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La COVID-19 force l’apprentissage en ligne et le début d’une vaste transition

Si les professeurs demeurent en communication constante avec les étudiants, la méthode d’enseignement est moins importante que le contenu, selon un expert.

par EMILY BARON CADLOFF | 26 MAR 20

Compte tenu des ordonnances de l’état d’urgence émises dans la plupart des provinces et des nombreuses villes en quasi-confinement, les universités canadiennes ont pour ainsi dire fermé leurs portes. Débute donc une expérience pédagogique sans précédent tandis que les professeurs transforment massivement leurs cours en formation en ligne.

Sauf que leurs cours n’ont pas été conçus dans un contexte d’apprentissage à distance. Dans bien des cas, les professeurs n’ont eu qu’une semaine, voire un jour ou deux, pour remanier leurs cours et les adapter à un nouveau mode d’enseignement. Cette méthode d’élaboration de cours n’est vraiment pas idéale, mais les spécialistes de l’éducation admettent que c’est la seule option qui s’offre à eux pour l’instant. Les universités amorcent donc, collectivement, leur transition.

« La décision d’annuler les cours en salle n’a pas été prise à la légère, indique Benoit-Antoine Bacon, recteur de l’Université Carleton. Il est très difficile de passer à l’enseignement en ligne en aussi peu de temps. Pour y parvenir, les professeurs doivent se montrer pragmatiques et réalistes, mettre l’accent sur une démarche directe et communiquer régulièrement avec les étudiants. »

Annette Trimbee, rectrice de l’Université de Winnipeg, admet également qu’une telle décision entraîne d’énormes répercussions, mais trouve impressionnante la façon dont les membres du corps professoral et du personnel réagissent jusqu’à présent. « En tant que dirigeants universitaires, notre rôle est de freiner le chaos, inspirer le calme et donner espoir, mais il consiste aussi à amener les gens à donner le meilleur d’eux-mêmes. »

Au vu de l’annulation des cours en classe pour le reste du semestre et de l’annonce par certaines universités du maintien des cours en ligne au printemps et à l’été, les professeurs interviennent rapidement afin de ne pas trop déstabiliser les étudiants. Les spécialistes de l’apprentissage en ligne mentionnent certains points dont il faut tenir compte, surtout en ce qui concerne les professeurs qui amorcent un premier virage en ligne.

Il faut d’abord prioriser le contenu qui n’a pas encore été abordé et éliminer les notions non essentielles. Comme le semestre tire à sa fin, il est probable que les étudiants ont déjà assimilé une bonne part du contenu du cours. Parmi le contenu retenu, il faut mettre l’accent sur les notions les plus importantes et s’en tenir à une seule méthode d’enseignement.

George Veletsianos, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur l’apprentissage novateur et la technologie et professeur à la Faculté d’éducation et de technologie de l’Université Royal Roads, estime que ce n’est pas le moment de mettre de nouvelles technologies à l’essai. « Choisissez une plateforme : selon le cas, il peut s’agir, par exemple, de services de messagerie électronique, d’un système de gestion de l’apprentissage ou d’une plateforme d’apprentissage synchrone en temps réel. Tant que les professeurs demeurent en communication constante avec les étudiants, la méthode d’enseignement a moins d’importance que le contenu. »

L’efficacité pédagogique reposera essentiellement sur la clarté. Marc-André Carle est directeur de l’enseignement et de la recherche à l’Université TELUQ, l’université à distance francophone du Québec. Il souligne que dans un contexte de cours traditionnels en salle, les professeurs passent près de trois heures par semaine en compagnie de leurs étudiants. Ils ont donc une quinzaine d’occasions de réévaluer ou de rajuster le tir et bénéficient d’une rétroaction constante. L’enseignement en ligne ne fonctionne pas ainsi. Le professeur doit bien expliquer le contenu du cours et les résultats escomptés, et bien guider les étudiants dans leur apprentissage.

Au lieu de simplement afficher une lecture sur le forum Web du cours, M. Carle propose de préciser la durée et les attentes de tous les travaux. « Il suffit d’ajouter des lignes directrices simples comme : vous devez prévoir environ 90 minutes pour explorer le prochain thème et nous vous conseillons de le faire en une seule séance. »

Selon M. Veletsianos, c’est le moment ou jamais de sortir des sentiers battus pour établir la structure des travaux et des examens finaux. « Au lieu d’examens en personne, on peut envisager la création d’autres éléments, comme des enregistrements vidéo ou audio, ou la présentation d’un exposé en direct ou asynchrone ou d’un exposé individuel auprès du professeur. »

Évidemment, certains cours ne se prêtent pas très bien à l’enseignement en ligne. « Il y a plus d’options que celles qui sautent immédiatement aux yeux, précise Mme Trimbee de l’Université de Winnipeg. Par exemple, au lieu de faire un stage de quelques semaines dans une école à la fin de mars, l’étudiant en éducation pourra peut-être travailler avec un professeur en vue de trouver des façons d’interagir virtuellement avec les étudiants. »

Neil Fassina est recteur de l’Université Athabasca, l’autre université à distance du Canada. Son université a offert de l’aide et des ressources à des collègues de partout au pays qui, pour la première fois, se tournaient vers l’apprentissage à distance. Bien qu’il s’agisse de solutions temporaires en temps de crise, ce changement forcé pourrait stimuler l’innovation.

« Quand on pense aux technologies qui sous-tendent l’apprentissage en ligne aujourd’hui, on constate des bonds prodigieux par rapport à ce qui était offert il y a trois ou quatre ans, signale M. Fassina. La situation pourrait, souhaitons-le, sensibiliser le grand public aux nouvelles possibilités sur le plan de formation. »

En ce moment, il faut surtout faire preuve de souplesse et de compassion. Les étudiants et les professeurs vivent un profond bouleversement culturel et peinent à retrouver leurs repères. Terence Day, professeur au Collège Okanagan en Colombie-Britannique, a mené des travaux sur le maintien des activités d’apprentissage en cas de perturbations des cours. Publié en 2015, son article « Academic Continuity: Staying True to Teaching Values and Objectives in the Face of Course Interruptions » compte parmi les rares à traiter de l’annulation des cours en raison de catastrophes naturelles, d’actes de violence et de pandémies.

« Mes travaux ont révélé, par exemple, que les étudiants étaient plus réceptifs s’ils voyaient une image de moi à l’écran, plutôt qu’une diapositive PowerPoint, explique M. Day. L’enseignement et l’apprentissage sont des expériences profondément humaines. Il n’est habituellement pas très efficace de les circonscrire à une machine ou à une diapositive PowerPoint. »

C’est cette dimension humaine qui, de l’avis des spécialistes, incitera les étudiants et les professeurs à terminer la session et, de manière plus générale, à surmonter cette crise ensemble.

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