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Conseils carrière

L’intelligence artificielle peut épauler les enseignants du milieu postsecondaire sans les remplacer

Avec une bonne planification et des améliorations réfléchies, l’intelligence artificielle peut devenir un outil pédagogique précieux pour les enseignants et les étudiants.

par GLEN FARRELLY | 07 JUILLET 21

L’intelligence artificielle (IA) occupe une place de plus en plus importante dans nos vies, et c’est sans surprise qu’elle gagne du terrain dans le milieu de l’éducation. Pendant les cinq années où j’ai enseigné dans deux universités canadiennes en me servant de l’IA, j’ai traversé un lot d’incertitudes et de difficultés. En me basant sur mon expérience et sur mes travaux de recherche, je peux témoigner des avantages potentiels de l’utilisation de l’IA, et offrir des conseils en la matière.

J’ai utilisé l’IA pour enseigner des laboratoires et des ateliers dans le cadre de cours en personne, ainsi que pour transmettre le contenu des deux cours en ligne que j’enseigne actuellement. Au moyen de sondages et de discussions, j’ai interrogé mes étudiants sur les aspects positifs et négatifs de leur expérience d’apprentissage avec l’IA.

L’IA au service des enseignants

Puisque je ne suis pas technophile, l’IA doit présenter une réelle valeur ajoutée pour m’interpeller, par exemple, en éliminant les tâches fastidieuses, répétitives et routinières. Certaines universités ont intégré des robots conversationnels à leur système de gestion de l’apprentissage pour répondre aux questions des étudiants, limitant ainsi le nombre de courriels dans lesquels on les invite à « consulter le plan de cours ». L’IA traite sans problème les demandes simples, elle peut s’opérer à grande échelle et peut être utilisée jour et nuit, ce qui convient aux étudiants. Si l’IA ne peut répondre à une question, elle la redirige de manière appropriée.

Dans mes cours, j’utilise cette technologie pour évaluer les réponses courtes des étudiants aux minitests. Ces tests leur permettent d’exprimer les concepts essentiels du cours dans leurs propres mots plutôt que de cocher des réponses prédéfinies. Bien que l’IA n’ait pas encore atteint un degré de précision et de cohérence suffisant pour attribuer des notes, ces tests sont un moyen intéressant de revoir les concepts clés des cours.

À un niveau plus avancé, l’IA peut offrir des possibilités d’apprentissage interactif et expérientiel. Elle peut, entre autres, servir de soutien pédagogique en donnant une rétroaction générale qui indique par exemple si les éléments essentiels se trouvent dans le premier jet d’un travail. Une autre technique pédagogique consiste à créer des mentors virtuels qui s’appuient sur le modèle du dialogue socratique pour guider les étudiants dans l’analyse, la mise en application et la réflexion qui entourent un sujet.

Par ailleurs, des simulations qui reproduisent les environnements contextuels et les facteurs conjoncturels propres au cours permettent aux étudiants d’apprendre en discutant et en faisant des exercices pratiques qui leur sont assignés par des protagonistes virtuels en fonction de l’objectif de la simulation. L’IA fournit ainsi une rétroaction ciblée pour une amélioration continue. Les simulations dans le domaine de l’éducation n’ont rien de nouveau, mais l’intégration de l’IA permet des échanges personnalisés et oriente le parcours d’un étudiant grâce à une analyse individuelle de ses interactions et de son travail. Selon moi, cette expérience personnalisée, conjuguée à l’apprentissage expérientiel, entraîne une assimilation des connaissances plus active et profonde. De plus, le recours à cette approche est sans risque pour l’étudiant, puisque l’évaluation est basée sur la participation.

Répondre aux préoccupations humaines

Même si l’intégration de l’IA est un projet technologique, elle génère de profondes inquiétudes chez les professeurs, les auxiliaires d’enseignement, le personnel de soutien et les étudiants. Il est essentiel d’anticiper ces craintes et d’y répondre de manière proactive.

L’une des craintes qui prévalent au sujet de l’IA est qu’elle remplace la main-d’œuvre humaine, ce qui n’a d’ailleurs jamais été l’objectif pour mes cours. Par expérience, je peux témoigner que le travail humain demeure absolument nécessaire pour soutenir cette technologie et les étudiants qui l’utilisent. Tous les cours font appel au même nombre de professeurs et d’auxiliaires d’enseignement ou de correcteurs, seule la nature de certaines des tâches change.

