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Un chercheur dégage la longueur moyenne des mémoires et des thèses québécoises

par VÉRONIQUE MORIN | 5 janvier 2017

Pour tout étudiant qui se lance dans la rédaction d’une thèse de doctorat ou d’un mémoire de maîtrise, une question légitime se pose dès le début : quelle longueur mon document doit-il avoir?

Puisque personne ne pouvait y répondre avec certitude, Jean-Hugues Roy, l’ancien journaliste de Radio-Canada, devenu professeur à l’Université du Québec à Montréal, a décidé d’aborder la question grâce à des outils de données. Inspiré par un chercheur de l’Université du Minnesota, Marcus Beck, qui avait réalisé une recherche similaire, mais confinée à son université, M. Roy entreprend une quête faisant appel à la participation de toutes les universités du Québec.

Pour ce faire, il consulte les registres des dépôts institutionnels de thèses et de mémoires des 13 universités québécoises, disponibles en ligne. L’exercice lui permet d’abord de constater que certaines universités gèrent mieux leurs données. « Concordia a de belles métadonnées, alors que l’Université Laval est un véritable fouillis, affirme M. Roy. Quant au serveur de McGill, il n’arrêtait pas de crasher! » Pour chaque université, il doit écrire plusieurs scripts informatiques différents (en langage Python), ce qui lui permet de traiter les données. « Un véritable travail de moine, » dit-il en riant.

Malgré tout, en quelques semaines, il réussit à répertorier 55 000 documents, dont 40 000 mémoires et 15 000 thèses. « J’avoue que cela n’englobe pas tout et qu’il y a des trous. Mais je crois que cela représente 90 pour cent des ouvrages rédigés au Québec depuis 25 ans. »

À partir de cette mine d’informations, il réussit à dégager une moyenne. Toutes disciplines confondues, les mémoires de maîtrise font en moyenne 133,33 pages, alors que la moyenne des thèses de doctorat est de 251,3 pages.

Mais le plus gros du travail d’analyse reste à faire, puisqu’il cherche également à connaître l’état des lieux selon les disciplines. Il doit alors uniformiser les données en se fiant à la classification des domaines scientifiques et technologiques de l’OCDE.

Les résultats selon les champs d’expertise varient énormément. Ainsi, en droit, certains mémoires peuvent atteindre plus de mille pages, alors qu’en statistiques et en mathématiques, les thèses font quelques dizaines de pages.  « Cela n’est pas étonnant, souligne-t-il, puisque le record mondial de la thèse de doctorat la plus courte était détenu par un mathématicien : neuf pages pour un doctorat obtenu au MIT en 1966.

M. Roy s’intéresse également à la longueur des titres. Il fait alors la découverte que les titres s’allongent avec le temps. « On pourrait déduire que l’esprit de synthèse est en perte de vitesse, » remarque-t-il. L’un des titres les plus longs fait 378 caractères et porte sur le stress maternel, une thèse déposée en 2012 au département de psychologie de l’Université Laval.  (« Stress maternel prénatal et développement précoce : données de naissance, attention et sécrétion cortisolaire à trois mois. Association entre le stress maternel prénatal, l’âge gestationnel et le poids de naissance du bébé : une analyse d’études prospectives. Association entre le stress maternel prénatal, l’attention/éveil et la sécrétion cortisolaire de l’enfant à trois mois. »)

« Il y a de véritables trésors là-dedans, » dit M. Roy, qui s’est plongé dans la lecture de certaines thèses pendant des heures, tellement elles étaient fascinantes. Son souhait : intéresser les gens, dépoussiérer les thèses trop rapidement mises aux rancards, et faire connaître la production du savoir universitaire. Peut-être aussi, inciter les universités à collaborer pour uniformiser leurs données. Toutes les données recueillies par M.  Roy  sont disponibles sur son blogue.

« J’espère que ça va donner le gout à d’autres de pousser plus loin le travail. Il serait intéressant de faire le même exercice pour les universités du reste du Canada. »

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