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Conseils carrière

Conseils pour établir ses limites émotionnelles en tant qu’enseignant

Des stratégies concrètes qui vous aideront à soutenir efficacement vos étudiants.

par ANDREA EIDINGER | 04 FEV 20

Comme vous le savez probablement déjà, enseigner peut être épuisant sur les plans physique, mental et émotionnel, même si on aime son travail. Après une journée de cours et de rencontres à mon bureau, je me sens souvent complètement vidée. On exerce une grande pression sur les professeurs pour qu’ils soient attentifs aux besoins des étudiants et y répondent, en particulier sur les chargés de cours féminins, issus de la diversité sexuelle et racisés. Or, bien souvent, en tant que chargés de cours, nous n’avons pas accès au soutien institutionnel dont nous avons besoin pour satisfaire à ces attentes supplémentaires.

Bien que j’appuie sans réserve une démarche pédagogique axée sur l’empathie, j’estime qu’il est tout aussi important de prendre soin de soi. Dans un article qu’elle publiait récemment dans Affaires universitaires, Natalie Samson offrait d’excellents conseils à cet égard. En tant qu’enseignante, il m’est apparu particulièrement important de me fixer des limites émotionnelles bien précises.

Par « limites émotionnelles », j’entends les limites explicites auxquelles nous soumettons nos interactions et relations avec autrui, les lignes directrices qui définissent la manière dont nous voulons être traités et traiter les autres. Elles nous permettent de préserver notre bien-être émotionnel et de penser d’abord à nous. Elles sont essentielles dans nos vies personnelles comme dans nos vies professionnelles. Il se peut, par exemple, que vous ayez établi des limites strictes dans votre vie personnelle, mais que vous ne sachiez pas comment les transposer dans un contexte éducatif.

Je sais que cette prise de conscience n’est pas facile. J’ai donc pensé vous faire part des stratégies concrètes que j’emploie pour mettre en place mes limites émotionnelles en tant qu’enseignante. Bien qu’elles reposent sur mon expérience de chargée de cours, elles peuvent s’appliquer à bien d’autres domaines! Mes suggestions paraissent un peu simples, et elles le sont. Bien souvent, les chargés de cours font très peu attention à eux et, comme nous tous, ils ont parfois besoin qu’on leur donne l’autorisation de prendre soin d’eux. Voyons donc cet article comme une autorisation!

Définissez des plages horaires pour les courriels

Il s’agit un peu d’une solution en deux volets. La gestion des courriels peut être très fastidieuse pour les professeurs. On s’attend en effet à ce qu’ils répondent le plus rapidement possible aux messages. J’ai pris deux mesures pour éviter de me transformer en système de messagerie ambulant. Premièrement, je me fixe deux plages horaires pour lire mes courriels et y répondre, et je m’y limite. Je vérifie mes courriels une fois en fin de matinée et une fois en fin d’après-midi. C’est tout. Deuxièmement, je ne lis jamais mes courriels professionnels le soir ou la fin de semaine.

Laissez la poussière retomber

Un professeur d’expérience m’a un jour donné le sage conseil qui suit : j’instaure un embargo de 24 heures sur les courriels des étudiants les jours de remise de travaux corrigés afin de laisser la poussière retomber. Les étudiants ont ainsi le temps d’exprimer leur colère ou leur insatisfaction devant la note reçue, mais également le temps de se calmer. Une fois l’embargo levé, nous pouvons discuter de manière constructive à propos du travail en question. Cette façon de faire me permet en outre de répondre aux courriels plutôt que d’y réagir.

Respectez le fait que votre temps est précieux

Nous nous dévouons souvent corps et âme à nos étudiants, mais nous devons également respecter le fait que notre temps est précieux. De manière générale, je m’en tiens donc à mes heures de disponibilité et refuse de venir sur le campus les jours où je n’enseigne pas. Au besoin, je propose plutôt une rencontre par Skype à mes étudiants. Vous voulez pousser plus loin? Affectez des tâches administratives à des plages horaires précises. Vous pourrez ainsi les exécuter sans qu’elles monopolisent votre journée.

