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Réussite virtuelle : la nouvelle réalité des soutenances en ligne

L’expérience semble plaire à la plupart des étudiants aux cycles supérieurs, qui se désolent toutefois de l’absence des célébrations habituelles.

par SUZANNE BOWNESS | 25 JUIN 20

Les doctorants croyaient que la gestion du stress serait le plus grand défi de leur soutenance de thèse. Ils se sont plutôt inquiétés de leur connexion wi-fi.

Depuis la mi-mars, les soutenances se déroulent en ligne dans les universités canadiennes. Cette transition comporte son lot de défis dont la sécurité, la qualité du son et la triste réalité de ne pouvoir féliciter les candidats en personne à la fin de leur présentation. L’expérience n’est pas celle dont ils rêvaient, mais la plupart des doctorants se réjouissent simplement de pouvoir aller de l’avant.

Changement de plan de dernière minute

Lorsque sa soutenance de thèse en sciences de la Terre et de l’environnement à l’Université de Waterloo a été fixée au 25 mars, Jessey Rice, qui vit actuellement à Ottawa, avait prévu séjourner chez ses parents au nord de Toronto jusqu’au grand jour. Il se déplacerait ensuite vers le sud, jusqu’au campus. Il a toutefois dû revoir ses plans rapidement. Le 19 mars, il a appris que le comité assisterait à sa soutenance de thèse à distance. Dès le lendemain, M. Rice et son superviseur, Martin Ross, professeur agrégé, en venaient à la conclusion qu’ils devraient faire de même. La connexion Internet étant instable dans la région rurale de ses parents, M. Rice s’est installé dans la chambre d’invité de sa tante.

La thèse de M. Rice porte sur la période glaciaire dans le nord-est du Québec, et elle est le fruit de trois saisons de travail sur le terrain. Pour sa soutenance, le logiciel de vidéoconférence Microsoft Teams a été choisi, en partie parce que sa fonction de sous-titrage serait utile à un membre du comité ayant un handicap auditif. Tout s’est parfaitement déroulé, si ce n’est d’un membre du comité brièvement déconnecté à cause d’un problème technique. « Je n’en revenais pas que les choses se soient aussi bien passées », raconte M. Rice.

Son superviseur abonde dans le même sens. « Dans les circonstances, tout s’est étonnamment bien déroulé. Encore mieux que ce que nous avions imaginé, alors que nous étions parmi les premiers du campus à faire la transition en ligne. » M. Ross précise d’ailleurs qu’il s’agissait de sa première soutenance de thèse virtuelle en 14 ans d’enseignement. Il a aussi tenu à remercier le personnel de soutien technique, qui est resté en ligne pendant toute la rencontre.

M. Rice se dit reconnaissant envers tous ceux qui ont contribué à la réussite de sa soutenance, même s’il aurait aimé pouvoir observer le langage non verbal de ses examinateurs. « Les interactions en ligne sont toujours légèrement décalées, et lorsqu’on présente une thèse, ces petits silences sont déstabilisants. L’absence de réaction immédiate de la part de l’auditoire peut compliquer les choses », explique-t-il.

Pour M. Ross, ce sont les conséquences sociales qui sont les plus marquantes. « Les soutenances de thèse occupent une place importante dans la vie universitaire et pour la dynamique d’un département », indique-t-il, en soulignant que plusieurs étudiants de son groupe de recherche comptaient assister à la présentation de M. Rice, tout comme les collaborateurs de recherche du secteur public. « C’est une étape importante. » La semaine suivante, M. Ross a organisé, avec son groupe de recherche, une fête virtuelle pour M. Rice.

Augustine Devasahayam, un étudiant au cycle supérieur de la Faculté de médecine de l’Université Memorial, a été le premier étudiant de l’établissement à défendre sa thèse de doctorat de façon virtuelle après la fermeture du campus en mars en raison de la pandémie.

Réaction rapide

À l’Université Memorial, une plateforme de vidéoconférence nommée BlueJeans est régulièrement utilisée par les membres externes du comité, car il est difficile et coûteux de les faire venir à St. John’s par avion. « Lorsque les soutenances en ligne ont commencé, nous avons pu nous adapter rapidement », se souvient Aimee Surprenant, vice-rectrice adjointe à l’enseignement et doyenne de l’École des études supérieures de l’établissement.

