Les revenus des universités ont augmenté en 2023-2024 selon Statistique Canada

Les chiffres qui viennent d’être publiés sont antérieurs au plafonnement fédéral du nombre d’étudiantes et étudiants internationaux.

21 août 2025

D’après un nouveau rapport de Statistique Canada, les revenus des universités ont augmenté davantage que leurs dépenses pendant l’année universitaire 2023-2024.

L’étude portait toutefois sur la période antérieure au plafonnement imposé par le gouvernement fédéral en janvier 2024 aux permis d’études accordés aux étudiantes et étudiants internationaux, qui a entraîné la chute des revenus tirés des droits de scolarité.

« Les chiffres publiés sur la situation financière des universités en 2023-2024 indiquent que c’était alors le calme avant la tempête », note David Robinson, directeur général de l’Association canadienne des professeures et professeurs d’université.

Selon Statistique Canada, les revenus des universités ont atteint 52,4 milliards de dollars en 2023-2024, ce qui représente une augmentation de 3,5 milliards. Les dépenses, elles, ont crû moins vite, s’établissant à 48,7 milliards de dollars, en hausse de 2,3 milliards. Comme le montrent les chiffres publiés, les universités tirent la plus grande partie de leurs revenus des subventions provinciales et des droits de scolarité.

Statistique Canada indique que, à l’échelle nationale, les revenus provenant des droits de scolarité ont atteint 15,8 milliards de dollars en 2023-2024, soit la hausse la plus importante en quatre ans (+3,6 %). En ce qui a trait à la proportion de revenus tirés des droits de scolarité des étudiantes et étudiants du Canada et d’ailleurs, selon la région, on constate à la lecture du rapport que ce sont les établissements de l’Ontario qui dépendent le plus de cette source de revenus : la proportion est de 40 % dans cette province, alors que la moyenne nationale est de 30 %.

« Les chiffres indiquent que les universités se sont reposées davantage sur les droits de scolarité et moins sur les subventions d’exploitation, a déclaré M. Robinson à Affaires universitaires (AU). La baisse des revenus liés aux droits de scolarité des étudiantes et étudiants internationaux que nous avons constatée l’année dernière a mis en évidence un problème déjà ancien, celui de l’insuffisance du financement public. »

Compte tenu de l’inflation, le financement total accordé par les provinces et le gouvernement fédéral en 2023-2024 n’a été que légèrement supérieur à celui observé en 2016-2017, alors que la population canadienne passait de 35,9 à 41,5 millions de personnes dans l’intervalle.

Par ailleurs, comme le montre une analyse d’Universités Canada, (éditrice d’AU), environ 38 % des revenus des universités sont réservés à des fins bien précises, par exemple aux fonds de dotation associés à des programmes particuliers ou au soutien public de projets de recherche. Moins des deux tiers des revenus sont consacrés aux salaires et aux charges d’exploitation.

« Les établissements sont tenus d’en faire plus avec moins, constate Gabriel Miller, président-directeur général d’Universités Canada. On le voit bien depuis vingt ans : le financement public diminue. La hausse des coûts, l’inflation et le plafonnement du nombre d’étudiantes et étudiants étrangers soumettent les universités à de fortes pressions. Certes, elles prennent des mesures pour réduire leurs déficits, mais le sous-financement actuel ne fait rien pour faciliter la prestation des programmes et les travaux de recherche sur lesquels reposent pourtant la vitalité de l’économie canadienne et la préparation de la main-d’œuvre dont nous avons absolument besoin. Les universités forment les talents dont le Canada a besoin et réalisent des percées majeures dans les secteurs de l’intelligence artificielle, de la défense, des minéraux critiques et des soins de santé. Investir dans les universités, c’est investir dans l’avenir du Canada. » 

La baisse des revenus tirés des droits de scolarité payés par les étudiantes et étudiants étrangers est de mauvais augure

Ces dix dernières années, dans un contexte où le soutien des provinces aux établissements d’enseignement postsecondaire a stagné, voire diminué, les collèges et universités ont misé sur les droits de scolarité payés par les étudiantes et étudiants internationaux pour accroître leurs revenus. Or le gouvernement fédéral a fixé à 485 000 le nombre de permis d’études pouvant être accordés en 2024. En 2025, ce nombre est passé à 437 000, soit une réduction de 10 %. La manne des droits de scolarité s’amenuisant, les établissements ont dû réduire leurs dépenses et supprimer des emplois.

La porte-parole du Conseil des universités de l’Ontario (CUO), Dayana Fraser, n’a pas voulu commenter le rapport de Statistique Canada, mais le Conseil a réclamé récemment plus de financement pour les établissements postsecondaires.

En mai, après la publication du budget de l’Ontario, le président du CUO, Steve Orsini, a déclaré : « Les grands défis financiers que doivent relever les universités mettent en difficulté les étudiantes et étudiants, les entreprises et l’économie en général. »

En Ontario, les droits de scolarité ont été gelés en 2019, ce qui complique encore plus les choses. Cette mesure, couplée à « une baisse marquée du nombre d’étudiantes et étudiants internationaux, a entraîné des coupes de plus de 550 millions de dollars dans les dépenses au cours des dernières années », a ajouté M. Orsini.

