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Prof ou pas?

5 vérités qu’on ne vous dit pas (toujours) sur les carrières alternatives

Il ne suffit pas d’être titulaire d’un doctorat pour décrocher un emploi, il faut aussi savoir mettre de l’avant son expérience personnelle.

par EMILIE-JADE POLIQUIN | 08 AVRIL 21

En participant aux journées carrière organisées par votre centre de recherche ou par votre université ou en flânant sur les sites Internet de votre établissement, vous trouverez un certain nombre d’informations sur vos perspectives de carrière à l’extérieur du milieu universitaire. Même si, je le répéterai toujours, le sujet reste bien souvent tabou dans les corridors d’université, votre direction de programme ne peut pas mettre sur la fiche signalétique du doctorat deux seules avenues possibles : professeur d’université ou caissier chez Walmart…ou devrais-je dire associé. Mais non, il y aura une belle liste de carrières alléchantes ou un panel de gens aux postes passionnants qui partageront en trop peu de temps leur expérience de vie. Juste assez d’information pour vous donner espoir en des jours heureux, si vous avez à vivre en dehors de la tour d’ivoire.

Mon but aujourd’hui n’est pas d’assombrir ce tableau heureux. Je crois fermement qu’on peut trouver avec un doctorat un emploi épanouissant en dehors du monde professoral. Je crois aussi qu’on oublie souvent de souligner quelques points importants de cette recherche d’emploi. Voici donc cinq vérités qu’on ne vous dit pas (toujours) sur les carrières alternatives :

L’importance des expériences « parallèles »

Je parlais tout juste de la liste des carrières alléchantes qu’on inclut parfois sur certains sites Web ou brochures pour mieux faire la promotion des programmes doctoraux. Ces listes ne sont pas tirées du hasard. Elles sont souvent le résultat d’enquêtes auprès de leurs diplômés.

Or, on demande rarement à ces mêmes diplômés quelles furent leurs expériences « parallèles » déterminantes dans leurs parcours professionnels. Selon eux, quelle est la ligne de leur CV qui leur a fait marquer le plus de points et leur a permis de décrocher un poste ou une entrevue? Est-ce un contrat particulier avec un professeur? Est-ce leur engagement au sein d’une association étudiante? Est-ce une participation à un conseil d’administration? Est-ce un voyage humanitaire? Est-ce l’organisation d’un ou plusieurs événements? Est-ce un emploi non universitaire tenu parallèlement à leurs études?

On parle beaucoup de compétences transversales au doctorat. Oui, c’est certainement important et il faut continuer à mieux les mettre en valeur! Mais, en réalité, c’est souvent, toutes les compétences transversales acquises lors d’expériences faites EN MÊME TEMPS que le doctorat qui ajoutent des lignes intéressantes aux yeux des employeurs. Ça, les directions de thèse, craignant que le tout allonge nos études ou nuisent à nos chances d’une carrière professorale, ne nous y encouragent pas toujours… malheureusement.

2. L’art du réseautage

Assister à une journée carrière aujourd’hui équivaut presque immanquablement à un séminaire sur la bonne gestion de son profil LinkedIn. L’importance du réseautage est soulignée à grands traits partout et par tous…

Ce qui l’est moins, c’est ce paradoxe : à ce moment de notre vie, plusieurs d’entre nous font face à un criant problème d’isolement. Certains ont même l’impression que leur cercle social ne se compose plus que de personnes à l’intérieur du milieu universitaire. Malgré tout, c’est justement à ce moment que l’on nous demande d’avoir ou de se créer un réseau de contacts aux ramifications les plus étendues possible en dehors de cette université… Ne quittez donc pas le sport, la musique, vos activités communautaires, quelles qu’elles soient, puisqu’elles vous font rencontrer des gens qui vivent dans le monde réel! Ne sous-estimez pas le pouvoir d’une chorale ou d’une ligue de garage pour créer des connexions humaines solides! Sans oublier qu’un esprit sain dans un corps sain, ça n’a pas de prix.

3. Le tremplin du premier emploi

Quand on cherche un emploi non universitaire, il faut bien entendu chercher une organisation qui nous intéresse, un emploi qui nous motive, chercher des défis stimulants. Il faut être sincère dans ses démarches… mais il faut aussi être réaliste. Ce n’est pas parce que vous avez un postdoctorat que vous décrocherez dès vos premiers envois de CV un poste de direction dans une grande entreprise, sous prétexte que vous avez lu quelque part que les diplômes en « humanités » avaient maintenant la cote.