Établissez une distance

Cette idée me vient de Laura Ishiguro de l’Université de la Colombie-Britannique. J’inscris une liste de ressources d’aide aux étudiants sur mon plan de cours, par exemple le centre d’aide en rédaction, les services de conseils, d’information et de counseling, les ressources à l’intention des étudiants autochtones, les mesures d’adaptation pour les personnes handicapées, les centres d’aide aux victimes d’agression sexuelle et les lignes d’écoute téléphonique. Quand vous fournissez ce type d’information sur votre plan de cours, vous créez une certaine distance entre vous et les étudiants qui se confient à vous. Les étudiants se sentent appuyés tandis qu’ils vivent des moments difficiles. De votre côté, vous pouvez vous montrer empathique et les diriger vers les services de soutien présentés dans le plan de cours. Qui plus est, vous vous assurez ainsi que les étudiants obtiennent l’aide dont ils ont besoin auprès de spécialistes.

Formulez clairement vos attentes

Pour que les limites émotionnelles que vous tracez soient respectées, vous devez d’abord les énoncer clairement en début de semestre. Communiquez vos politiques en matière de courriels et d’heures de disponibilité, ainsi que vos autres pratiques, à vos étudiants. En ce qui me concerne, j’ajoute un énoncé relatif à la diversité et à l’inclusion à mon plan de cours. J’y décris mon engagement à créer un environnement d’apprentissage axé sur la sécurité et le courage. Je définis ainsi clairement mes attentes quant à la conduite de mes étudiants. L’énoncé précise aussi que j’aborderai en classe des sujets difficiles sur le plan intellectuel ou affectif. J’indique ainsi à mes étudiants qu’il leur faudra reconnaître et maintenir leurs propres limites émotionnelles. En exposant clairement mes attentes, je prends soin de moi et de mes étudiants.

Circonscrivez votre journée ou semaine de travail

J’ai encore de la difficulté à respecter cette limite. Livrée à moi-même, je travaillerais jusqu’à ce que mes yeux se ferment tout seuls. Heureusement, je parviens de plus en plus à délimiter ma journée de travail. J’ai un petit côté oiseau de nuit, si bien que même si 22 h peut sembler pour plusieurs comme une heure tardive, il me reste plusieurs heures de détente et de repos avant le coucher si je respecte cette limite. J’essaie également de me réserver au moins une journée de congé la fin de semaine.

Cultivez votre vie personnelle

Votre travail n’est pas votre vie et votre vie n’est pas que le travail. Vous avez peut-être l’impression qu’il vous faut mettre vos projets personnels de côté, faute de temps. Pourtant, ceux-ci sont essentiels au maintien des limites émotionnelles. Cultivez votre vie personnelle. Pratiquez un sport ou un passe-temps, ou voyagez. Pour ma part, j’aime bien l’artisanat textile et je pratique la course de fond depuis plus de cinq ans. C’est bien souvent grâce à ces activités que j’ai pu retrouver mon équilibre. Et si vous ne pouvez trouver le temps pour vos activités personnelles, inscrivez-les à votre agenda!

Faites appel à votre réseau de soutien

Le travail en milieu universitaire conduit parfois à un très grand isolement, si bien que bon nombre d’entre nous ont le sentiment d’être seuls. Mais vous n’êtes pas obligé de vivre dans la solitude. Vos amis et vos proches sont là pour vous. Quand vous sollicitez leur aide, vous démontrez qu’ils sont importants à vos yeux. Vous pouvez également faire appel à des groupes de soutien, que ce soit à l’université ou dans la collectivité.

J’espère que ces conseils vous ont été utiles. N’hésitez pas à m’envoyer des commentaires. J’aimerais vraiment connaître les stratégies que vous avez adoptées pour définir vos limites émotionnelles en tant qu’enseignants!

Andrea Eidinger a été chargée de cours dans plusieurs universités de la Colombie-Britannique. Elle est la créatrice et rédactrice du blogue Unwritten Histories, consacré à l’Histoire du Canada.

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