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Fonds Nouvelles frontières en recherche : échéance difficile à respecter

Les demandes finales doivent être présentées au plus tard le 7 février, soit quelques semaines seulement après le lancement du concours inaugural.

par BRIAN OWENS | 17 JAN 19

Alors que de nombreux universitaires canadiens profitaient de quelques jours de congé durant les Fêtes, certains chercheurs en début de carrière ont dû se démener et monter un dossier pour le fonds Nouvelles frontières en recherche (FNFR), le nouveau programme de financement visant à soutenir la recherche interdisciplinaire à haut risque.

La création du FNFR a été annoncée au printemps dernier, dans le budget fédéral de 2018. Ce fonds permettra de consacrer 275 millions de dollars sur cinq ans, et 65 millions de dollars par année par la suite, à la recherche internationale et interdisciplinaire qui présente des risques élevés et qui nécessite des résultats rapides.

« Le fonds a pour objectif d’offrir des occasions différentes de celles qui sont habituellement offertes par les trois organismes subventionnaires et d’appuyer des propositions qui n’obtiendraient pas de financement autrement », explique Ted Hewitt, président du Conseil de recherches en sciences humaines et du Comité de coordination de la recherche au Canada, l’organisme qui a conçu le fonds à la suite d’une consultation nationale.

Le concours inaugural pour le volet Exploration a été lancé le 6 décembre dernier à l’intention des chercheurs en début de carrière. Il permettra d’accorder au moins 75 subventions pouvant atteindre 125 000 dollars par année pendant deux ans. Les concours pour le volet Transformation, qui visera des projets à grande échelle, et le volet International, qui donnera l’occasion aux chercheurs canadiens de participer à des projets internationaux, seront annoncés au printemps.

« Nous voulons d’abord offrir du soutien aux chercheurs en début de carrière parce que les besoins de ce groupe sont les plus criants et ils ont la volonté d’entreprendre des travaux de recherche novateurs, originaux et complexes », ajoute M. Hewitt.

Cependant, certains chercheurs qui prévoient soumettre une demande ne sont pas satisfaits du déroulement du programme en raison du manque de clarté des critères d’évaluation et du délai particulièrement court imposé pendant la période des Fêtes. Les chercheurs avaient jusqu’au 11 janvier pour soumettre un avis d’intention de présenter une demande, et ils ont jusqu’au 7 février pour présenter une demande.

Loren Martin, neuroscientifique comportemental et professeur adjoint à l’Université de Toronto à Mississauga, affirme que le plus difficile est de définir le mot « interdisciplinaire ». Il compte créer une nouvelle technique d’imagerie pour étudier la migraine qui combinerait la neuroscience, la physique et la chimie. « Ce projet est interdisciplinaire à mes yeux, mais je ne suis pas sûr que le comité d’évaluation soit du même avis que moi. »

Un autre problème est de trouver des collaborateurs interdisciplinaires en si peu de temps, comme l’explique Gareth Lim, chercheur sur le diabète au Centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal : « Les chercheurs en début de carrière n’ont pas de carnet d’adresses. Leur réseau n’est pas encore assez vaste. Trouver un codemandeur durant les Fêtes est particulièrement délicat. Personne n’ose déranger ses collègues. »

Il pense aussi que la courte période de financement, deux ans, ne laisse pas suffisamment de temps pour effectuer les travaux de recherche. « Je crois que la plupart des chercheurs seraient heureux de recevoir le même montant réparti sur trois ans. Sans compter que cette question est particulièrement importante sur le plan de la sécurité d’emploi du personnel. »

Lorsque les lignes directrices relatives aux demandes ont été publiées le 11 janvier, certains chercheurs ont été surpris de constater le peu d’espace alloué à la description de la recherche, soit une page et demie sur un maximum de cinq pages. Autre fait intéressant, une page est réservée pour démontrer que le projet est à haut risque et une autre sert à démontrer pourquoi le projet est à haut rendement.

« Comment peut-on évaluer la faisabilité et l’excellence des travaux de recherche sans avoir de précisions? », s’interroge Andrew Roger, biologiste moléculaire à l’Université Dalhousie, sur son compte Twitter.

M. Hewitt affirme que le caractère vague de l’appel de propositions est voulu. « Le premier appel est une sorte de processus exploratoire. Il est difficile de décrire ce que l’on demande quand on ne le sait pas encore soi-même. » Il ajoute toutefois que l’appel de propositions sera renouvelé régulièrement et que les demandeurs finiront par avoir une bonne idée du genre de demandes à présenter.

M. Martin et Lim aimeraient mieux que l’argent soit investi dans le programme régulier de subventions des trois organismes subventionnaires, mais ils vont quand même présenter une demande puisque l’état actuel du financement ne permet à personne de rater une telle occasion. « Des emplois sont en jeu, lance M. Martin. Si je ne trouve pas le financement nécessaire, deux chercheurs postdoctoraux devront se trouver un nouvel emploi ce printemps. Je dois étudier chaque possibilité. »

Bon nombre de chercheurs ont également été surpris d’apprendre que la création du FNFR entraînerait la fin du programme de longue date Réseaux de centres d’excellence (RCE), qui permet de créer des liens entre des chercheurs canadiens dans des domaines de recherche comme les cellules souches et l’Arctique. Ce programme devrait en effet être progressivement abandonné au cours des trois prochaines années. Cette décision du Comité de coordination de la recherche n’était pas mentionnée dans le budget.

Sammantha Yammine, doctorante en biologie des cellules souches et en neuroscience à l’Université de Toronto affirme que la suppression du Réseau de cellules souches, un des groupes financés par le programme RCE, est « inquiétant pour l’avenir de la recherche sur les cellules souches au Canada ». Elle explique avoir grandement bénéficié des formations et du réseautage du Réseau de cellules souches, qui lui ont permis d’acquérir des compétences techniques ainsi que des compétences plus générales en lien avec l’éthique, la loi et les politiques, souvent non enseignées dans les universités. Selon elle, les futurs stagiaires n’auront pas cette possibilité.

Mme Yammine collabore avec le Réseau pour créer une campagne en ligne avec le mot‑clic #WeAreStemCells visant à faire connaître des réussites en lien avec le Réseau dans l’espoir d’obtenir un sursis des décideurs.

M. Hewitt constate pour sa part que les programmes de financement connaîtront toujours des hauts et des bas en raison des changements de priorités des gouvernements. « La contribution des RCE est considérable, mais nous entrons dans une période de redéfinition des travaux de recherche qui ont besoin de financement. Il y a maintenant beaucoup plus d’argent en jeu et de nombreuses caractéristiques des anciens programmes comme les RCE seront appliquées aux nouveaux. »

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