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Actualités

Robert Lacroix et Guy Breton : regards croisés sur l’université québécoise

Un ancien et l'actuel recteurs de l’Université de Montréal présentent leurs ouvrages lors d’une discussion au Salon du Livre.

par CATHERINE COUTURIER | 24 JAN 20

Pour souligner la publication coup sur coup de deux ouvrages, celui du recteur actuel de l’Université de Montréal (UdeM) Guy Breton et celui de l’ex-recteur Robert Lacroix, les Presses de l’Université de Montréal ont organisé une table ronde au Salon du Livre de Montréal le 20 novembre 2019. Une bonne occasion pour entendre et mettre en dialogue les réflexions des deux hommes sur l’avenir de l’Université.

Constat : rien n’a bien changé depuis 20 ans sur les questions de fond, ni au Québec ni au Canada. « Les politiciens jugent tous l’éducation universitaire importante, mais quand arrive le moment d’investir, c’est une autre histoire ; le gain politique n’est pas important », affirme M. Lacroix. Pourtant, l’histoire de l’université est incroyable, rappelle-t-il. « L’université a été menacée à différents moments de l’histoire. C’est invraisemblable qu’elle ait duré si longtemps si elle n’avait pas répondu à un besoin. »

Manque de financement

Les deux recteurs ont tous deux évolué dans des conditions financières difficiles. M. Lacroix prend la barre de l’UdeM en 1998, alors que les universités subissent des compressions importantes depuis quelques années, raconte-t-il dans son livre Grandeurs et misères de l’université québécoise. Dr Breton, quant à lui, devient recteur en 2010, alors que les répercussions des grèves étudiantes de 2004 continuent de se faire sentir sur les frais de scolarités. « Les défis de fonds sont semblables : le manque de ressource et de reconnaissance de l’université. C’était vrai en 1998, et ça l’est toujours en 2020 », résume Dr Breton. Le manque de volonté politique provoqué par la vision à court terme des politiciens a mené à un déséquilibre par rapport aux autres universités canadiennes, croient les deux hommes.

Robert Lacroix (gauche) et Guy Breton au Salon du Livre de Montréal en novembre 2019. Photo de Université de Montréal.

Une partie importante du livre de M. Lacroix est par ailleurs consacrée à sa vision de la gestion des droits de scolarité, un sujet bloqué au Québec depuis 10 ans, après la grève des « carrés rouges », selon lui. « Essentiellement, la différence entre le financement des universités au Québec et dans le reste du Canada se trouve dans l’écart des frais de scolarité. » Mais un dégel des frais de scolarité au Québec ne devrait pas pour le moins être un prétexte pour le gouvernement à se désengager. « Il faut éviter les excès. Une répartition d’environ 30 pour cent des coûts couverts par les frais de scolarité, 50 pour cent par le gouvernement et 20 pour cent par la philanthropie est probablement la composition la plus efficace », explique M. Lacroix. Le reste du Canada se rapprocherait de cette répartition budgétaire. « Le Québec s’est détaché du système canadien en gelant les frais de scolarité et en ne compensant pas autrement », observe M. Lacroix.

« Le financement des universités québécoises est à peine égal à celui de 2012 », ajoute Dr Breton. Celui-ci voit pour sa part une piste de solution dans la modulation des droits de scolarité selon les programmes d’études, idée qu’il explore brièvement dans ses Carnets du recteur.

Manque de reconnaissance

Ce manque de financement traduit en fait un manque de reconnaissance de l’institution universitaire, s’accordent les deux hommes. « Les gens ont tellement confiance dans la qualité de nos universitaires qu’on est tenu pour acquis », croit Dr Breton. Des routes sur lesquelles nous roulons aux hôpitaux où nous sommes soignées, toutes les activités dont la population bénéficie passent par l’université. Or, ce n’est que 40 à 45 pour cent de la population qui passera en ses murs, dont la majeure partie pour les quelques années que durent les études de premier cycle.

Les universités, qui dotent la société de compétences tout en étant dépositaires des nouveaux savoirs, doivent mettre en valeur leur impact dans la société. Une mise en valeur qui doit être faite auprès du public, mais aussi de la classe politique, croient l’ancien et l’actuel recteurs. « Si l’université essaie de convaincre de sa pertinence, mais que les politiciens n’embarquent pas, le public ne sera pas convaincu non plus », souligne M. Lacroix. « On ne parle pas d’éducation postsecondaire parce que ça ne donne pas de vote. Ça prend des hommes d’État, pas des politiciens, pour sensibiliser la population, et qui vont décider de prendre le beau risque de financer l’université », affirmait M. Breton.

Pertinence de l’université

Malgré ce portrait plutôt sombre de l’état financier des universités, les deux hommes sont convaincus que cette institution perdura dans le temps. L’université est plus qu’une grande bibliothèque, et l’arrivée de la téléuniversité comme des cours en lignes n’ont pas réussi à signer son arrêt de mort ; ce milieu de vie perdurera, rappelle M. Lacroix : « C’est une période extraordinaire dans la vie des jeunes. Ils apprennent aussi sur la vie et sur eux-mêmes ». L’université québécoise reste prolifique du point de vue de la recherche, mais l’ancien recteur fait une mise en garde : « Le drame se passe au premier cycle. Compte tenu du sous-financement, on n’a plus les moyens d’encadrer la masse des étudiants universitaires ». Le recteur Breton, qui terminera son mandat en 2020, a toutefois confiance dans la capacité de l’université à s’adapter, et surtout que les jeunes trouveront les solutions pour faire perdurer cette institution. « L’avenir passera par les jeunes », conclut-il.

COMMENTAIRES
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  1. Jean Pasquero / 30 January 2020 at 17:49

    Que de banalités dans cet article! À l’heure de l’infox (fake news), de la remise en question de la science et de ses méthodes, de l’intelligence artificielle, du politiquement correct s’imposant sur les campus, de la réécriture de l’histoire à des fins partisanes, toutes tendances qui minent les bases mêmes de l’Université que l’on connaît depuis des siècles, tout ce que l’on apprend est: ça va assez mal, ça n’est pas nouveau, les politiciens sont nuls, mais on s’en sortira quand même. Qui faut-il blâmer: la journaliste, le contexte forcément simplificateur d’un entretien dans un salon, ou le contenu des livres des deux auteurs?