Quand la rédaction académique passe de la solitude à la sollicitude
Une étude révèle que les retraites de rédaction en groupe réduisent la détresse psychologique et favorisent le bien-être des doctorants et doctorantes.
Dans la foulée des récentes préoccupations sur le bien-être au travail et les risques psychosociaux dans les milieux exigeants, le travail académique ne fait pas exception, surtout pour la relève. Près de la moitié des doctorants et doctorantes souffre de difficultés psychologiques. Pourtant, ces personnes étudiantes sont brillantes, créatives et motivées à contribuer à la communauté scientifique. Alors pourquoi un tel mal-être et un tel taux d’abandon? Une piste d’explication réside dans l’isolement du parcours, particulièrement en sciences humaines et sociales.
On choisit ces disciplines parce qu’on aime réfléchir, échanger, comprendre l’humain. Pourtant, une fois inscrits en doctorat, c’est souvent seul qu’on passe ses journées à lire, écrire, douter, enfermés dans un bureau. Le paradoxe est brutal : comment un parcours consacré à la connaissance de l’autre peut-il être aussi solitaire ? Contrairement aux sciences naturelles et technologiques, les occasions de s’intégrer à une équipe de recherche ou à un laboratoire y sont plus rares. En outre, la responsabilité repose sur les épaules de l’étudiant ou l’étudiante, sur sa motivation et ses compétences rédactionnelles.
En réponse aux appels à l’action, les personnes chercheuses et cliniciennes, ainsi que le ministère de l’Enseignement supérieur pressent l’identification d’interventions permettant d’améliorer la santé mentale des doctorants et doctorantes. C’est à ce mandat que j’ai tenté de répondre en m’intéressant aux effets sur la santé mentale d’une pratique visant à briser l’isolement doctoral : les retraites de rédaction académique.
Dans une étude expérimentale menée avec 100 personnes doctorantes, j’ai comparé les effets d’une participation à une retraite de rédaction structurée de l’organisme Thèsez-vous à ceux d’un groupe contrôle. Les résultats sont impressionnants : la majorité des personnes participantes ont vu leur détresse psychologique drastiquement diminuer, et leur bien-être émotionnel, psychologique et social augmenter en comparaison au groupe contrôle.
Deux leviers principaux expliquent l’amélioration de leur santé mentale. D’une part, elles ont exprimé rencontrer une productivité hors du commun, grâce à la structure de travail claire, avec des blocs de rédaction en pomodoro entrecoupés de pauses d’écran et des outils de gestion des objectifs: la méthode SMARTER pour découper et structurer le travail. Cet avancement concret s’est avéré libérateur.
D’autre part, elles ont soulevé le plaisir lié à la socialisation entre pairs et l’apaisement de sentir qu’elles n’étaient pas seules à traverser les défis liés à la rédaction.
D’autres aspects, plus indirects, mais tout aussi appréciés par ces personnes, favorisent à créer un environnement propice à l’avancement et au bien-être, comme l’hébergement tout inclus ou le cadre immersif en nature, avec des activités de ressourcement comme de la randonnée.
Fait intéressant : les résultats de l’étude révèlent aussi que les effets ne sont pas les mêmes pour tout le monde. Certaines personnes ont surtout apprécié les moments de concentration et d’avancement, alors que d’autres ont été particulièrement sensibles aux pauses et activités sociales. Ce constat rappelle que les besoins varient d’une personne à l’autre et évoluent chez une même personne selon certaines périodes.
Que retenir ? L’enjeu ici dépasse la sphère doctorale. Les pratiques adoptées en retraite – communauté, structure, outils, pauses, ressourcement – parlent à l’ensemble de la communauté académique. Personnes étudiantes et chercheuses, professeures et professeurs, tout le monde éprouve parfois de la difficulté à prioriser sa rédaction, par manque de structure ou de motivation sociale.
Il ne s’agit pas ici de recettes miracles ni de self-care, mais de dispositifs concrets, , qui reconnaissent enfin que l’on vit mieux ses tâches de rédaction académique lorsqu’on se sent encadrés et entourés.
Dans le monde du travail académique où la santé mentale est fragilisée, il est temps de reconnaître ces retraites comme des leviers concrets pour prévenir la détresse psychologique et soutenir le bien-être. Ne pas les essayer, c’est se priver d’un outil puissant pour rendre la tâche universitaire centrale qu’est la rédaction plus humaine et plus viable, surtout dans les sciences humaines et sociales paradoxalement solitaires.
Postes vedettes
- Sociologie - Professeure adjointe ou professeur adjoint (féminismes, genres et sexualités dans les mondes noirs, africains et caribéens)Université de Montréal
- Études culturelles - Professeure ou professeurInstitut national de la recherche scientifique (INRS)
- Aménagement - Professeure adjointe / agrégée ou professeur adjoint / agrégé (design d’intérieur)Université de Montréal
- Architecture - Professeure adjointe ou professeur adjoint (humanités environnementales et design)Université McGill
- Sciences de la terre et de l'environnement - Professeure adjointe ou professeur adjoint (hydrogéologie ou hydrologie)Université d'Ottawa
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