Hamed Tebianian est l’un des candidats au doctorat dont la soutenance de thèse a été présidée par Mme Surprenant. Son exposé sur l’électronique de puissance a suscité un tel engouement qu’elle s’est prolongée bien au-delà du temps habituel, pour finalement se terminer après plus de quatre heures. « Ce genre de soutenance qui déclenche les passions et suscite l’enthousiasme est toujours agréable », se réjouit Mme Surprenant.

De son côté, M. Tebianian a trouvé un autre avantage à la situation. « Le plus génial, c’est que je portais une chemise et un pantalon de pyjama », raconte-t-il en riant, en précisant avoir pris une photo souvenir pour l’occasion. M. Tebianian a soutenu sa thèse depuis son appartement de Boston, où il a déménagé pour occuper un nouvel emploi il y a quelques mois. Il ne cache pas sa déception de n’avoir pu retrouver ses anciens amis et collègues à l’Université, comme il l’avait prévu. « Nous avons passé beaucoup de temps ensemble et j’aurais vraiment aimé les revoir. »

Même si son établissement a plus d’expérience que les autres avec les soutenances partiellement virtuelles, Mme Surprenant affirme que leur nombre accru a amené l’Université Memorial à officialiser davantage le processus. Ainsi, un document de pratiques exemplaires est envoyé aux étudiants et aux examinateurs avant les appels, et les étudiants sont invités à tester leurs outils technologiques la veille de leur soutenance.

Mise à jour d’un plan datant du SRAS

Betsy Donald, doyenne associée de l’École des études supérieures à l’Université Queen’s, raconte que son équipe a récupéré un plan préparé à l’époque du SRAS et y a apporté quelques changements. La plateforme Microsoft Teams a été choisie, car le service des TI la connaissait bien. Là aussi, un document de pratiques exemplaires a été créé en même temps qu’une politique exigeant la présence en ligne de techniciens à chaque soutenance. Tous les membres du comité se connectent 15 minutes avant la rencontre, et une solution de rechange est en place (numéro de téléphone à composer si la connexion Internet est instable). Une procédure de déconnexion de l’étudiant a aussi été prévue pour permettre au comité de délibérer (le candidat devrait quitter la pièce si la rencontre avait lieu en personne).

Une soutenance de thèse virtuelle à l’Université Memorial en mars dernier.

À la fin d’avril, l’établissement avait entendu 49 soutenances et ne recensait aucune plainte importante. « Tout le monde a mis les bouchées doubles pour que les processus soient bien clairs et que les étudiants se sentent encadrés, explique Mme Donald. Nous pouvons ainsi nous concentrer sur le contenu plutôt que sur la technologie. » L’Université a aussi adopté une politique stipulant que les lacunes technologiques des étudiants ne pouvaient en aucun cas les pénaliser ou les faire échouer.

Mme Donald a participé à trois soutenances jusqu’à maintenant, et a même présidé le comité de neuf personnes ayant évalué la candidature de Sanober Umar, la première étudiante de l’Université à présenter sa thèse en histoire sur Microsoft Teams. Mme Umar, dont les travaux de recherche portaient sur les répercussions de l’islamophobie mondiale pendant la deuxième moitié du XXe siècle, considère le soutien de son comité et la reconnaissance de ses travaux comme les points forts de son expérience. Le plus déchirant a été de faire une croix sur la soutenance qu’elle avait imaginée.

« J’ai amorcé ce projet il y a cinq ans et demi, et j’ai toujours pensé que ma soutenance aurait lieu dans une grande salle d’examen, où je porterais une tenue élégante. À la fin, les membres de mon comité m’auraient félicitée et serrée dans leurs bras, puis nous serions sortis manger, explique Mme Umar, qui a défendu sa thèse depuis son petit appartement. Ce n’est pas grave, et il y a des choses bien plus préoccupantes dans la vie, mais ce n’est pas ce que je visualisais. C’était un peu décevant. »

Pour le moment, les comités trouvent toutes sortes de façons de célébrer. Dans le cas de Mme Umar, Mme Donald avait quelques ballons à la maison et les a montrés à l’écran, avec une affiche « Félicitations ». Lors des soutenances suivantes, elle a demandé à tous les membres de son comité de remplacer leur arrière-plan Microsoft Teams par des ballons.

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