Soutenir le bien-être des personnes étudiantes à l’université : des pratiques à intégrer à son enseignement
L'étude de l'OSMÉES révèle des pratiques pédagogiques favorisant le bien-être des étudiantes et étudiants, visant à améliorer leur santé mentale tout en soutenant leur réussite académique.
Le bien-être et la santé mentale des personnes étudiantes sont au cœur des préoccupations de l’enseignement supérieur. Entre la pression des résultats académiques, l’anxiété de performance et les exigences de l’apprentissage autonome, nombreuses sont celles qui voient leur santé mentale mise à rude épreuve. Une récente étude de portée, qui n’est pas encore publiée, menée par notre équipe de l’axe T5 sur les pratiques pédagogiques de l’OSMÉES met en lumière des pratiques d’enseignement, d’évaluation et d’encadrement pouvant soutenir le bienêtre étudiant dans les universités canadiennes.
L’enseignement supérieur, un défi pour la santé mentale
Les universités d’aujourd’hui accueillent une population étudiante de plus en plus diversifiée. Si cette ouverture permet un accès élargi aux études, elle s’accompagne aussi de nouveaux défis. Pression pour performer, charge de travail élevée et incertitude quant à l’avenir sont autant de facteurs de stress. Dernièrement, une étude conduite par Roberta L. Woodgate, professeure à l’Université de Manitoba et ses collègues auprès de 593 personnes étudiant dans une université canadienne révélait que plus de 67 % des répondantes et répondants ressentent une anxiété qui impacte leur quotidien, et qu’une proportion non négligeable fait face à des symptômes dépressifs modérés à sévères.
Face à cette réalité, il est impératif d’adopter des pratiques pédagogiques favorisant un environnement d’apprentissage sain et bienveillant. En effet, des personnes étudiantes interrogées dans le cadre d’une étude de Émilie St-Pierre et Eve Pouliot identifient que certaines pratiques peuvent améliorer l’expérience étudiante, ce qui corrobore des résultats d’autres recherches au collégial et à l’université. Dans cet ordre d’idées, notre étude s’est penchée sur les pratiques d’enseignement qui non seulement soutiennent la réussite, mais aussi préservent et améliorent la santé mentale des personnes étudiantes.
Des pratiques bienveillantes pour un enseignement plus humain
Notre analyse de 32 recherches menées dans divers contextes universitaires a permis d’identifier 55 pratiques ayant des effets positifs sur le bien-être des personnes étudiantes. Celles-ci s’opérationnalisent notamment par le fait de:
- Offrir des activités d’enseignement et d’apprentissage qui favorisent les interactions entre pairs : Une pratique simple à implanter est d’intégrer des questions durant la présentation des contenus, mais de demander aux personnes étudiantes d’échanger deux minutes avec leur voisin ou en sous-groupes sur la question avant d’y revenir en classe.
- Présenter explicitement et clairement les attentes et expliquer les travaux : À cet égard, la grille d’évaluation des travaux ainsi que les critères peuvent être accessibles aux personnes étudiantes le plus tôt possible. Pour aller plus loin, discuter ou présenter des sections de travaux réalisés lors de trimestres antérieurs peut soutenir l’appropriation des attentes par les personnes étudiantes.
- Être facilement accessible pour communiquer dans et hors des heures de cours : Se montrer disponible pour répondre aux questions et apporter des précisions peut se traduire par une présence 15 minutes avant et après le début des cours ou encore, en proposant une plage horaire constante au bureau ou sur un lien de visioconférence. Répondre dans un délai de moins de 24 heures aux courriels démontre aussi cette disponibilité.
- Faire preuve d’empathie, d’ouverture et être disponible pour les personnes étudiantes : En continuité avec le point précédent, faire preuve d’empathie se traduit par une disponibilité non seulement pour les propos en lien avec le cours, mais aussi de démontrer une ouverture et de la compréhension face aux enjeux vécus par les personnes étudiantes. Par exemple, faire preuve de flexibilité quant aux échéanciers pour répondre aux besoins exprimés par ces dernières permet de démontrer de l’empathie.
- Utiliser la rétroaction fréquemment: Offrir la possibilité d’obtenir une rétroaction tout au long de la réalisation de certaines tâches permet aux personnes étudiantes de se sentir plus en confiance et donc, de soutenir leur bienêtre. Pour ce faire, proposer une remise partielle de certaines parties d’un travail ou mobiliser une séance de cours pour faire des entretiens avec des équipes de travail qui peuvent alors poser des questions spécifiques à leur production sont des pratiques possibles.
Ces pratiques s’intègrent dans un modèle écologique de la santé mentale, reconnaissant que celle-ci dépend non seulement de facteurs individuels (gestion du stress, compétences académiques), mais aussi contextuels (relations avec les enseignants, clarté des attentes, flexibilité des évaluations).
Un changement possible, ici et maintenant
L’un des points forts des pratiques identifiées est qu’elles peuvent être mises en place sans bouleverser le cadre institutionnel. Par exemple, la clarté des attentes, la diversification des modalités évaluatives ou la promotion d’interactions sociales sont des changements qui n’exigent pas de ressources matérielles supplémentaires, mais seulement une adaptation des approches d’enseignement.
Les universités peuvent aussi jouer un rôle central en offrant de la formation et du soutien au personnel enseignant pour intégrer ces pratiques. Encourager la rétroaction constructive, développer des systèmes de mentorat ou encore valoriser l’empathie dans la relation pédagogique sont autant de pistes d’action accessibles.
L’enseignement universitaire ne se résume pas à la transmission de savoirs, il façonne aussi l’expérience humaine des personnes étudiantes. En adoptant des pratiques qui soutiennent le bienêtre étudiant, nous pouvons non seulement améliorer la réussite académique, mais aussi offrir un cadre propice à une meilleure santé mentale.
Les universités, le personnel enseignant et les gestionnaires ont le pouvoir de transformer l’expérience étudiante en intégrant des approches plus humaines et bienveillantes. Loin d’être une utopie, ce changement est déjà en marche dans plusieurs établissements, reste à en faire une norme.
Pour aller plus loin :
La Station SME propose un grand nombre d’informations et d’outils pour contribuer à des pratiques pédagogiques favorables à la santé mentale de la population étudiante en enseignement supérieur. Visionner également cette série de vidéos portant spécifiquement sur ce sujet.
Cet article s’inscrit dans le cadre d’une série d’articles mensuels sur la santé mentale étudiante en enseignement supérieur portée par l’Observatoire sur la santé mentale étudiante en enseignement supérieur (OSMÉES) et l’Initiative sur la santé mentale étudiante en enseignement supérieur (ISMÉ).
Postes vedettes
- Études culturelles - Professeure ou professeurInstitut national de la recherche scientifique (INRS)
- Sociologie - Professeure adjointe ou professeur adjoint (féminismes, genres et sexualités dans les mondes noirs, africains et caribéens)Université de Montréal
- Architecture - Professeure adjointe ou professeur adjoint (humanités environnementales et design)Université McGill
- Aménagement - Professeure adjointe / agrégée ou professeur adjoint / agrégé (design d’intérieur)Université de Montréal
- Sciences de la terre et de l'environnement - Professeure adjointe ou professeur adjoint (hydrogéologie ou hydrologie)Université d'Ottawa
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