Du côté des étudiants, les principales préoccupations concernent l’expérience utilisateur et l’interaction avec l’IA. Actuellement, les limites du traitement du langage naturel se manifestent par une compréhension partielle des échanges écrits des étudiants. En revanche, j’ai constaté que plus l’IA interagit avec des étudiants, plus elle se raffine et les problèmes diminuent, mais il y aura toujours des erreurs de compréhension, puisque les humains utilisent le langage de manière complexe et parfois idiosyncrasique. Afin d’aider les étudiants à interagir plus efficacement avec l’IA, j’ai conçu des tutoriels contenant des conseils de communication (par exemple, éviter le slang ou le joual, vérifier l’orthographe). Des outils d’IA ont aussi été programmés de manière à ce que des humains (par exemple, des auxiliaires d’enseignement) puissent surveiller le travail des étudiants et intervenir pour résoudre les problèmes, guider les étudiants ou leur fournir des renseignements supplémentaires.

Je considère que la réflexion des étudiants à l’égard de leur expérience avec l’IA est un objectif d’apprentissage en soi. Puisque l’aisance avec l’IA devient une compétence professionnelle recherchée dans de nombreux domaines, il est non seulement utile que les étudiants aient une expérience exhaustive en matière d’IA, mais qu’ils réfléchissent de manière critique au rôle et aux avantages de cette technologie, ainsi qu’aux difficultés qu’elle présente.

Conseils pour intégrer l’IA aux cours

J’ai auparavant travaillé dans les domaines de la gestion de projets et de la conception de médias numériques, ce qui s’est avéré fort utile pour m’aider à surmonter les difficultés rencontrées tout au long du processus d’intégration de l’IA dans mes cours. Voici donc quelques conseils destinés aux enseignants qui envisagent d’utiliser l’IA :

  1. Se familiariser avec l’IA. Les technologies de pointe s’accompagnent d’une courbe d’apprentissage. Prenez le temps d’apprendre les termes et concepts clés et de comprendre comment l’IA peut s’insérer dans vos pratiques.
  2. Planifier le cours. Il est important de déterminer en amont votre démarche pédagogique et les objectifs d’apprentissage, puis d’évaluer comment l’IA peut les appuyer.
  3. Trouver un spécialiste de l’IA. À moins que vous ne soyez informaticien, vous aurez besoin d’un fournisseur de logiciels, puisque l’IA ne s’improvise pas.
  4. Recruter un gestionnaire de projet. Un tel projet technologique nécessitera beaucoup de travail. Vous aurez besoin d’une personne expérimentée en gestion de projets pour encadrer le projet et l’équipe de conception.
  5. Prévoir les aspects pratiques. Comme dans tout grand projet, il y aura un nombre impressionnant d’aspects pratiques à considérer, tels que les transferts de données, l’intégration EIA/SGA, les contrats, l’accessibilité, la protection des renseignements personnels et la sécurité.
  6. Gérer les attentes. Les professeurs, le personnel et les étudiants auront des questions et des inquiétudes, alors soyez proactif, clair et transparent sur le rôle de l’IA, la manière dont les notes sont attribuées, les endroits où les étudiants peuvent trouver de l’aide et la participation continue des enseignants.
  7. Tester et former. Comme pour tout projet technologique complexe, il y aura des bogues et des problèmes d’utilisation. Vous devrez donc effectuer des contrôles de la qualité et des tests pour favoriser l’amélioration de l’IA. Une formation est également essentielle pour les professeurs, les auxiliaires d’enseignement, les correcteurs et le personnel de soutien.
  8. Surveiller, signaler et améliorer. Mettez en place des méthodes pour signaler les problèmes, suivre les progrès des étudiants et recueillir leurs commentaires afin d’améliorer continuellement l’IA.

Au niveau postsecondaire, les outils basés sur l’IA varient du plus rudimentaire (robot conversationnel répondant aux questions simples des étudiants) au plus sophistiqué (possibilités d’apprentissage interactives et expérientielles). Les inquiétudes sont légitimes et les obstacles réels, mais la proactivité et l’ouverture facilitent les choses. Même si l’IA en est encore à ses balbutiements dans le milieu de l’éducation postsecondaire, elle permet déjà de proposer des cours intéressants et utiles qui ne seraient pas envisageables ou viables autrement. Avec une bonne planification et des améliorations réfléchies, l’IA peut devenir un outil d’enseignement précieux.

Glen Farrelly est professeur adjoint à l’Université Athabasca.

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