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Le personnel de soutien des universités québécoises patauge dans la détresse psychologique

Plus de la moitié du personnel non enseignant québécois souffrirait de détresse psychologique, nous apprend un nouveau rapport.

par CATHERINE COUTURIER | 16 MAI 19

La proportion du personnel de soutien des universités québécoises qui souffrirait de détresse psychologique importante ou très importante atteint 53,4 pour cent. Un constat préoccupant fait dans une étude menée à la demande du Conseil provincial du secteur universitaire (CPSU), un organisme syndical qui regroupe plusieurs établissements universitaires au Québec. Cette recherche sur la santé psychologique de ses membres a été conduite en collaboration avec le Service aux collectivités de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

Les résultats de cette analyse reposent sur un sondage en ligne envoyé en février et en mars 2018 à 9154 employés de soutien (personnel de bureau, corps de métiers, professionnels de recherche, techniciens, etc.). Un total de 921 personnes travaillant dans 11 universités québécoises y ont répondu.

Détresse psychologique préoccupante

Les résultats de l’enquête font état d’un haut taux de détresse psychologique, définit dans l’étude comme étant un « état psychologique pénible caractérisé par l’anxiété et la dépression », chez près de la moitié des employés, sans égard à leur corps d’emploi ou leur établissement. « Ça signifie que ce n’est pas attribuable à une sous-culture d’une université en particulier, ce qui en fait un phénomène préoccupant », explique Sabrina Pellerin, étudiante au doctorat en sciences de la gestion à l’UQAM et coauteure de l’étude.

Ce taux est non seulement élevé, mais il est en hausse depuis 10 ans : une étude de Caroline Biron et ses collègues avait observé en 2008 que 40,9 pour cent du personnel de soutien souffrait de déstresse psychologique. Ce taux est également largement supérieur à celui de la moyenne de la population québécoise : près de 29 pour cent de la population québécoise vivrait de la détresse psychologique, selon l’Institut de la statistique du Québec.

« La hausse peut s’expliquer de diverses façons », affirme Mme Pellerin. Ainsi, les changements profonds dans le milieu universitaire depuis les 20 dernières années (restrictions budgétaires, absence de réinvestissement, projet de loi 100 en 2010 visant le retour à l’équilibre budgétaire) ont eu des répercussions néfastes chez le personnel de soutien.

Parmi les facteurs de risques, on note en premier lieu la surcharge de travail des employés, une conséquence directe des compressions dans le milieu, croient les auteures. « Ce qui ressort aussi de notre étude, c’est le conflit travail-famille, qui en un sens est lié à la surcharge de travail », ajoute-t-elle. Le manque de reconnaissance et le sentiment de non-équité dans l’attribution des promotions sont également couramment cités à titre de facteurs de risques par les répondants.

« Si rien n’est fait, on risque de perdre beaucoup de personnel compétent », croit Mme Pellerin, qui recommande un réinvestissement dans les universités. Les conséquences de cette détresse sont en effet bien réelles : parmi les plus atteints, presque la moitié d’entre eux consommeraient des médicaments ou consulteraient un professionnel de la santé mentale.
« Les gens vont avoir davantage tendance à s’absenter, à faire du présentéisme, ou avoir l’intention de quitter leur emploi, observe Mme Pellerin. Ça représente des coûts importants et un problème de santé publique. »

Une problématique exacerbée

La détresse psychologique, loin d’être réservée aux travailleurs du milieu universitaire, reste toutefois particulièrement exacerbée dans ce milieu. La première auteure du rapport, Julie Cloutier a ainsi réalisé des études dans les centres d’appel en 2012, un milieu notamment reconnu pour son haut taux de roulement : 57 pour cent des travailleurs disaient souffrir de détresse psychologique, un chiffre plus élevé de seulement quelques points de pourcentage que celui des milieux universitaires québécois.

Ailleurs au Canada, le problème est connu, mais encore peu étudié. « Nous n’avons pas trouvé d’études qui portent sur la détresse psychologique des employés de soutien dans d’autres universités canadiennes », soutient Mme Pellerin. « Il n’y a pas d’étude comparable au Canada », corrobore Karine Fortin, directrice des communications au Syndicat canadien de la fonction publique.

« Par contre, ce secteur a fait de cette question une priorité », ajoute Mme Fortin. En effet, l’austérité et le manque de ressources en éducation restent un phénomène inquiétant dans toutes les provinces canadiennes. « Les raisons citées dans cette étude comme source de détresse existent partout avec la même intensité; il n’y a aucune raison pour que ce soit différent ailleurs au Canada », conclut Mme Fortin.

COMMENTAIRES
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  1. Patrick Laplante / 1 June 2019 at 11:41

    Je suis à l’emploi de l’Udem et je confirme.

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