Au Québec, le Bureau de coopération interuniversitaire (BCI) évalue à 200 millions de dollars la diminution en revenus que subiraient les universités québécoises. 

En janvier, M. Orsini avait déjà confié à La Presse canadienne que les universités ontariennes prévoyaient que la diminution du nombre des étudiantes et étudiants internationaux entraînerait pour elles des pertes de 330 millions de dollars pour l’exercice financier en cours et de 600 millions de dollars pour le prochain exercice. Au Québec, le Bureau de coopération interuniversitaire (BCI) évalue à 200 millions de dollars la diminution en revenus que subiraient les universités québécoises. 

Un financement provincial très variable d’une région à l’autre

Le rapport de Statistique Canada indique que, bien qu’ayant augmenté, le financement provincial varie beaucoup d’une région à l’autre. C’est en Colombie-Britannique que la hausse a été la plus marquée (12,5 %), alors qu’on a observé en Nouvelle-Écosse une baisse de 20 %.

L’augmentation des revenus provenant des droits de scolarité a été la plus marquée à Terre-Neuve-et-Labrador (14 %). En Saskatchewan, elle a été de 12 %.

L’augmentation observée dans la province la plus orientale du Canada fait suite à la levée du gel des droits de scolarité instauré en 1999. L’Université Memorial a décidé de les rehausser quand le gouvernement provincial a annoncé qu’il allait mettre fin graduellement à l’aide apportée pour compenser le gel en question.

En 2022, l’Université Memorial a plus que doublé les droits pour les étudiantes et étudiants canadiens, les faisant passer de 255 $ par cours à 600 $. Par ailleurs, une hausse de 4 % par année est appliquée jusqu’en 2026, et ce, pour l’ensemble des étudiantes et étudiants.

« Ces changements n’ont pas été décidés de gaieté de cœur, déclarait en 2021 la rectrice de l’époque, Vianne Timmons. Notre université n’a jamais eu à relever un tel défi. »

La Fédération canadienne des étudiantes et étudiants s’est « opposée avec véhémence » aux augmentations des droits de scolarité, rappelle Nicholas Keough, président de la composante de Terre-Neuve-et-Labrador.

« Ces hausses ont pesé lourdement sur les étudiantes et étudiants, a ajouté M. Keough à AU. Dans les années qui ont suivi, certaines banques alimentaires des universités ont fermé et les inscriptions aux études de premier cycle ont chuté de 20 %. »

Pour soulager le fardeau des étudiantes et étudiants, la province propose davantage de prêts et de bourses. « Grâce à la bonification du programme provincial d’aide aux études, [ces derniers] seront plus nombreux à obtenir un soutien financier et les fonds offerts seront plus importants », affirme Bernard Davis, ministre de l’Éducation et du Développement de la petite enfance.

Les revenus de placement ne profitent pas de la même manière à tout le monde

Le rapport de Statistique Canada met en évidence un fait particulièrement marquant : en 2023-2024, les revenus de placement des universités ont atteint un total de 4,2 milliards de dollars, soit près du double de l’année précédente.

On y fait toutefois une mise en garde : « Les revenus d’investissements ne sont pas une source de revenus garantie; ils sont influencés par les conditions économiques, ce qui peut faire en sorte que les revenus d’intérêts sont plus élevés pour certaines années que pour d’autres. »

D’un établissement à l’autre, la situation varie en fonction des fonds de dotation. L’Université de Toronto détient 3,6 milliards de dollars en placements, alors que sa voisine, l’Université York, ne possède que 608 millions.

« Je pense que de tels écarts entre les universités sont l’une des principales raisons pour lesquelles ce rapport général de Statistique Canada induit en erreur », dit Ellie Perkins, présidente de l’association des professeures et professeurs de l’Université York.

« L’Université York a différé des travaux d’entretien qui se chiffrent à 1,3 milliard de dollars, précise Mme Perkins. Sur les campus, nombre de bâtiments ont été construits dans les années 1970. Certains devront bientôt être remplacés, car leur rénovation serait trop coûteuse. En l’absence de fonds de dotation assez importants et d’attention de la part du gouvernement, notre université a délaissé l’entretien et choisi d’autres avenues. »

Les dépenses continuent d’augmenter

Statistique Canada signale que la hausse des dépenses des universités s’est poursuivie partout au Canada. Elle a été de 5 % en 2023-2024, ce qui les a portées à 48,7 milliards de dollars. L’écart est énorme avec la croissance moyenne très modérée (0,1 %) des cinq années précédentes.

Les augmentations observées par rapport à 2022-2023 ont notamment concerné les déplacements (+21 %) et les services confiés en sous-traitance (+13 %). Les honoraires professionnels ont augmenté de 10 %.

Les salaires et les avantages sociaux (le principal poste de dépenses des universités) ont représenté 60 % du total; la hausse a été de 5 % en 2023-2024.

« La croissance des dépenses salariales est surtout attribuable au renouvellement de conventions collectives et à des paiements rétroactifs, qui ont pris en compte le taux élevé d’inflation depuis la pandémie et se sont traduits par une hausse de la rémunération », a précisé Statistique Canada dans son communiqué de presse.

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