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La réalité autochtone au cœur d’une formation en administration publique

L’ENAP, appuyée par ses trois partenaires, offre désormais des programmes de 2e cycle adaptés à la gestion en contexte autochtone.

par PASCALE CASTONGUAY | 28 DÉC 17

Il y a quelques semaines, 17 étudiants ont terminé leur premier cours des nouveaux programmes de 2e cycle en administration publique adaptés à la gestion en contexte autochtone. Ceux-ci sont offerts par l’École nationale d’administration publique (ENAP) en partenariat avec le Conseil en Éducation des Premières Nations (CEPN), l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) et l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT).

Conscients du besoin de formation en administration publique pour les gestionnaires en contexte autochtone, le CEPN et l’ENAP avaient déjà collaboré en 2010 pour offrir un microprogramme. Le succès de cette cohorte a convaincu l’ENAP de trouver du financement pour aménager la matière afin qu’elle reflète désormais les réalités autochtones.

Pour l’UQAC et l’UQAT, c’est plutôt leur ancrage dans leur milieu respectif et leur connaissance du terrain autochtone qui leur ont valu une place dans ce projet. « On connaît l’administration publique, eux connaissent très bien le milieu autochtone, donc il nous apparaissait intéressant de maximiser les infrastructures disponibles au sein du réseau de l’Université du Québec pour pouvoir offrir quelque chose de pertinent aux étudiants autochtones », explique Michelle Jacob, coordonnatrice des programmes en administration publique en gestion en milieu autochtone à l’ENAP.

Fortement inspirée du contenu des cours offerts aux gestionnaires de la fonction publique fédérale, provinciale ou municipale, la nouvelle formation se distingue sur le plan de la démonstration des concepts. « Les études de cas, les mises en situation et les exercices qu’on utilise pour illustrer les concepts théoriques sont puisés à même les exemples vécus par des gestionnaires en contexte autochtone », précise-t-elle.

Pour illustrer l’importance de refléter la réalité autochtone dans le cadre de la formation, Mme Jacob s’appuie sur le principe d’administration publique voulant que les pouvoirs législatif, exécutif et administratif évoluent séparément. « Dans le contexte de l’administration publique fédérale et provinciale, c’est somme toute assez étanche. Dans le contexte autochtone, par la proximité géographique et familiale des gens, cette frontière est moins étanche. Il est beaucoup plus difficile pour un gestionnaire de gérer ses programmes en s’isolant de l’environnement politique », explique-t-elle.

Jinny Thibodeau Rankin (à droite) est parmi les étudiants de la cohorte du programme de 2e cycle en administration publique. Photo de l’École nationale d’administration publique.

Même son de cloche du côté de la directrice générale du CEPN, Lise Bastien, qui croit que l’administration publique autochtone a sa couleur et que les cours devaient être adaptés en conséquence. « Toute la question éthique se pose autrement. On ne peut pas imposer dans une administration publique des Premières Nations qu’il n’y ait pas de lien de parenté, ce serait impossible. On doit élaborer des politiques pour faire en sorte qu’il n’y ait pas de conflit d’intérêts, de liens d’autorité ou d’évaluation. »

L’étudiante algonquine de la communauté Abitibiwinni de Pikogan, Jinny Thibodeau Rankin, estime que le contexte autochtone était mis en évidence dans le cours qu’elle a suivi. « On apprend en quoi consiste la Constitution, comment le gouvernement est né, comment fonctionnent les assemblées et les élections, mais on avait toujours à côté, ce qu’il en est de l’application en fonction de la Loi sur les Indiens, pour les Premières Nations au Canada et au Québec. »

Travaillant avec les Premières Nations depuis 15 ans, Mme Thibodeau Rankin considère que la formation apporte une réflexion sur ce qui teinte le parcours des Autochtones en administration publique. « On veut aller à la même place que ceux qui marchent à côté de nous, mais on n’a pas les mêmes obstacles et la même aide pour y arriver. »

Facteurs de réussite

S’adressant à des adultes en situation d’emploi, une formule semi-intensive a été adoptée pour les cours. Ainsi, les 45 heures de cours sont réparties en un total de six jours, soit un vendredi et un samedi se suivant. « La façon dont la tâche a été distribuée sur trois mois, pour moi, c’était l’idéal, affirme Mme Thibodeau Rankin. Il est certain que je ne me serais pas inscrite si c’était un horaire différent. »

Le professeur est appelé à se déplacer aux trois lieux de diffusion (Québec, Montréal et Sept-Îles) afin d’enseigner en personne une session sur trois, les autres groupes ayant accès au cours via vidéoconférence. L’ENAP a voulu créer des sous-groupes et instaurer une rotation « pour s’assurer d’un certain dynamisme sur le plan pédagogique et pour réduire les risques de décrochage ».

D’ailleurs, une initiative visant à jumeler les étudiants avec des diplômés de l’ENAP agissant à titre de parrain ou de marraine a été mis sur pied. Celle-ci est notamment issue de la volonté des diplômés de contribuer à ces programmes « Les étudiants sont mis en contact avec quelqu’un qui est passé à travers la même chose qu’eux. Ce sont des gens dans lesquels ils peuvent se reconnaître », souligne la coordonnatrice.

Conçue selon le modèle des poupées russes, la gamme des programmes de 2e cycle est composée d’un microprogramme (9 crédits), d’un programme court (15 crédits), d’un diplôme d’études supérieures spécialisées (30 crédits) et de la maîtrise (45 crédits). Mme Jacob explique que l’idée derrière cette répartition des grades est « d’accompagner les étudiants du microprogramme à la maîtrise pour ceux qui le souhaitent et que ceux qui s’arrêtent à une autre étape puissent aussi avoir un diplôme en main ».

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