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Le Québec restructure sa valorisation de la recherche publique

Un nouvel organisme remplacera les trois sociétés de valorisation et bénéficiera d’un financement deux fois plus élevé afin d’assurer une meilleure « synergie » dans le secteur.

par JEAN-FRANÇOIS VENNE | 08 SEP 20

Le gouvernement du Québec a récemment annoncé la création d’un nouvel organisme de valorisation de la recherche publique, qui doit entrer en fonction au printemps 2021. Il remplacera Aligo Innovation, SOVAR et Univalor, les trois sociétés de valorisation de la recherche universitaire (SVU) fondées en 2001 (Il y en avait quatre à l’origine. La fusion entre MSBi Valorisation et Gestion Valeo a fait naître Aligo en 2013.), qui seront abolies.

En entrevue avec Affaires Universitaires, le ministre de l’Économie et de l’Innovation du Québec, Pierre Fitzgibbon, a précisé que le financement de ce nouvel organisme sera environ deux fois plus élevé que celui des SVU. « Nous injecterons aussi 100 millions de dollars dans un fonds d’investissement pour appuyer le préamorçage d’entreprises », a-t-il ajouté.

Québec a consulté les acteurs de la recherche publique, incluant les SVU, pendant plusieurs mois en 2019 avant d’opter pour cette voie. « Le morcellement de l’écosystème causait des ruptures dans la continuité du financement entre les périodes de maturation technologique, de préamorçage et d’amorçage et compliquait également l’accompagnement, selon le ministre. Nous souhaitons favoriser une meilleure synergie entre les acteurs de la recherche publique et ceux qui œuvrent à sa valorisation. »

Le scientifique en chef du Québec, Rémi Quirion, espérait depuis longtemps la création d’une telle société. « Le Québec n’est pas très grand, c’est important de fédérer nos ressources, estime-t-il. Ce nouvel organisme jouera un rôle de meneur et l’on sait déjà qu’il recevra plus d’argent. »

Il rappelle qu’avant 2001, la valorisation se faisait uniquement dans les universités, qui disposaient de peu de moyens. Les résultats s’avéraient décevants, mis à part le succès monstre d’ACELP à l’Université de Sherbrooke (U de S) – une technologie d’encodage numérique de la voix développée dans les années 1980 à la Faculté de génie de l’U de S, aujourd’hui utilisée dans la plupart des téléphones cellulaires sur la planète. L’arrivée des SVU avait donné un coup de fouet à la valorisation. La société Aligo, par exemple, comptait 43 entreprises dérivées dans son portefeuille d’une valeur de plus de 1,4 milliard de dollars en 2019.

« Le nouvel organisme devra être doté d’une gouvernance forte, mais agile, capable de décider rapidement et de prendre des risques calculés », poursuit M. Quirion. Les Fonds de recherche du Québec devraient avoir une relation assez étroite avec lui, peut-être même en siégeant à un éventuel conseil d’administration.

Le laboratoire Génome à l’Université Concordia. 

Un organisme plus accessible

Les SVU affichent, quant à elles, un enthousiasme prudent. Aligo appelait elle-même à l’avènement d’une société unique dans un mémoire déposé lors des consultations. « C’est une opportunité de regrouper cette activité et de bâtir sur les acquis, juge la présidente-directrice générale de la société, Anne-Marie Larose. Les SVU ont développé de belles expertises en transfert technologique, en développement des affaires et en propriété intellectuelle. Je souhaite donc que l’on intègre les membres des trois équipes dans le nouvel organisme, en leur octroyant encore plus de moyens. »

Le nouvel organisme devrait pouvoir prendre des décisions d’affaires et gérer lui-même les dossiers de valorisation et non seulement accompagner les chercheurs. Il devra aussi compter sur une grosse équipe, comme c’est le cas dans les écosystèmes d’innovation américains et européens.

De son côté, Paule De Blois, présidente-directrice générale de SOVAR, estime qu’il sera crucial d’éviter de tout centraliser à Montréal. « Il faudra assurer une grande proximité avec les lieux de recherche, afin de fédérer les forces de l’ensemble des régions et d’offrir des services là où se trouvent les chercheurs », prévient-elle.

L’un des atouts du nouvel organisme sera, selon elle, de pouvoir fournir ses services à tous les centres de recherche publics, peu importe la région et l’affiliation à une organisation. Présentement, les trois SVU doivent en priorité les offrir à leurs partenaires, comme l’Université Laval ou l’Université du Québec à Chicoutimi dans le cas de SOVAR.

Cela pourrait créer des occasions pour des institutions comme l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), qui n’était associé à aucune SVU. « Devenir membre de ces sociétés coûtait très cher, souligne le directeur général de l’INRS, Luc-Alain Giraldeau. La plupart des établissements d’enseignement qui en font partie ont des facultés de génie et de médecine, ce qui n’est pas notre cas. Nous avons donc préféré investir à l’interne. » La possibilité d’accéder aux services du nouvel organisme « à la carte », plutôt qu’en payant pour être partenaires, pourrait changer cela.

« Le Fonds de préamorçage pourrait aussi s’avérer très utile pour l’INRS, afin de financer la maturation de certains résultats de recherche, le temps de les amener au niveau où ils pourront être valorisés », ajoute le directeur du service de la recherche, Claude Bourget.

Il faudra attendre encore quelques mois pour en savoir plus quant à l’appellation, à la structure et au mandat exacts du nouvel organisme. Pour en optimiser l’implantation, Québec comptera sur l’appui de Luc Sirois, directeur général de la société Prompt, qui agira comme conseiller stratégique.

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