Passer au contenu principal
À mon avis

La science et les chercheurs scientifiques : tout un monde à définir

Une nouvelle recommandation de l’UNESCO établit des lignes directrices pour les conditions de travail des chercheurs et leurs environnements.

par LIETTE VASSEUR | 28 JAN 19

Définir la science et les chercheurs scientifiques peut sembler facile aux premiers abords, mais c’est beaucoup plus épineux qu’il n’y paraît. La science a évolué au cours des dernières décennies, avec l’arrivée de nouvelles technologies et des façons différentes de les mettre au point, ainsi que des nouveaux besoins de la société. Le rôle des chercheurs a aussi changé. La nécessité d’une interaction significative entre la science et la société se fait plus que jamais sentir.

Cette nécessité est devenue évidente pour les gouvernements à travers le monde et ils ont reconnu le besoin de repenser la façon dont les lignes directrices sont élaborées pour qu’elles fassent plus clairement la promotion des politiques scientifiques et éthiques partout dans le monde, tout en façonnant comment la science est pratiquée, régulée et promue. Ainsi, les États membres de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) ont demandé à l’Organisation de modifier la définition du chercheur.

La plupart des chercheurs, au Canada comme à l’étranger, ne sont pas nécessairement conscients du fait que les conditions qui entourent leurs activités ont été définies par l’UNESCO, au moyen de la Recommandation concernant la condition des chercheurs scientifiques de 1974. Malheureusement méconnue, celle-ci définissait qui était un chercheur et comment la recherche devait être menée.

Avec les changements liés aux technologies, aux sources de financement, à la reconnaissance des enjeux éthiques et à la nécessité de rendre des comptes, il est devenu évident que la recommandation avait besoin d’une cure de rajeunissement. En 2017, les États membres de l’UNESCO ont adopté à l’unanimité la Recommandation concernant la science et les chercheurs scientifiques. Cette nouvelle recommandation remplace celle de 1974. Elle fournit les lignes directrices et les valeurs entourant les conditions de travail des chercheurs ainsi que l’environnement requis pour que les activités scientifiques soient menées d’une façon positive et efficace. Elle aborde des enjeux contemporains tels l’accès à l’égalité, la science ouverte et la transparence.

Promouvoir la science dans un monde nouveau

Il n’est pas étonnant que la nouvelle recommandation établisse des liens plus étroits entre la science et la société, et qu’elle cherche à faire en sorte que les résultats des recherches appuient de leur mieux l’Agenda 2030 pour le développement durable. Cela veut dire qu’elle renforce les liens entre la science, les chercheurs ainsi que les règles et politiques qui gouvernent leur travail. Elle reconnaît la science comme un bien commun et, par conséquent, son rôle dans le développement durable. La science, comme l’éducation, est un investissement crucial d’un pays pour ses générations et sa société futures.

Toutefois, la science doit être pratiquée de façon éthique pour qu’elle profite à tous. Les chercheurs ont le devoir de mener des activités scientifiques avec intégrité et transparence. Ils devraient chercher à partager leurs données et résultats par le truchement de systèmes d’accès libre. Ils devraient pouvoir le faire dans un contexte où la liberté d’expression est garantie et où un accès non discriminatoire à l’éducation et aux occasions d’emploi appuie la participation des femmes et des groupes sous-représentés. La recommandation encourage aussi fortement la collaboration internationale, ce qui signifie, pour les pays industrialisés, que de l’aide devrait être offerte aux scientifiques des pays en développement.

Qu’est-ce que cela veut dire pour le Canada?

Comme elle a été approuvée par les États membres de l’UNESCO, la nouvelle recommandation a un statut politique et le pouvoir d’influencer des codes de conduite nationaux, des politiques et des lignes directrices en matière de science et d’éthique. Les gouvernements seront tenus de produire des rapports périodiques sur les progrès accomplis à l’égard de la mise en œuvre de la recommandation. Pour le Canada, ses universités, ses collèges, ses instituts de recherche et son industrie, il faudra discuter de la façon dont ces rapports seront rédigés et de ce qu’ils apporteront aux chercheurs. Cela signifie-t-il qu’il y aura de nouvelles façons de travailler et de faire des recherches? Voilà le type de dialogue dans lequel le Canada devrait s’engager pour mieux comprendre les conséquences de cette nouvelle recommandation.

La science est un outil puissant pour créer la paix et améliorer le bien-être de tous les citoyens. Elle a un rôle important à jouer dans tous les pays, sur le plan des politiques et de la prise de décisions. Il est crucial de bâtir un environnement qui favorise la science et les chercheurs. Les gouvernements, à l’instar des secteurs publics et privés, y compris les universités, ont la responsabilité de créer les conditions qui permettront à la science de prospérer et de progresser afin d’être utile et pertinente pour la société. Toutefois, nous devons aussi nous rappeler que pour les chercheurs et les pédagogues des générations à venir, la conduite et l’intégrité scientifique et éthique doivent être maintenues pour préserver la crédibilité.

Dans le contexte de la nouvelle recommandation, le Canada a l’occasion de redéfinir ses efforts, ses contributions et ses collaborations scientifiques pour bâtir un monde meilleur.

Pour lire un résumé de la recommandation ou visitez le site Web de l’UNESCO  pour en apprendre davantage sur son travail dans le domaine de l’éthique des sciences et de la technologie. Pour un exemple de texte qui présente des avenues de réflexion et d’action liées à la recommandation, lisez : « La science dans tous ses états. La Recommandation concernant la science et les chercheurs scientifiques de l’UNESCO : questions, défis et opportunités » par Michèle Stanton-Jean.

Liette Vasseur est professeure au Département des sciences biologiques à l’Université Brock, où elle est titulaire de la Chaire UNESCO sur la viabilité des communautés : du local au global. Elle est également présidente de la Commission canadienne pour l’UNESCO.

COMMENTAIRES
Laisser un commentaire
Affaires universitaires modère tous les commentaires reçus en fonction des lignes directrices. Les commentaires approuvés sont généralement affichés un jour ouvrable après leur réception. Certains commentaires particulièrement intéressants pourraient aussi être publiés dans la version papier du magazine ou ailleurs.

Your email address will not be published. Required fields are marked *