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CONSEILS CARRIÈRE

Passer du doctorat à un poste de professeur adjoint

Il faut être prêt à changer ses attentes et ses stratégies de départ pour accéder au marché de l’emploi universitaire.

par GRAHAM W. LEA, JUDITH WALKER & EE-SEUL YOON | 29 OCT 18

Vous avez presque tout terminé : les cours, les examens de synthèse et la proposition de recherche. Vous apportez la touche finale à votre thèse et vous vous préparez à la soutenir. Vous êtes épuisé, mais enthousiaste. C’est le moment de fêter, de repenser à ce que vous avez accompli et de vous tourner vers l’inconnu. Cette phase de transition entre le statut d’étudiant aux cycles supérieurs et celui de membre du corps professoral peut s’accompagner de questions : Comment vais-je gérer le passage des études au marché du travail? Devrais-je faire des études postdoctorales? Suis-je fait pour travailler dans le milieu universitaire? Comment devrais-je me situer? Qu’est-ce que je veux vraiment? Nous sommes trois professeurs adjoints récemment embauchés dans des universités canadiennes axées sur la recherche et nous vous donnons des conseils pour faire le saut entre le doctorat et un poste menant à la permanence dans le milieu universitaire.

Changer ses attentes

Ee-Seul Yoon : Après avoir postulé une dizaine d’emplois et obtenu deux entrevues dans des universités, je me suis rendu compte que mon doctorat d’une université axée sur la recherche et mon expérience en enseignement ne suffiraient pas pour obtenir un poste de professeure adjointe menant à la permanence en Amérique du Nord : je n’étais qu’une titulaire de doctorat parmi tant d’autres.

J’étais consciente de la valeur de la recherche postdoctorale, mais j’hésitais à me lancer dans cette aventure parce qu’elle ne me procurerait qu’un revenu temporaire et ne me mènerait pas nécessairement à un emploi. Mais lorsque j’ai reçu une bourse postdoctorale de deux ans du Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH), je l’ai prise et j’ai publié des articles, mis sur pied un nouveau programme de recherche et saisi de formidables occasions de service à l’étranger. J’ai aussi commencé à chercher un poste à l’extérieur de ma ville, ce qui n’a pas été facile pour ma famille, surtout pour mon conjoint, qui devait envisager la possibilité de devoir repartir à zéro.

Enfin, avant de me présenter à des entrevues sur le campus, j’ai bien étudié la manière dont mon travail universitaire pourrait profiter à la collectivité et à la population, que l’université est censée servir. Bref, j’ai appris qu’il faut être prêt à changer ses attentes et ses stratégies de départ pour accéder au marché de l’emploi universitaire.

Écouter sa petite voix intérieure

Judith Walker : Liée à Vancouver parce que mon conjoint y travaillait, j’avais limité ma recherche d’emploi aux deux grandes universités du Lower Mainland, soit l’Université de la Colombie-Britannique et l’Université Simon Fraser. En tant qu’étudiante étrangère, je détenais un permis de travail de trois ans. Je n’étais donc pas admissible aux bourses des trois organismes subventionnaires. J’avais joint, à temps partiel, un contingent de chercheurs postdoctoraux dans le domaine de la dentisterie qui avait obtenu plusieurs subventions à l’Université de la Colombie-Britannique. Ce travail me permettait d’appliquer les méthodes de recherche que je connaissais et d’en apprendre de nouvelles. Au cours de mes trois années là-bas, j’ai aussi enseigné en ligne pour l’Université de la Colombie-Britannique et l’Université de Calgary, et accepté d’autres contrats pour travailler à temps plein.

Je le faisais en attendant de trouver un « vrai » poste et de pouvoir enfin commencer ma vie d’adulte. Quand j’y repense, je me rends compte que ces occupations étaient de vrais emplois et des expériences enrichissantes qui m’ont formée en tant qu’universitaire. Plus d’un an après, j’ai passé une entrevue pour un emploi semblable à l’Université de la Colombie-Britannique. J’étais alors plus confiante. Je savais ce que je voulais et je me sentais à ma place dans cet établissement.

Ne pas s’oublier

Graham Lea : Pendant mes travaux de recherche postdoctorale, j’ai enseigné dans plusieurs universités. J’ai même fait une brève, mais intense, incursion dans un camp de réfugiés au Kenya. Environ deux semaines avant mon départ pour l’Afrique, j’ai été convié à une entrevue immédiate dans une prestigieuse université européenne. Même si je n’obtenais pas le poste, il s’agissait d’une excellente occasion de me faire connaître – l’évaluateur externe du comité était l’un des chefs de file de mon domaine.

À la fin de la journée exténuante d’entrevues et de présentations, on m’a demandé : « Si vous obteniez le poste, quels seraient vos objectifs pour la première année? » Après avoir donné les réponses que j’avais préparées, épuisé, j’ai dit sans réfléchir : « […] et j’aimerais établir un bon équilibre travail-vie personnelle ». Une intervieweuse s’est alors balancée sur sa chaise et m’a souhaité « Bonne chance! » en étouffant un rire.

Sans m’y attendre, je venais d’avoir un aperçu de la culture universitaire. Était-ce un bon milieu de travail pour moi? Finalement, je n’ai pas obtenu le poste, mais j’ai appris qu’un candidat pouvait aussi poser des questions. Aux entrevues suivantes (dont l’une s’est avérée fructueuse), en plus de répondre aux questions prévues, j’ai pris soin de poser à mon tour des questions pour bien comprendre l’environnement dans lequel j’allais peut-être travailler.

Graham Lea et Ee-Seul Yoon sont professeurs adjoints à l’Université du Manitoba; Judith Walker est professeure adjointe à l’Université de la Colombie-Britannique.

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