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Budget fédéral : priorité à l’innovation et rôle nébuleux pour le milieu universitaire

Le budget 2022 fait la part belle à l’abordabilité du logement, la croissance propre, la défense ainsi qu’aux investissements ciblés en recherche.

par HANNAH LIDDLE | 12 AVRIL 22

C’est sur fond d’économie mondiale précaire que la ministre des Finances, Chrystia Freeland, a déposé le 7 avril son budget 2022. Si le Canada s’est relativement bien relevé de la pandémie, les répercussions de la guerre en Ukraine, la nouvelle vague de COVID-19 en Chine, et les effets de la pénurie de stocks et de main-d’œuvre sur l’inflation ont fait croître l’incertitude au pays.

Prudents, les libéraux ont présenté leur budget le plus conservateur depuis le début de la pandémie. Plus de 31 milliards de dollars de nouvelles dépenses nettes seront consacrés au logement abordable, à la croissance propre et à la défense au cours des cinq prochaines années. Certes, l’innovation y tient une place importante, mais le milieu de l’enseignement postsecondaire y figure à peine. Voici néanmoins des éléments d’intérêt pour les universités canadiennes.

Les investissements en innovation concentrés dans le privé

Une nouvelle enveloppe de 3 milliards de dollars est prévue en innovation. Le plan de dépenses fait état du retard du Canada dans la course mondiale aux capitaux et aux investissements en vue d’une économie carboneutre. Pour stimuler l’innovation et attirer des capitaux du secteur privé, le gouvernement fédéral propose la mise en place d’un fonds de croissance du Canada, qui servira à réaliser des investissements au moyen d’un vaste ensemble de mécanismes financiers afin de réaffecter 15 milliards de dollars des fonds fédéraux en cinq ans. On espère ainsi attirer des billions de dollars en capitaux privés. Ceux-ci seront ensuite investis dans des chaînes d’approvisionnement essentielles, des nouvelles technologies et des secteurs à faible émission de carbone, ce qui permettra au Canada de « suivre le rythme » de pays comparables.

Le gouvernement a également prévu 1 milliard de dollars sur cinq ans pour la création d’une agence canadienne d’innovation et d’investissement, qui aura le mandat de stimuler les investissements du secteur privé en recherche et développement et de faire adopter plus largement les nouvelles technologies dans l’industrie canadienne. Il s’agit d’un « tournant » dans l’approche fédérale en matière d’innovation, selon Higher Education Strategy Associates. Dans son analyse du budget, la société y signale qu’Ottawa, plutôt que de financer davantage les universités, entend désormais régler le problème du faible investissement en recherche et développement en travaillant directement avec le secteur privé. On mentionne en outre dans le budget que l’agence d’innovation et d’investissement soutiendra également le secteur de la défense et stimulera les investissements dans la fabrication de matériel de défense. Cependant, l’organisme de recherche d’avant-garde promis, qui devait être conçu sur le modèle de la Defense Advanced Research Projets Agency (DARPA) des États-Unis, brille par son absence dans le document.

Quant aux supergrappes d’innovation canadiennes, elles s’y trouvent, mais sous un nouveau nom et avec un financement plus important. Les cinq réseaux sont maintenant désignés comme des « grappes d’innovation mondiales » et recevront 750 millions de dollars sur six ans. C’est la moitié de l’enveloppe qu’ils réclamaient. Bon nombre d’universités et d’établissements de recherche font partie de ces grappes, qui sont censées rapprocher le gouvernement, le monde universitaire et le secteur privé afin de stimuler la création d’entreprises, d’emplois, de propriété intellectuelle et la croissance économique.

Parmi les autres investissements significatifs en matière d’innovation, notons l’élaboration d’une stratégie pour les minéraux critiques, qui accordera 3,8 milliards de dollars sur huit ans au secteur minier. Cette stratégie contribuera à la création d’une chaîne de valeur nationale pour véhicules sans émissions, ce qui englobe la production de batteries (qui nécessite des minéraux critiques). Ainsi, le Conseil national de recherches du Canada, en partenariat avec Ressources naturelles Canada, recevra de l’argent pour développer de nouvelles technologies et consolider les chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques comme le lithium et le cobalt. Le gouvernement a aussi prévu faire des investissements ciblés dans le secteur des semiconducteurs (45 millions de dollars sur quatre ans), le Réseau de santé CAN (40 millions de dollars sur quatre ans) et la Station canadienne de recherche dans l’Extrême-Arctique (14,5 millions de dollars sur cinq ans).