Se trouver un emploi ne signifie pas non plus que l’on s’enchaîne à un employeur ou même à un domaine à jamais. Ce premier emploi, souvent décroché grâce à un contact personnel, sert à moyen terme de tremplin hors du milieu universitaire, puisqu’on décroche rarement « l’emploi de rêve » dès le départ. C’est tout à fait normal. Soyez patients. Vous êtes assez intelligents pour gravir les échelons rapidement par la suite.

Mais attention, le doctorat peut faire peur aux employeurs! Il faut ainsi, dès le CV ou la lettre de présentation, leur assurer que vous ne partirez pas à la première occasion venue, soit pour revenir vers l’université, soit pour avoir un meilleur salaire ailleurs. Si c’est possible, dites-leur que vous souhaitez utiliser l’effet tremplin à l’intérieur même de l’entreprise ou de l’organisation, où vous vous voyez évoluer pendant plusieurs années.

4. Chaque parcours est unique

Puisque les expériences acquises à l’extérieur de l’université sont si importantes, puisque chaque personne rencontrée dans notre vie peut jouer un rôle déterminant, chaque parcours est unique et n’est jamais reproductible. On peut certes chercher des mentors et je vous recommande fortement de le faire pour vous inspirer de leurs expériences, mais on ne peut pas chercher à marcher directement dans leurs pas.

Deux personnes pourraient en effet avoir sur papier les mêmes parcours : une même formation universitaire et les mêmes expériences de travail. Néanmoins, il est fort probable qu’ils n’aient pas du tout la même expérience de recherche d’emploi. L’une pourrait se perdre sur les sites de placement. L’autre pourrait avoir la chance de rencontrer dès le départ le beau-frère du patron de son meilleur ami qui, justement, chercherait à embaucher quelqu’un et qui serait complètement exaspéré de recevoir 150 CVs à chaque recrutement. Ce premier emploi, trouvé un peu par hasard, jouerait un rôle crucial dans la direction que prendrait la trajectoire professionnelle de cette personne.

Dans l’enquête sur les diplômés effectuée quelques années plus tard, il est difficile de bien analyser la liste des emplois qu’ils occupent sans prendre en compte le facteur « beau-frère », propre à chacun.

Il faut donc trouver notre propre chemin, l’adapter à nos forces et à nos faiblesses et profiter de chacune des occasions qui s’offrent à nous.

5. La valeur réelle du doctorat

Avec tout cela, quelle est la valeur réelle du doctorat? Si on interroge les titulaires de doctorat quelques années après l’obtention de leur diplôme, jugeront-ils qu’il les a aidés ou leur a nui à décrocher un emploi dans le monde non universitaire? Les réponses pourraient nous surprendre.

Bien souvent, ce n’est ni noir ni blanc. Le doctorat est un atout autant qu’un boulet dans cette recherche d’emploi. Il faut apprendre à le faire jouer en notre faveur.

Or, il faut aussi être conscient que, hormis quelques cas en sciences pures et appliquées où des laboratoires cherchent des expertises bien spécifiques, le seul emploi qui nécessite obligatoirement un doctorat est le professorat. Postuler à l’extérieur du milieu universitaire signifie donc soumettre sa candidature pour des emplois de professionnels où la scolarité demandée est un baccalauréat ou, plus rarement, une maîtrise. De grâce, si vous voulez vivre une belle transition, ne jugez jamais le niveau de défis d’un emploi par la scolarité demandée. Ne soyez jamais l’arrogant avec un postdoctorat à la table de réunion. En quittant le milieu universitaire, vous sortirez très vraisemblablement de votre zone de confort. N’ayez crainte, vous aurez des défis. Vous serez stimulés intellectuellement. Des gens curieux, intéressants et intelligents, il y en a partout. C’est à vous d’en faire vos collègues.

N’hésitez pas à mettre votre doctorat dans vos expériences de travail, pas juste dans votre formation. Cette ligne n’aura peut-être pas un impact aussi déterminant que vous le souhaiteriez dans l’esprit du recruteur (du moins, consciemment), mais en aura un à coup sûr dans votre trajectoire personnelle. Toutes ces années aux cycles supérieurs vous auront forgé comme travailleur et auront certainement fait de vous un employé plus débrouillard, plus discipliné, plus autonome et plus organisé. C’est à vous de le faire valoir.

À PROPOS EMILIE-JADE POLIQUIN
Emilie-Jade Poliquin
Emilie-Jade Poliquin est conseillère en relations gouvernementales et affaires publiques à la Direction générale de l'Institut national de la recherche scientifique.
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