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CONSEILS CARRIÈRE

Le secret de la réussite aux cycles supérieurs est-il en vous?

Voici quatre « logiques » dégagées au fil des réflexions partagées avec ces étudiants, peu importe leur discipline ou université d’appartenance.

par SARA MATHIEU-C | 23 NOV 17

Le phénomène d’accélération du système académique et ses répercussions sur la carrière et la santé des chercheurs a fait l’objet d’un nombre croissant d’écrits, dont plusieurs discutés dans Accelerating Academia. Une situation qualifiée de problématique par plusieurs et qui sert de justification à la publication de « guides de survie » destinés aux étudiants aux cycles supérieurs.

Ces étudiants, j’en ai rencontré beaucoup en animant des retraites de rédaction dans les dernières années. De façon informelle et intuitive, voici quatre « logiques » dégagées au fil des réflexions partagées avec ces étudiants, peu importe leur discipline ou université d’appartenance. Les chances sont que ces logiques se dessinent également dans votre quotidien, faisant de vous des cibles idéales du « self-help académique ».

  1. En faire toujours plus : une logique d’accumulation

Quelques mois dans le milieu universitaire suffisent pour comprendre qu’une majorité de diplômés ne pourra accéder à un poste universitaire et qu’il faudra poursuivre ses études sans profil de sortie déterminé en amont. L’avenir postdiplôme étant nébuleux et insécurisant, la « solution » proposée est de cumuler et de diversifier les lignes au CV, celles qui permettront de se démarquer, éventuellement.

Bref, il faut en faire toujours plus, bien que ce puisse être au détriment d’un recul nécessaire à l’accomplissement d’une recherche de qualité, ainsi que de sa santé mentale et celle de ses proches.

  1. Se démarquer : une logique de compétition

Le système académique repose essentiellement sur la logique du mérite. Bien que l’importance des partenariats soit soulignée abondamment dans un ensemble de lignes directrices, la réussite aux cycles supérieurs se dessine et se vit essentiellement seule. Les bourses, les publications, les postes sont obtenus au détriment des pairs et les obstacles se multiplient lorsqu’il est question de concrétiser une démarche interdisciplinaire et concertée.

Outre l’anxiété de performance, cette logique de compétition contribue au sentiment d’isolement évoqué par plusieurs étudiants comme un obstacle important à la poursuite de leur parcours.

  1. S’épanouir avec passion : une logique de l’invisible

Outre l’humour académique teinté de sarcasme (bonjour PhD Comics!), il est rare que les difficultés liées à la rédaction soient franchement abordées. Bercé par une logique compétitive et pressé par le temps, il est préférable de témoigner de sa passion et de nourrir le mythe de la semaine de 80 heures. Ces échanges, centrés sur les résultats, rendent invisible le processus et ses obstacles, en plus de nuire au développement de relations de bienveillance et de collaboration entre pairs.

Cette logique de l’invisible implique que les problématiques soient traitées de manière à être l’affaire de tous, tout en ne concernant personne en particulier. Elle sous-entend que la passion suffit pour maintenir le cap et laisse les étudiants convaincus d’être seuls à douter.

  1. Augmenter sa valeur – une logique utilitariste

Enfin, malgré la forte pression à cumuler une diversité d’expériences, les étudiants en viennent à s’approprier une logique utilitariste qui guide leurs choix de carrière. Dans un contexte d’opportunisme et de surmenage, il s’agit vraisemblablement d’une façon de survivre que d’accepter les expériences les plus « payantes ».

Parce qu’il est impossible de tout faire, cette sélection est guidée par les recommandations des chercheurs qui se sont démarqués, soit ceux qui ont « réussi » dans un système dont le fonctionnement est douteux.

Comment s’aider soi-même

Face à ces pressions, les étudiants sont la cible de discours qui les invitent à réaliser l’évidence : la réussite est possible, elle est en vous, il faut simplement améliorer la gestion de vos ressources. On propose alors des astuces concrètes, voire des « formules magiques » à mettre en application sans attendre, pour affronter la page blanche, rédiger avec constance, publier dans les grandes revues… Sous le couvert d’une approche proactive et positive, l’étudiant doit être entrepreneur de sa réussite.

Ces ouvrages, qui sont parfois très utiles, ont comme point commun l’absence de remise en cause des normes universitaires. La plupart des recommandations proposées, même celles qui évoquent le bien-être, s’inscrivent dans une dynamique de performance : « Faites du yoga, vous n’en serez que plus productif ». On pose un regard qui individualise, voire qui psychologise les enjeux de la prolongation et de l’abandon aux cycles supérieurs, plutôt que d’opter pour une approche critique et structurelle, ainsi que des solutions collectives.

Je ne suis pas contre l’épanouissement personnel et j’ai moi-même proposé des billets qui visaient à partager des « trucs et astuces » pour rédiger sans perdre la tête. Cependant, l’industrie du « self-help académique », car il s’agit bel et bien d’une industrie, reproduit et profite d’un système académique dysfonctionnel plutôt que de le remettre en question.

En guise de conclusion, mon hypothèse est qu’une partie de la solution se trouve dans la mise en place de « zones de convergence » entre des recommandations pragmatiques pour survivre à la pression des cycles supérieurs au quotidien et des invitations à réfléchir collectivement à des alternatives aux modalités d’études, de rédaction, de recherche et de publication. Grâce à la tribune offerte par Affaires universitaires, je tenterai d’explorer et de discuter de ces solutions, leur potentiel et leurs limites dans le système académique actuel.

Après un baccalauréat en sexologie, Sara Mathieu-C bifurque vers les sciences de l’éducation pour la maitrise, puis le doctorat. Dans le cadre de sa thèse, elle s’intéresse au design de jeu vidéo à des fins d’éducation à la sexualité. Elle est aussi cofondatrice de Thèsez-vous?, une étiquette qui lui colle à la peau et qui suscite une belle dose de bonheur, de fierté et de défis quotidiens. Inévitablement, ces engagements teintent ses propos. 

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