Les établissements d’enseignement supérieur ont décroché une belle victoire en recherche agricole, obtenant 100 millions de dollars sur six ans pour financer la recherche en technologies agricoles et en variétés de cultures, ce qui pourrait contribuer à la carboneutralité de l’agriculture.


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Sécurisation et commercialisation de la recherche universitaire

Le gouvernement fédéral a créé une enveloppe de 159,6 millions de dollars pour l’année 2022-2023 qui s’accompagne d’un financement récurrent de 33,4 millions de dollars pour aider les établissements postsecondaires à mieux déceler et atténuer les risques de sécurité; il espère ainsi protéger la recherche universitaire qu’il finance contre les menaces étrangères. Cet argent servira aussi à créer un centre de sécurité de la recherche, qui pourra conseiller les établissements postsecondaires.

De plus, Ottawa espère améliorer la posture nationale en matière de propriété intellectuelle grâce à un programme de passage du laboratoire au marché qui aidera les étudiants des cycles supérieurs et les chercheurs universitaires à obtenir des brevets. Financé à hauteur de 47,8 millions de dollars sur cinq ans à compter de 2023-2024 et de 20,1 millions de dollars par la suite, ce programme sera administré par Innovation, Sciences et Développement économique Canada. L’agence prévoit mener un sondage afin d’évaluer les investissements gouvernementaux antérieurs et de déterminer la meilleure avenue pour commercialiser la recherche universitaire.

Financement pour les chaires de recherche

Le Programme de chaires d’excellence en recherche du Canada recevra 38,3 millions de dollars sur quatre ans à compter de 2023-2024. Le gouvernement estime qu’il y a là de quoi créer de 12 à 25 nouvelles chaires.

En soutien à la cybersécurité nationale, une priorité stratégique s’inscrivant dans les 8 milliards de dollars investis en défense, le budget prévoit 17,7 millions de dollars sur cinq ans et 5,5 millions récurrents jusqu’en 2031-2032 pour « un programme unique de chaires de recherche en vue de financer des universitaires pour qu’ils mènent des recherches sur des technologies de pointe » pertinentes aux activités du Centre de la sécurité des télécommunications, l’organe national chargé de la cryptologie. Les titulaires des chaires travailleront sur des projets publics et sur des projets classifiés.

Financement pour les chercheurs noirs

Les conseils subventionnaires fédéraux recevront 40,9 millions de dollars sur cinq ans à compter de 2022-2023 et 9,7 millions de dollars par la suite pour soutenir les étudiants-chercheurs noirs, qui sont sous-représentés dans l’attribution de bourses d’études aux cycles supérieurs. De plus, 1,5 million de dollars sera versé à la chaire Jean Augustine en matière d’éducation, de communauté et de diaspora de l’Université York afin de remédier aux obstacles systémiques et aux iniquités raciales qui minent la réussite des étudiants noirs au sein du réseau de l’éducation du Canada.

Recherche en santé et pénurie de professionnels de la santé

Bien que les sommes allouées à la lutte contre la COVID-19 soient bien moindres que dans le budget précédent, les Instituts de recherche en santé du Canada recevront 40 millions de dollars pour étudier les répercussions à long terme de la COVID-19 sur le réseau de la santé ainsi que sur la santé en général, la démence et la santé du cerveau.

Le budget tente aussi de pallier la pénurie de main-d’œuvre en santé en investissant 115 millions de dollars sur cinq ans et 30 millions par la suite dans le Programme de reconnaissance des titres de compétences étrangers. Ottawa espère ainsi aider chaque année jusqu’à 11 000 professionnels formés à l’étranger à se trouver un emploi au Canada. En outre, le montant maximal de remise des prêts d’études canadiens sera majoré de 50 % pour le personnel infirmier (30 000 dollars) et pour les médecins (60 000 dollars) qui travaillent en milieu rural ou éloigné et mal desservi.

Grands absents

Ce budget laisse en suspens de nombreuses promesses électorales faites en 2021, dont :

  • l’ajout de 1 000 chaires au Programme de chaires de recherche du Canada;
  • l’élimination permanente des intérêts fédéraux sur les prêts d’études canadiens et la hausse du seuil d’aide au remboursement à 50 000 dollars pour les emprunteurs célibataires;
  • la création d’un nouveau fonds visant à faciliter l’embauche de 1 200 professionnels en santé mentale dans les établissements postsecondaires;
  • l’investissement de 500 millions de dollars sur quatre ans, dont 10 % iraient à des établissements postsecondaires administrés par des Autochtones;
  • la création d’une enveloppe annuelle de 100 millions de dollars pour la recherche ambitieuse afin de mettre au point des vaccins sur des maladies à forte incidence.
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