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Conseils carrière

Le pouvoir insoupçonné des retraites intellectuelles

En vous installant dans un nouvel environnement, loin des distractions habituelles, vous pourrez vous concentrer plus facilement sur vos tâches ou projets.

par ELIZABETH WELLS | 01 FEV 24

Le concept de retraite n’est pas compliqué : il s’agit de partir pour se consacrer pleinement à une activité (comme le yoga) ou se ressourcer (par exemple en méditant). Il en existe pour les couples en thérapie, les membres du clergé, les proches aidant.e.s, les personnes qui ont remporté des prix ou distinctions… L’idée, c’est de se retrouver entre esprits familiers.

Dans cette chronique, je vous en propose une version libre et autonome : une retraite spécialement conçue pour le travail universitaire. Pour beaucoup d’entre nous, il est très difficile de réussir à séparer et à compartimenter les différents aspects de notre vie. Entre l’enseignement, la maison, la famille et la recherche, difficile de savoir où donner de la tête. Sauf exception, nous devons généralement jongler avec toutes ces responsabilités chaque jour, dans l’ordre et le désordre. De nombreuses études montrent que le passage d’une tâche à une autre exige énormément de ressources cognitives (et qu’on met jusqu’à 20 minutes à retrouver sa concentration après une interruption); or, c’est souvent inévitable dans une journée typique. Et même si l’idée de se garder un dimanche matin tranquille pour avancer sa rédaction peut être tentante, nous ne devrions pas avoir à sacrifier nos temps libres pour travailler en paix.

De plus, la plupart de nos projets requièrent plusieurs heures d’efforts soutenus : le temps de nous motiver, de retrouver nos repères et d’atteindre notre objectif, la moitié de la journée a parfois filé. Et lorsque l’horaire est chargé et que les échéances sont serrées, la culpabilité n’est jamais bien loin au moment de bloquer plusieurs heures au calendrier (ou nous ne voyons tout simplement pas comment y arriver).

C’est là que la retraite intellectuelle peut être utile.

Mes suggestions : prévoyez d’une demi-journée à une journée complète, partez avec un.e ami.e ou un.e collègue et éloignez-vous de votre lieu de travail et de votre maison. Pourquoi?

  1. Pour réellement faire avancer un projet, particulièrement un que vous évitez parce qu’il « nécessite trop de temps », vous aurez besoin d’au moins trois heures, voire une journée complète.
  2. La présence d’une tierce personne est importante pour vous aider à respecter vos engagements : vous pourrez lui rapporter vos progrès, lui mentionner vos objectifs… Et bien sûr, profiter de sa compagnie! Pour ma part, j’allais souvent travailler dans un café avec quelqu’un d’un autre domaine. Les bruits de fond (et la caféine) aidaient à la concentration et nous pouvions grignoter de temps à autre. Nous avions nos propres projets et comme nous avions convenu de ne pas parler des détails de nos projets, nous comparions régulièrement nos progrès durant nos pauses. La présence silencieuse d’une autre personne m’incitait à ne pas dévier de mes objectifs.
  3. La retraite ne peut avoir lieu au bureau ni à la maison. Les distractions sont tout simplement trop nombreuses et la tentation d’entreprendre une autre tâche ou un autre projet, trop forte. Optez plutôt pour un coin silencieux dans une bibliothèque que vous ne visitez pas souvent, un café (si vous pouvez tolérer les bruits de fond) ou un bâtiment ou un endroit que vous n’associez normalement pas au travail. L’accès au Wi-Fi peut être utile, mais si vous n’avez pas besoin d’Internet, mieux vaut le couper afin d’éviter la tentation des réseaux sociaux.

L’été dernier, je devais faire une révision majeure d’une proposition de livre, mais je n’avais tout simplement pas l’énergie mentale de m’y mettre entre mes autres projets et tâches. Comme il s’agissait de ma proposition la plus importante de l’année, j’ai décidé de passer trois jours dans un endroit éloigné, seule, pour la repenser en profondeur. J’ai pu avoir accès à une salle de réunion dans une église de la région (climatisée, ce qui était essentiel) qui risquait fort d’être déserte pendant la semaine. On m’a gentiment déverrouillé la porte et donné le mot de passe du Wi-Fi. J’ai apporté mon repas, mon ordinateur portable et quelques blocs-notes pour y consigner mes idées. Repenser le projet m’a pris une heure, mais seulement parce que je savais que j’avais trois jours complets devant moi. J’avais tenté de m’y atteler plus d’une fois, sans succès; je me sentais submergée par tout ce que j’avais à faire et j’avais besoin de plus de temps et d’espace. Pour travailler efficacement, je devais m’y consacrer pleinement, sans penser à rien d’autre. Le reste de mes trois jours? J’ai travaillé sur d’autres projets, avec bien plus d’efficacité maintenant que le poids de la révision ne me pesait plus sur les épaules.

J’ai planifié des retraites pour terminer d’autres projets importants, mais non urgents, et chaque fois les résultats ont été très bénéfiques pour moi et pour la personne qui m’accompagnait. Profitez des fins de trimestre et des relâches ou de toute journée où vous pouvez vous absenter quelques heures; évitez les moments d’épuisement et ceux où vous avez d’autres obligations, comme les périodes d’évaluation ou de préparation de cours. Cette pratique fort efficace peut s’intégrer à presque tous les horaires. C’est un investissement très payant qui en vaut la peine!

Professeure d’histoire de la musique et de musicologie à l’Université Mount Allison, Elizabeth Wells a signé l’ouvrage The Organized Academic.

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