aux étudiantes et étudiants de l’Ontario, pour privilégier l’attribution de subventions et de prêts aux étudiants, ce qui a marqué la fin de l’exemption des droits de scolarité pour les étudiants à faible revenu. C’est ce qui a poussé l’Université Laurentienne à relancer son programme.

Étudiants à l’Université Laurentienne. Photo de l’Université Laurentienne.

Après vérification par Affaires universitaires, à part l’Université Laurentienne, aucune des universités ontariennes qui avaient proposé un programme d’exemption des droit de scolarité pour les personnes placées en famille d’accueil n’a relancé le sien.

Il existe des programmes semblables ailleurs au Canada, mais ils varient d’une province et même d’un établissement à l’autre. Chaque province ayant sa définition de l’expression « jeune placé en famille d’accueil », une personne peut avoir droit à l’exemption de ses droits de scolarité dans une province, mais pas dans une autre.

En Colombie-Britannique, par exemple, plusieurs universités de la province étaient dotées d’un programme d’exemption, ce qui a poussé le gouvernement à mettre sur pied un programme provincial en 2017. Ce programme prévoit l’exemption des droits de scolarité et des frais obligatoires pour les étudiants de 19 à 26 ans qui ont passé au moins 24 mois en famille d’accueil et qui fréquentent l’un des 25 établissements postsecondaires publics de la province. D’après des sources gouvernementales, dans l’année qui a suivi l’annonce du programme, le nombre de jeunes ayant vécu en famille d’accueil qui se sont inscrits au programme d’exemption de droits de scolarité a triplé pour atteindre 687.

Le programme initial d’exemption des droits de scolarité de l’Université Laurentienne est né d’une proposition d’Ashley Thomson, biblio-
thécaire formateur de l’établissement. Président de la Société d’aide à l’enfance de Sudbury-Manitoulin, dont il est membre du conseil d’administration depuis longtemps, M. Thomson a été, parmi d’autres, à l’origine de la relance du programme en question. « L’Université Lauren-tienne compte un important pourcentage d’étudiants de première génération et un nombre croissant d’étudiants autochtones. Nous sommes convaincus qu’une solide éducation peut changer leur vie », dit-il.

Contrairement au programme de la Colombie-Britannique, l’Université Laurentienne a jugé important d’éviter les restrictions et de rendre son programme accessible aux personnes de tout âge, explique M. Thomson. « Tous les anciens pupilles de l’État ne passent pas directement du secondaire au collège ou à l’université. Beaucoup d’entre eux mettent malheureusement quelques années à se rendre compte, seuls ou grâce à un mentor, que l’éducation est le moyen d’accéder à une vie meilleure. »

En 2012, l’Université de Winnipeg a été la première au Canada à lancer un programme d’exemption des droits de scolarité qui accueille chaque année en moyenne 25 étudiants au premier cycle. Sa vice-rectrice adjointe aux études, Jan Stewart, précise que le gouvernement
manitobain subventionne aussi les livres et les frais de subsistance des bénéficiaires. « Sans ce programme de subventions, jamais ces jeunes qui ont vécu en famille d’accueil n’auraient pu entrer à l’université. Désormais, ils en ressortent diplômés, dit-elle. À nous maintenant de trouver d’autres moyens de développer leur sentiment d’appartenance au milieu universitaire. »

À ce jour, 17 étudiants de l’Université de Winnipeg inscrits au programme ont obtenu leur diplôme, parmi lesquels Tyler Linklater, titulaire d’un baccalauréat en éducation physique et sanitaire depuis juin. « Ce programme donne vraiment une chance aux gens, affirme M. Linklater. Si je n’avais pas pu en profiter pour passer directement de la 12e année à l’université, je n’y serais jamais allé. » M. Linklater prévoit reprendre ses études universitaires pour voir son aptitude à l’enseignement reconnue.

En Colombie-Britannique, certains établissements continuent d’offrir leurs propres programmes allant au-delà du programme provincial. Lancé en 2013 et premier à voir le jour dans cette province, celui de l’Université de l’Île de Vancouver n’est d’ailleurs pas étranger à la décision gouvernementale de créer un programme provincial. L’établissement finance à même ses propres fonds l’exemption des droits de scolarité pour les étudiants qui ne répondent pas entièrement aux critères du programme provincial, à savoir tous ceux qui ont passé au moins un an en famille d’accueil, quel que soit leur âge. Refusant de plafonner le nombre de bénéficiaires, l’Université de l’Île de Vancouver organise des collectes de fonds qui aident à financer leurs dépenses (frais de subsistance, livres, etc.). En septembre, l’Université a accueilli 95 nouveaux étudiants dans son programme.

Le vice-recteur adjoint aux relations universitaires de l’établissement, William Litchfield, se souvient d’une conversation avec l’un d’eux : « Il m’a dit que beaucoup d’établissements avaient refusé de l’accueillir parce qu’il avait plus de 30 ans. Nous lui avons ouvert les bras, sans jamais le considérer comme un pupille de l’État, un orphelin ou je ne sais quoi d’autre, mais simplement comme un étudiant. »

Diplômée de l’Université Laurentienne et doctorante en sciences politiques à l’Université Western, Jane Kovarikova a grandi en Ontario dans une famille d’accueil. Elle est la fondatrice du Child Welfare Political Action Committee, organisation à but non lucratif qui plaide pour la modification du système de protection de l’enfance. C’est en partie à son action menée avec l’appui d’un autre ancien de l’Université Laurentienne, le député provincial Jamie West, que l’on doit la relance du programme d’exemption des droits de scolarité de l’établissement.

Au nom de son organisation, Mme Kovarikova s’est exprimée devant l’Assemblée législative provinciale au sujet de l’importance des programmes d’exemption des droits de scolarité. Son organisation a entre autres pour projet de répertorier tous les programmes de ce type au Canada et d’en évaluer l’efficacité (il n’existe actuellement aucun outil centralisé inventoriant ces programmes et aucune étude sur leur efficacité). « Des enquêtes ont montré qu’après 18 ans, la vie des jeunes qui ont vécu en famille d’accueil devient très difficile, souligne Mme Kovarikova. Au final, cela a un coût pour le gouvernement qui ne peut évidemment les abandonner. »

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